L'Italie proche du «Renxit» avant le référendum

Par Mathilde Auvillain

Le premier ministre Matteo Renzi fait face à une fronde à l'intérieur de son parti démocrate. Et aborde son référendum de réforme institutionnelle de l'automne en position de faiblesse.

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Rome, correspondance.- La victoire du Mouvement 5 étoiles aux municipales (lire ici) en Italie a non seulement été une défaite « brûlante » et « douloureuse » pour le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, mais elle a aussi ouvert une brèche dans sa narration politique positive et arrogante. Lundi dernier, au cours de la première réunion de la direction du Parti démocrate (PD) après ces municipales, le chef du PD a invité à ne pas surinterpréter les résultats des municipales – « vote difficile à déchiffrer », « complexe à synthétiser », dont « une lecture nationale requiert beaucoup d’imagination ». Il n'en demeure pas moins que cette défaite du parti au pouvoir face au Mouvement 5 étoiles dans deux villes clés du pays (Rome et Turin) est bel et bien un revers politique.

« C’est un lourd démenti des urnes pour celui qui, depuis les élections européennes de 2014, était considéré en Europe comme détenant la recette pour faire rempart aux partis populistes », explique l’éditorialiste de l’Espresso Marco Damilano. Il est loin le moment de grâce des européennes de 2014 (lire ici), quand le Parti démocrate avait remporté 41 % des suffrages, en étant le seul parti au pouvoir en Europe – avec la CDU allemande – à sortir vainqueur du scrutin.

La victoire du Mouvement 5 étoiles (M5S) à Turin face à un poids lourd du Parti démocrate et à Rome, avec une avance inattendue de 35 points sur le candidat de Renzi, donne des sueurs froides aux cadres de son parti, à trois mois du référendum constitutionnel auquel le premier ministre italien a lié sa survie politique, promettant de démissionner en cas d’échec de la consultation début octobre. Et si la loi électorale Italicum, entrée en vigueur le 1er juillet et faite sur mesure pour l’ancien maire de Florence, s’avérait être un boomerang politique ? Cela met en tout cas à mal « le scénario d’un premier ministre élu à l’abri des manœuvres politiques, sorte de “maire de l’Italie” élu par un vote populaire similaire à celui des scrutins municipaux », analyse Marco Damilano.

La défaite démocrate aux municipales ébranle ainsi la narration politique imposée par Matteo Renzi depuis son arrivée au pouvoir. Elle est ainsi interprétée comme le « résultat attendu d’une stratégie qui n’était pas faite pour durer », commente ainsi au vitriol l’éditorialiste Cristian Raimo sur Internazionale. « Le renzisme – cette rhétorique d’une gauche nouvelle, prenant de vitesse et envoyant le vieux à la casse en se moquant de ses adversaires – s’achève aujourd’hui, poursuit l’intellectuel. La rapidité peut être une arme à double tranchant : parfois elle peut être synonyme d’éphémère. » Pour Raimo, la victoire du M5S comme à Naples la réélection du juge anticorruption Luigi de Magistris est « avant tout une réponse franche à l’arrogance d’une classe politique incapable d’admettre ses erreurs et d’y apporter des solutions : de l’éviction d’Ignazio Marino à Rome aux responsabilités dans Mafia Capitale […] en passant par le manque de consensus sur la réforme de l’éducation (Buona scuola) ou celle du marché du travail (Jobs Act) ».

Pier Luigi Bersani et Matteo Renzi © Reuters Pier Luigi Bersani et Matteo Renzi © Reuters

« Ces élections démontrent que la “narration renzienne” du “avec moi on gagne” ne résiste pas à l'épreuve des faits », souligne de son côté Miguel Gotor, sénateur « frondeur » du Parti démocrate. Jusqu’alors ringardisée par les « renziani », cette aile gauche (que l’on considérerait sociale-démocrate en France) a bondi sur l’occasion pour exiger d’être entendue. Selon elle, le PD a certes souffert du vote anti-establishment, mais il a surtout pâti de son éloignement de l’électorat populaire. Et d’exiger d’en finir avec le parti charismatique tout en engageant un virage à gauche, ou à tout le moins une « correction de route dans le domaine social ».

Roberto Speranza, chef de file de cette aile gauche du PD, aussi incarnée par Pier Luigi Bersani, ne s’est pas privé de critiquer les défauts du « renzisme », dénonçant l’arrogance d’un président du Conseil qui prône l’abstention à un référendum sur les forages pétroliers (lire ici), critiquant les croche-pattes du chef du gouvernement démocrate aux syndicats, son abus du storytelling comme seule réponse à la crise, son choix d’alliance avec la droite à Naples (cette même droite qui insulte l’écrivain menacé par la mafia Roberto Saviano), et surtout l’incapacité à capter le mal-être de ceux qui préfèrent voter pour le M5S.

« Il faut que quelque chose change, sinon on va droit dans le mur », disait Pier Luigi Bersani avant la réunion de direction post-municipales, lundi 4 juillet. « Il faut un Parti démocrate plus de gauche, plus socialiste, analyse de son côté Peppino Calderola, ex-directeur de l’Unità, le quotidien de l’ancien parti communiste italien. Il faut un congrès au plus vite pour séparer le rôle de secrétaire de parti de celui de chef du gouvernement. Il faut que Renzi licencie sa classe dirigeante. La gauche doit être réunifiée et se porter candidate à envoyer le renzisme à la casse. Si Renzi résiste à la chute de son château de rêves, tant mieux pour lui. »

Mais Matteo Renzi reste sourd aux critiques et continue de faire preuve de la même arrogance envers cette minorité interne qu’envers les « grillini » avant les municipales. « Si vous voulez que je démissionne, demandez un congrès et gagnez-le. Bonne chance ! » a-t-il lancé, provocateur, dans son analyse fleuve du résultat électoral, au cours de la réunion de direction du PD lundi.

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