Procès sous tension des dirigeants séparatistes catalans à Madrid

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Le procès de douze dirigeants séparatistes catalans accusés de sédition pour leur rôle dans la proclamation d'indépendance d'octobre 2017 s'est ouvert mardi devant le Tribunal suprême espagnol, à Madrid.
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MADRID (Reuters) - Le procès de douze dirigeants séparatistes catalans accusés de sédition pour leur rôle dans la proclamation d'indépendance d'octobre 2017 s'est ouvert mardi devant le Tribunal suprême espagnol, à Madrid.

Deux fourgons convoyant les prévenus ont quitté en début de matinée la prison Soto del Real sous escorte policière pour se diriger vers le centre de la capitale espagnole.

Des centaines de policiers, parmi lesquels des membres des unités antiterroristes, ont été déployés autour du Tribunal suprême.

Des pro- et des anti-indépendantistes se sont rassemblés devant le bâtiment. "Liberté pour les prisonniers politiques", pouvait-on lire sur une pancarte de manifestants venus soutenir les prévenus. Un petit groupe d'opposants à l'indépendance criait "Golpista" (putschiste) à l'adresse des séparatistes.

Le procès est retransmis en direct à la télévision.

Les douze prévenus, accusés de rébellion, de sédition et de détournement de fonds, ne s'exprimeront pas lors de cette première journée d'audience, consacrée aux questions de procédure.

S'adressant à la cour, l'avocat de deux des accusés a défendu le droit de militer pour l'indépendance de la Catalogne. L'autodétermination, a affirmé Andreu Van den Eyndehe, "est synonyme de paix, pas de guerre".

Le "oui" à l'indépendance l'a emporté avec 90,18% des voix lors du référendum d'autodétermination du 1er octobre 2017, dont la participation a atteint 43% des inscrits, selon la Généralité de Catalogne.

Le 27 octobre 2017, le Parlement de Barcelone a adopté une déclaration unilatérale d'indépendance, provoquant la mise sous tutelle de la région par Madrid. Cette administration directe a été levée en juin 2018 après la constitution d'un nouveau gouvernement, toujours formé par les indépendantistes.

"TEST DE DÉMOCRATIE"

Sept dirigeants indépendantistes impliqués dans la déclaration d'indépendance d'octobre 2017, dont l'ancien président de la Generalitat Carles Puigdemont, ont quitté l'Espagne.

En visite mardi à Berlin, Puigdemont, qui vit en exil en Belgique, a plaidé pour la tenue d'un nouveau référendum et a qualifié le procès de "test de démocratie" pour l'Espagne.

Pour leurs partisans, les accusés sont des prisonniers politiques et le procès lui-même est politique.

"Le monde regarde Madrid (...). Ils ne veulent pas juger mais condamner pour des raisons politiques", a déclaré lundi à la presse Olivier Peter, avocat d'un des prévenus.

Quim Torra, chef du gouvernement régional catalan, qui assistera à la première journée d'audience, a réclamé l'acquittement des prévenus.

Le gouvernement espagnol conteste les arguments des séparatistes, estimant que les accusés ont enfreint la loi et que la justice traite leur cas en accord avec le droit.

Le ministère public va requérir des peines allant jusqu'à 25 ans de prison.

Parmi les centaines de témoins appelés à la barre figurera Manuel Rajoy, président du gouvernement espagnol au moment de la tentative de sécession et jusqu'en juin dernier.

Ce procès intervient à une période difficile pour le gouvernement: le Parlement doit se prononcer mercredi sur le projet de budget 2019, qui a besoin du soutien des sécessionnistes catalans. Un rejet du texte pourrait conduire à des élections législatives anticipées avant l'échéance normalement prévue en 2020.

Selon l'agence de presse EFE, le président du gouvernement Pedro Sanchez envisage de convoquer un scrutin anticipé le 14 avril.

VOTE SUR LE BUDGET MERCREDI

Mardi, la ministre du Budget Maria Jesus Montero a souligné que le gouvernement "ne cédera(it) pas au chantage" sur son projet de budget 2019, ajoutant que le droit à l'autodétermination des Catalans n'était pas à l'ordre du jour.

Dans un tweet, Pedro Sanchez a dit s'attendre à ce que la droite et les indépendantistes votent contre le budget. "Ils veulent la même chose: une Catalogne divisée, une Espagne divisée", a écrit le chef du gouvernement.

Les manifestations en faveur de l'indépendance catalane ont été plus rares ces derniers mois, mais les partis sécessionnistes ont prévu de se faire entendre lors du procès qui devrait durer environ trois mois.

Ils ont appelé les Catalans à exprimer leur désapprobation en cessant brièvement le travail à midi mardi et en se rassemblant dans la soirée à Barcelone. Une autre manifestation est prévue samedi, et une grève générale aura lieu le 21 février.

Dans le camp anti-indépendantiste, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche à Madrid à l'appel de la droite et du centre-droit contre l'intention de dialoguer avec les indépendantistes affichée par le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez. Cette offre de dialogue a été rejetée par les partis indépendantistes catalans tout en galvanisant l'opposition de droite qui crie à la trahison.

"Dans le cadre de la Constitution, le PSOE (Parti socialiste) a proposé une commission de politique régionale au Parlement et une table de négociations multipartite au parlement catalan. La droite n'a jamais participé. Les sécessionnistes n'y ont jamais cru. Ils préfèrent la confrontation. Ils ont peur du dialogue", a commenté Pedro Sanchez mardi sur Twitter.

Le parti centriste Ciudadanos a appelé à une nouvelle manifestation dimanche prochain à Barcelone pour "défendre la Constitution".

En Catalogne même, l'opinion est très partagée sur la question de l'indépendance. Si les sécessionnistes sont majoritaires en sièges au parlement local, ils ne l'ont pas été en voix lors des dernières élections régionales de décembre 2017.

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