Côte d'Ivoire: un simulacre électoral enfonce le pays dans la crise

Par

Après la crise politique du mois dernier en Côte d'Ivoire, chaque camp fait mine de vouloir relancer un processus électoral bloqué depuis des années. Mais ni le président Gbagbo, ni les Forces nouvelles de l'ancienne rébellion, ni l'opposition n'y ont intérêt. Face à une communauté internationale impuissante, la population s'exaspère.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Il est des polémiques qui ne sont pas anodines, réveillant de très mauvais souvenirs. Ainsi en est-il de l'échange vif entre le président de l'Assemblée de Côte d'Ivoire, Mamadou Koulibaly, et le journaliste-écrivain Venance Konan. Le sujet ? L'ivoirité. Que ce thème revienne dans l'actualité est tout sauf rassurant: c'est sur cette question de l'ivoirité que la Côte d'Ivoire a sombré en 2002 dans une guerre civile qui a conduit à la partition de fait du pays.

Ce débat est surtout révélateur du climat qui prévaut aujourd'hui dans le pays, après un énième report des élections générales dû à une crise de trop. Cette situation inquiète ouvertement la communauté internationale, qui se retrouve prise au piège de ses propres manquements.

Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Côte d'Ivoire, Young Chin-Joi, s'est fait le porte-parole de cette inquiétude générale. «Le constat n'est pas encourageant puisque nous avons déjà perdu deux mois et que les retards s'accumulent», a-t-il déclaré le 10 mars, commentant l'impasse du processus électoral. Et il n'a pu qu'«encourager» le président de la nouvelle commission indépendante électorale (CEI) à se mettre rapidement au travail.

Le mois dernier, le président Laurent Gbagbo a dissous la précédente commission, l'accusant d'avoir facilité l'inscription de fraudeurs sur les listes électorales. Selon le camp présidentiel, des «étrangers s'étaient infiltrés» sur ces listes, avec la bénédiction des membres de la commission. Laurent Gbagbo a par la même occasion dissous le gouvernement. Des violences ont éclaté dans les rues, menées par l'opposition. Celle-ci a dénoncé une énième manœuvre du camp présidentiel pour repousser les élections.

Après des années de conflits, les différentes parties (camp présidentiel, Forces nouvelles, opposition) s'étaient enfin mises d'accord sur une liste «blanche» de 5 millions d'électeurs ivoiriens, à laquelle s'ajoute une liste «grise» de 1,1 million de personnes dont la nationalité était encore à prouver. La dissolution de la commission électorale nationale, et la demande du clan Gbagbo d'en faire de même avec les commissions locales, semblent remettre en cause tout le processus. Et les déclarations récentes de Gervais Coulibaly, porte-parole de Laurent Gbagbo, de passage à Paris, affirmant que les élections auraient lieu «dans trois mois» ne trompent personne.

«Ici, personne n'y croit», constate Sabina Vigani, directrice du Carter Center à Abidjan, qui suit le processus électoral depuis 2005. Elle ne cache pas son pessimisme: «A chaque étape, il y a un nouveau problème. Après, ce seront les festivités du cinquantenaire de l'indépendance, puis les pluies... Les Ivoiriens sont en train d'avoir la communauté internationale à l'usure.»

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale