L'UE manque d'instruments pour tenir tête à Orbán

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Énième épisode du face-à-face tendu entre Bruxelles et la Hongrie d'Orbán : les dirigeants de l'UE ont condamné la sortie du premier ministre hongrois, qui réfléchit à réintroduire la peine de mort dans son pays, mais l'Union ne dispose pas vraiment d'instruments pour faire pression sur Budapest.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles.- Les dérives de Viktor Orbán, élu en avril 2010 à la tête de la Hongrie, posent une question ardue aux Européens : l'Union européenne a-t-elle les moyens de faire respecter les valeurs démocratiques censées constituer le socle de son projet ? Depuis l'éclatement de la crise financière en 2008, l'Europe s'est dotée dans la précipitation de nouveaux instruments budgétaires (contestés), pour contrôler encore un peu plus les finances des États membres (le « semestre européen »). Mais elle ne dispose toujours pas, loin de là, des outils qui lui permettraient d'intervenir en cas de durcissement autoritaire d'un régime en son sein.

L'UE a bien pris note des sorties de Viktor Orbán, qui n'a pas exclu, le 28 avril, de réintroduire la peine de mort dans son pays, où elle a été abolie en 1990. Budapest a pourtant signé la charte des droits fondamentaux de l'UE, qui interdit le recours à la peine de mort. « Si c'est son intention, alors il y aura une bataille », a prévenu Jean-Claude Juncker, à la tête de la commission, sans en dire davantage sur ce scénario. Numéro deux de l'exécutif européen, le Néerlandais Frans Timmermans a rappelé que le recours à la peine de mort serait « contraire aux valeurs fondamentales de l'UE ». Martin Schulz, le président du parlement européen, s'est quant à lui fendu d'un appel de remontrances auprès de l'intéressé.

Orbán en a également choqué plus d'un, en annonçant une consultation publique sur « l'immigration et le terrorisme ». Certaines des 12 questions véhiculent des préjugés racistes. Comme l'a déjà raconté Mediapart, environ huit millions de Hongrois sont par exemple invités à dire si, à leurs yeux, il existe un lien entre « l'immigration mal gérée par Bruxelles et le développement du terrorisme ».