Cristiano Ronaldo poursuivi au pénal pour fraude fiscale

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À la suite de nos révélations issues des Football Leaks, la justice espagnole a lancé une procédure pénale pour fraude fiscale visant la star du Real Madrid, accusé d’avoir fraudé le fisc à hauteur de 14,7 millions d’euros.

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Cristiano Ronaldo vient de boucler une nouvelle saison en or, remportant sa deuxième Ligue des champions d’affilée avec le Real Madrid. Mais en dehors du terrain, la justice lui a enfin infligé un carton rouge. Six mois après les révélations de Mediapart et du réseau de médias européens EIC, le parquet de Madrid a annoncé mardi avoir déposé une plainte pour fraude fiscale visant le montage offshore du joueur portugais, accusé d’avoir fraudé le fisc espagnol à hauteur de 14,7 millions d’euros entre 2011 et 2014. Ce qui va immédiatement déclencher une procédure pénale à son encontre. 

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Cette plainte confirme l’intégralité des informations que nous avions dévoilées le 2 décembre dernier grâce aux documents Football Leaks. Depuis 2008, Cristiano Ronaldo a encaissé 149,5 millions d’euros de revenus de sponsoring dans des paradis fiscaux. Grâce à un montage supervisé par son agent Jorge Mendes, le quadruple Ballon d'or avait réussi à ne payer que 5,6 millions d’euros d’impôts. Soit à peine 4 %.

Sur ces quelque 150 millions d’euros de revenus, la moitié ont atterri dans les caisses de la société Tollin, immatriculée aux îles Vierges britanniques, dont Ronaldo était le seul actionnaire. « La seule finalité [de Tollin] était de faire écran pour dissimuler les revenus de l’accusé à l’administration fiscale », écrit le parquet dans sa plainte, obtenue par notre partenaire El Mundo.

L'attaquant portugais Cristiano Ronaldo, 32 ans, a remporté quatre fois le Ballon d'or. © Reuters L'attaquant portugais Cristiano Ronaldo, 32 ans, a remporté quatre fois le Ballon d'or. © Reuters
La justice estime à raison que cette coquille n’avait aucune activité, puisque le sponsoring était en réalité géré par Polaris, une société contrôlée par le super agent Jorge Mendes, et immatriculée en Irlande pour ne pas effrayer les sponsors. Polaris servait de société taxi qui collectait l’argent et le reversait aux îles Vierges, moyennant une commission de 20 % encaissée par Mendes. Ronaldo, en validant ce montage, a « intentionnellement obtenu des avantages fiscaux illégaux lors de son arrivée en Espagne » en 2009, insiste le parquet de Madrid.

Le siège de Tollin, la société écran de Ronaldo à Road Town, aux îles Vierges britanniques. Elle est immatriculée à l'adresse d'un fournisseur local de services offshore, Vanterpool Enterprises. © Matthias Krug/Der Spiegel Le siège de Tollin, la société écran de Ronaldo à Road Town, aux îles Vierges britanniques. Elle est immatriculée à l'adresse d'un fournisseur local de services offshore, Vanterpool Enterprises. © Matthias Krug/Der Spiegel
Cette manœuvre est d’autant plus choquante que Ronaldo, en tant que citoyen portugais, bénéficiait du régime fiscal ultra avantageux d’impatrié, qui lui permettait de n’être taxé que sur ses revenus de sponsoring générés en Espagne, à un taux très réduit de 24 %.

Lorsqu’une série de contrôles fiscaux a commencé à viser les autres joueurs de l’écurie Mendes ayant profité du même système, Ronaldo a fini par mentionner une partie de ces revenus (mais pas l’existence de Tollin) dans sa déclaration d’impôts 2014. Mais il n’a déclaré que 11,5 millions de recettes générées en Espagne, alors qu’il aurait dû en déclarer 43, selon le parquet. Pire encore, il a indiqué qu’il s’agissait de revenus d’investissement, alors que c’étaient ses recettes de sponsoring !

La justice espagnole a également validé la deuxième révélation des Football Leaks sur le montage de Ronaldo. Fin décembre 2014, l'attaquant avait vendu pour 75 millions d’euros ses droits à l’image 2015-2020 via deux autres sociétés basées aux îles Vierges, Arnel et Adifore Finance. L’objectif : toucher l’argent par anticipation, juste avant la fin du très généreux régime fiscal d’impatrié, qui s’arrêtait le 1er janvier 2015. Là encore, le parquet estime que grâce à cette manœuvre, Ronaldo a « volontairement » omis de déclarer la part espagnole de ces revenus, soit 28,4 millions d’euros.

Au bout du compte, la justice espagnole estime qu’en dissimulant 150 millions dans les paradis fiscaux, Ronaldo a fraudé le fisc à hauteur de 14,8 millions d’euros sur quatre ans, ce qui correspond au montant des impôts qu’il a omis de payer.

Dans sa plainte, le parquet de Madrid cite la jurisprudence Lionel Messi, l’attaquant vedette du FC Barcelone. Sa condamnation à 21 mois de prison avec sursis, pour une fraude fiscale de 4,1 millions d’euros, a été récemment validée par la cour suprême espagnole. 

L’affaire est un coup très dur pour la superstar Ronaldo qui pourrait donc devoir, dans la foulée de son grand rival Messi, comparaître publiquement devant un tribunal pour s’expliquer sur les dessous peu reluisants de son business. À moins qu’il ne préfère conclure une transaction pénale, avec une très forte amende à la clé, pour limiter l’ampleur médiatique du scandale.

Dans une réponse écrite envoyée le mois dernier au site d’information El Confidencial, l’agence Gestifute de Jorge Mendes, qui gère les intérêts de Ronaldo, avait reconnu que le joueur n’avait pas payé tout ce dont il était redevable en Espagne, mais avait assuré qu’il n’avait « aucune intention de frauder ». Gestifute évoquait aussi « la recherche d'un consensus [...] avec l'objectif de trouver un accord satisfaisant pour les parties ». Ce qui suggère que la star n’a guère envie de s’infliger l'humiliation de s'assoir sur le banc des prévenus.

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Douze journaux européens regroupés au sein du réseau European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart est l'un des membres fondateurs, ont publié du 2 au 24 décembre 2016 les Football Leaks, la plus grande fuite de l'histoire du sport. Obtenus par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel et analysés par les journaux membres de l'EIC, ces 18,6 millions de documents ont permis de documenter de manière inédite la face noire du football, entre fraude et évasion fiscales, réseaux de prostitution, connexions mafieuses, ou encore exploitation de joueurs mineurs. Soixante journalistes, associés à huit informaticiens qui ont développé des logiciels spéciaux pour l'opération, ont enquêté pendant plus de six mois. Grâce à de nouveaux documents, les investigations se poursuivent.