ArcelorMittal et les déconvenues du syndicalisme européen

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Pendant deux ans, un groupe de dialogue social a réuni la direction et des syndicalistes. Objectif : faire participer les syndicalistes à la stratégie du groupe. L'expérience a tourné court.

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Des compromis à trouver entre syndicalistes aux cultures politiques éloignées, une périlleuse coordination entre les adhérents déployés sur les sites industriels et les délégués syndicaux à Bruxelles, le cynisme d'un grand groupe sur fond de désindustrialisation du continent… L'expérience du « groupe de dialogue social », mis sur pied fin 2009 au sein d'ArcelorMittal, est un condensé de bien des difficultés de la construction européenne. Elle en dit long sur les failles actuelles – et les défis à venir – du syndicalisme à l'échelle de l'UE, qui peine encore à s'imposer comme un véritable contre-pouvoir.

Tout est parti d'un « accord cadre » conclu entre la direction d'ArcelorMittal et la fédération européenne des métallurgistes, pour « maîtriser et anticiper le changement », selon le titre de ce document méconnu signé en novembre 2009. Le texte paraît aujourd'hui totalement anachronique. Mais à l'époque, les sites ArcelorMittal de Liège en Belgique, de Florange en France, ou encore de Schifflange au Luxembourg, ne sont pas encore menacés de fermeture totale. « Nous sentions que l'on était en difficulté dans la filière, et l'on espérait, avec cet accord, donner des garanties aux sites déjà existants », se souvient Philippe Verbeke, délégué CGT qui a suivi de près ce dossier.

En substance, la direction demande des concessions aux syndicats, en échange de quoi elle s'engage… à ne pas fermer de sites dans les neuf pays européens où le groupe est implanté. L'accord, on le sait, sera très vite bafoué. Mais il a le mérite de créer, à la marge, une structure inédite : « un groupe de dialogue social », censé compléter le travail du plus traditionnel « comité d'entreprise européen ». Ce groupe restreint va devenir le laboratoire d'un syndicalisme transnational encore bégayant, durant ses deux ans d'existence.