Bretagne: nouvelle audience le 23 août pour l’Italien Vincenzo Vecchi, menacé d’extradition

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La justice française a décidé de reporter au 23 août la demande d’extradition de Vincenzo Vecchi. Le ressortissant italien avait été condamné par la justice italienne à près de 12 ans de prison pour « dévastation et saccages » au cours d’une manifestation contre le sommet du G8 à Gênes en 2001 et lors d’un rassemblement antifasciste non autorisé à Milan. Son arrestation a suscité l’émoi dans la petite commune bretonne où il s’était installé.

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La justice française a décidé d’attendre le 23 août pour statuer sur la remise ou non de Vincenzo Vecchi aux autorités italiennes, selon son comité de soutien, qui a assisté à sa comparution, mercredi 14 août, devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes. Ils étaient 250 à soutenir ce ressortissant italien, sur le parvis du tribunal et 17 dans la salle d’audience. 

Vincenzo Vecchi « a déclaré s’opposer à sa remise aux autorités italiennes. Lavocat général comme lavocat de la défense, Maître Catherine Glon, ont demandé un complément dinformation auprès des autorités italiennes en vue notamment de vérifier que la décision italienne a été rendue dans des conditions respectant le principe du contradictoire et de sassurer que la peine nest pas prescrite », a indiqué le parquet général de Rennes dans un communiqué envoyé à Mediapart.

La chambre de l’instruction a mis laffaire en délibéré à laudience du vendredi 23 août. « Si elle fait droit à la demande de complément dinformation, elle ne statuera sur la remise aux autorités italiennes quà lissue dune nouvelle audience », précise le parquet.

Dans le village, on l’appelle simplement Vincent, sans connaître son nom de famille. À Rochefort-en-Terre, commune bretonne de 630 habitants, l'homme d'origine italienne vit un quotidien « discret », témoigne Jean-Pierre, l'un de ses amis, joint par téléphone. Ce peintre en bâtiment s'est « intégré » depuis près de sept ans qu'il vit ici. Rapidement devenu bilingue, il fréquente ses proches au bar associatif du village, « fait du bateau aux alentours, a joué dans un groupe de musique local », précise Jean-Pierre.

Vincent, 46 ans, a été arrêté le 8 août par la brigade nationale de recherche des fugitifs (BNRF). À la grande surprise des habitants, Vincent est devenu en quelques heures Vincenzo Vecchi, un ressortissant italien dont le passé était inconnu de tous à Rochefort-sur-Terre. « Connu des milieux anarcho-autonomes milanais », détaille la police italienne dans un communiqué, l'homme était en cavale depuis sa condamnation à onze ans et demi demprisonnement en 2012.

Vincenzo Vecchi avait été jugé une première fois le 9 octobre 2009 par la cour dappel de Gênes à 13 ans de prison et 3 mois de prison, une peine transformée en cassation à 12 ans et 6 mois demprisonnement pour le délit de « dévastation et saccage ». L'homme était plus précisément accusé de « vol en réunion, destructions volontaires par incendie de magasins, de banques et de voitures, transport de bouteilles incendiaires et autres armes, explosion de bouteilles incendiaires en réunion », daprès une source judiciaire locale proche du dossier, en marge du G8 à Gênes, le 20 juillet 2001.

Des manifestants anti-G8 à Gênes, le 20 juillet 2001. © Reuters Des manifestants anti-G8 à Gênes, le 20 juillet 2001. © Reuters

Le ressortissant italien avait également écopé dans un autre procès de 4 ans demprisonnement par la cour d'appel de Milan pour des faits commis lors d’une manifestation antifasciste dans la même ville, le 11 mars 2006. Notamment « dégradations volontaires par incendie de vitrines, de mobilier urbain, de véhicules, violences avec arme et en réunion sur agents de la force publique ayant entraîné des incapacités de travail entre 5 et 20 jours », maintient la justice italienne.

Les deux peines avaient été commuées en une seule : onze ans et demi de prison. Il était en fuite depuis 2012, selon Rome.

Vincenzo Vecchi était sous le coup de deux mandats d’arrêts européens, délivrés en juin 2016 par la cour d’appel de Gênes et la cour d’appel de Milan. La décision sera prise ou non de lextrader. Si Vincenzo y consent, la chambre dispose d'un délai de sept jours pour rendre sa décision. Sil soppose à l'extradition, elle disposera d'un délai de 20 jours. Dans l'hypothèse où il s'opposerait à sa remise à l'Italie, il aurait la possibilité de faire un pourvoi en cassation contre la décision si celle-ci ne lui est pas favorable.

« Larrestation de Vincent a été un choc. Les autorités mont demandé si je connaissais son nom de famille, non, mais lui non plus ne connaît pas le mien, ici ce nest pas un réflexe de demander ce genre de choses », résume son ami de Rochefort-en-Terre, Jean-Pierre. Il a sa vie ici, cest quelquun dagréable. Sa famille vivait en Italie », rappelle-t-il. C’est d’ailleurs une récente rencontre en Savoie avec sa fille et sa femme qui aurait mis les policiers sur sa piste, dit l’homme. Une information que confirme le journal italien La Repubblica

« L’idée qu’il soit renvoyé en Italie dans ce climat politique nous est intolérable », insiste Jean-Pierre. Avec son « collectif », un groupe de citoyens qui se réunissent dans le bar associatif de la commune, ils n'ont « pas réfléchi plus dune seconde quand [ils] ont appris son arrestation. Tout de suite, nous avons décidé de le soutenir », précise le Breton. 

Son comité craint notamment que l’actuel ministre de l’intérieur d’extrême droite Matteo Salvini ne fasse de Vecchi un « trophée ». Le groupe souligne dans un communiqué rédigé en urgence pour leur « ami, voisin et camarade » le caractère « éminemment politique de cette arrestation et de cette extradition. En effet, l’extrême droite italienne pèse de plus en plus. Vincenzo ayant été fortement engagé dans la lutte antifasciste […], il semble plus qu’évident qu’il servira d’exemple ».

Le collectif précise qu’« officiellement à Gênes, il n’y a jamais eu d’utilisation d’armes, ni a fortiori de saisine d’armes pendant ces deux jours de manifestation [20 et 21 juillet – ndlr] ». Le délit pour lequel il est poursuivi « dévastation et saccage » doit être « contesté ». « Il a été condamné parce qu’il a été arrêté à côté d’une poubelle en feu, il a participé à des manifestations, certes, mais 12 ans de prison pour ça c’est énorme », dénonce Jean-Pierre. Ils signalent que ce délit du Code pénal italien a été introduit par les fascistes en 1930. « Ce code permet de condamner à des peines de prison de 8 à 15 ans, sans avoir à prouver la culpabilité des inculpés. Il est suffisant de se trouver à un endroit où a lieu le désordre… Le contexte de création de ce chef d’inculpation questionne là encore la légitimité de cette condamnation », précise le collectif dans son communiqué.

Explosion de violence au G8 et condamnations « incroyables » d’autonomes 

Son arrestation, à quelques jours du sommet du G7 qui se tiendra à Biarritz, ravive le souvenir de ce sommet à Gênes, en 2001, marqué par la violence. À l'époque, la ville du nord-ouest de l’Italie s’embrase. Les manifestants venus protester contre le G8 – le G7 actuel plus la Russie – sont près de 300 000 au plus fort des manifestations. « Le sommet annuel intervenait après les grosses manifestations altermondialistes à un sommet de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle en 1999 et du premier forum social de Porto Alegre, où il avait été décidé de faire de Gênes un rendez-vous important, avec des manifestations de désobéissance civile sans violence », précise Christophe Aguiton, membre fondateur d'Attac et organisateur du contre-sommet dans la ville italienne. 

Des milliers d'opposants issus de groupes divers : autonomes, chrétiens, écologistes, tuniques blanches autonomes (Tute Bianche), etc., débarquent dans la capitale ligure sous haute surveillance policière. Le gouvernement Berlusconi vient d'arriver, en juin, au pouvoir. Antonio Claudio Scajola est le ministre de l'intérieur. « Tous les rassemblements avaient été négociés par les organisateurs avec le précédent gouvernement [Amatto – ndlr] », précise Christophe Aguiton.

Le 20 juillet 2001, plusieurs cortèges de manifestants convergent vers la zone rouge près de la vieille ville. D’après la justice italienne, Vincenzo Vecchi, 28 ans alors, est présent parmi la foule. Derrière de hautes barrières qui fendent la cité, les chefs d’État de la planète discutent du thème principal de cette édition : la réduction de la pauvreté. L'avancée des manifestants qui donne lieu à de violents affrontements avec les policiers, notamment Via Tolemaide, où les charges de la police sur les Tute Bianche, pacifistes, transforment le mouvement en émeute.

Les images de l’époque montrent des rues inondées de lacrymogènes, des policiers débordés et violents, des protestataires masqués aux techniques de black bloc répondant avec des projectiles, et surtout ce manifestant inerte au sol. Carlo Giuliani, 23 ans, est tué d’une balle tirée par un carabinier paniqué ; son corps écrasé par le véhicule Jeep Defender des forces de l’ordre qui prenaient la fuite.

Le corps du manifestant Carlo Giuliani, tué par un carabinier le 20 juillet 2001, à Gênes © REUTERS/Dylan Martinez Le corps du manifestant Carlo Giuliani, tué par un carabinier le 20 juillet 2001, à Gênes © REUTERS/Dylan Martinez

Cette affaire fut classée sans suite par la justice italienne. Après l’avoir condamnée en première instance, la Cour européenne des droits de l’homme a finalement acquitté l’Italie en 2011.

Au lendemain soir de cette manifestation sanglante, les forces de l’ordre font également irruption dans la nuit au sein de l’école Diaz, où dorment quelque 300 participants altermondialistes, faisant des dizaines de blessés. Les unités d’élites prétextent pour cette intervention la présence de militants violents, assurant avoir trouvé des cocktails Molotov qu’ils ont en réalité amenés eux-mêmes. L’assaut sera plus tard qualifié de « boucherie », par l’un des policiers sur place.

En 2017, le chef de la police Franco Gabrielli lui-même reconnaît une « gestion catastrophique ». « Un nombre incalculable de personnes innocentes ont subi des violences physiques et psychologiques qui les ont marquées à vie » lors de ce sommet, avoue le directeur de la sécurité publique. L'Italie sera condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme en 2017.

En 2009, une dizaine de manifestants autonomes, dont Vincenzo, seront condamnés en première instance par la justice italienne à des peines de 8 à 15 ans de prison pour le délit de « dévastation et saccage ». Les avocats avaient à l’époque évoqué une « peine incroyable », rapporte La Repubblica, dans l'article intitulé « un siècle de prison contre les “black bloc” ». Le public présent dans la salle avait dénoncé selon la presse « des peines qu’on n’inflige pas même à des assassins »Après un jugement en appel, leur peine sera confirmée par la Cour de cassation de Rome en 2012. Vincenzo Vecchi a pris la fuite, selon l'Italie, cette même année. 

Comme lui, Francesco Puglisi alias « Molotov », lun de ses co-accusés condamné à 12 ans de prison, était également en cavale. Il avait, lui, été arrêté à Barcelone en 2013. 

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Cet article a été actualisé mercredi 14 août, après que la justice française a décidé de reporter sa décision d’extrader ou non Vincenzo Vecchi au 23 août.