Brexit-May se heurte à l'intransigeance européenne

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Venue à Bruxelles pour tenter d'y arracher des éléments susceptibles de favoriser l'adoption à Londres de l'accord de Brexit négocié avec l'Union, la Première ministre britannique Theresa May s'est heurtée à l'intransigeance des dirigeants européens gagnés par la lassitude.
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LONDRES (Reuters) - Venue à Bruxelles pour tenter d'y arracher des éléments susceptibles de favoriser l'adoption à Londres de l'accord de Brexit négocié avec l'Union, la Première ministre britannique Theresa May s'est heurtée à l'intransigeance des dirigeants européens gagnés par la lassitude.

Malgré les déclarations de la dirigeante, selon lesquelles il serait possible d'obtenir de nouvelles garanties, l'opposition et une partie de la presse britannique ont rapidement déploré des efforts fournis en vain qui ne dissiperont pas les inquiétudes des députés britanniques.

"De nouvelles clarifications et discussions sont possibles", a-t-elle pourtant assuré à la presse. "Il reste du travail à faire et nous discuterons dans les jours à venir de la manière d'obtenir de nouvelles garanties."

Donald Tusk, président du Conseil européen, a souligné qu'il n'avait aucun mandat pour rouvrir des négociations avec Londres. "Mais bien sûr, nous sommes là, à Bruxelles, et je suis toujours à la disposition de la Première ministre."

"Nous avons traité la Première ministre May avec le plus grand respect, chacun d'entre nous. Nous apprécions ses efforts pour faire ratifier notre accord."

"Nous avons traité la Première ministre May avec bien plus d'empathie et de respect que certains membres du Parlement britannique", a-t-il glissé.

Selon des sources diplomatiques, pourtant, c'est désormais l'exaspération qui prime chez les dirigeants européens Theresa May n'a exprimé aucune demande ou proposition précise, mais a répété sa formule, souvent tournée en dérision: "Le Brexit, c'est le Brexit".

"Si c'est tout ce qu'elle a à nous offrir, cela ne sert à rien de se casser la tête", a-t-on déclaré. "Elle a encore du travail, peut-être reviendra-t-elle en janvier avec quelque chose de concret, alors, nous verrons.

"Dire: 'Le Brexit c'est le Brexit', plus de deux ans après que tout cela a commencé, ça a vraiment raidi la position des autres dirigeants", a-t-on ajouté.

Theresa May, qui a échappé mercredi à un vote de défiance des députés conservateurs, s'était rendue jeudi au Conseil européen de Bruxelles pour tenter d'obtenir des garanties à même de l'aider à remporter le vote à venir à la chambre des Communes sur le projet d'accord de sortie de l'UE. La date de ce vote n'a pas encore été déterminée mais il devra intervenir au plus tard le 21 janvier.

La chancelière Angela Merkel comme le président Emmanuel Macron ont exclu toute reprise des négociations sur le projet d'accord, destiné à garantir un Brexit ordonné à la date du 29 mars 2019.

LA LIVRE ENCORE CHAHUTÉE

Les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont toutefois déclaré jeudi soir que l'accord du mois dernier entre Bruxelles et Londres n'était pas destiné à soumettre éternellement le Royaume-Uni aux règles de l'Union européenne et que le "backstop" (clause de sauvegarde) pour l'Irlande ne devait être que temporaire.

L'hostilité de nombre de députés envers cette clause de "backstop" est à l'origine du report du vote à la chambre des Communes, où il était normalement prévu le 11 décembre.

La presse britannique parle vendredi d'une humiliation pour Theresa May à Bruxelles.

"Les dirigeants de l'UE rejettent l'idée de May de sauver l'accord de Brexit en pleine déconfiture", écrit le Guardian. Pour le Sun, "Les dirigeants de l'UE disent à la Première ministre d'aller se faire voir".

Sur le marché des changes, la livre sterling cédait 0,85% face au dollar, sous 1,26, et 0,14% face à l'euro, autour de 89,85 pence, vendredi dans l'après-midi. Sur l'ensemble de la semaine, la devise britannique devrait enregistrer sa plus mauvaise performance depuis la fin octobre en raison des incertitudes sur les modalités du Brexit

Pour le Labour, Theresa May est rentrée quasiment bredouille du sommet de Bruxelles.

"NOUS NE POUVONS PAS CONTINUER COMME ÇA"

"Il semble que la Première ministre n'ait pas réussi à obtenir une évolution de taille sur son accord de Brexit", a déclaré le porte-parole du Parti travailliste chargé du Brexit, Keir Starmer.

"Nous ne pouvons pas continuer comme ça. La Première ministre doit reprogrammer à la semaine prochaine le vote sur son accord et permettre au parlement de reprendre la main", a-t-il ajouté.

L'ancien Premier ministre travailliste Tony Blair, de son côté, estime que le Royaume-Uni et l'Union européenne doivent se préparer à un deuxième référendum, car la chambre des Communes n'approuvera sans doute pas l'accord de Brexit et parce que l'opinion publique britannique a besoin de sortir de l'impasse.

Le seul réconfort pour Theresa May est venu de son bras droit, David Lidington, pour qui le sommet de Bruxelles a été un premier pas bienvenu pour la Première ministre.

"Ce que nous avons obtenu hier soir, je crois, c'est un premier pas bienvenu, qui lève les incertitudes quant aux intentions des Vingt-Sept", a déclaré David Lidington au lendemain du sommet européen, où Theresa May était allée chercher des garanties dans l'espoir de rassurer les députés britanniques après le report du vote prévu mardi dernier sur l'accord de Brexit.

"Au parlement, on s'est beaucoup demandé si l'on pouvait réellement faire confiance à l'UE, si elle voulait sérieusement négocier un accord commercial, et ce qui est ressorti des conclusions des Vingt-Sept, c'est un engagement très très clair pour négocier rapidement un accord commercial avec le Royaume-Uni", a ajouté Lidington.

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