Léonard Vincent: «Les réfugiés érythréens fuient un pouvoir totalitaire»

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L'exode des Érythréens fait moins parler que celui des Syriens : il est pourtant aussi massif. Toute une génération de jeunes gens fuient leur pays pour échapper à ce régime dictatorial qui impose un service militaire obligatoire. Dans son livre Les Érythréens, paru en poche chez Rivages, le journaliste et écrivain Léonard Vincent raconte le périple de ces « évadés ».

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"Les Érythréens", par Léonard Vincent © Mediapart

Depuis plus d’une décennie, des dizaines, voire des centaines d’Érythréens fuient chaque jour leur pays pour échapper à l’oppression politique, à l’absence de perspectives économiques et, par-dessus tout, au service militaire obligatoire qui prend sur son passage l'ensemble des hommes jusqu’à la quarantaine. Refusant de perdre leur jeunesse à servir un pouvoir totalitaire (certains en se battant, d'autres en construisant des barrages ou en balayant les routes pour des salaires de misère – les conscrits sont employés à toutes sortes de tâches), ils tentent le tout pour le tout afin de rejoindre l’Europe.

C’est l’histoire de cette génération « évadée » que raconte le journaliste et écrivain Léonard Vincent dans son livre Les Érythréens, paru en poche en 2016 après une première publication en 2012 chez Rivages. Cet ancien enquêteur de Reporters sans frontières, qui travaille aujourd'hui à Radio France internationale (RFI), livre le témoignage de certains de ces réfugiés rencontrés sur la route de l’exil. Ils sont plus nombreux chaque année : en 2015, 39 000 d’entre eux ont atteint l’Union européenne après avoir traversé la Méditerranée, selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations, soit 10 % de plus que l’année d’avant. Tous ou presque débarquent sur les côtes italiennes. Si en 2015 les Syriens ont été plus nombreux à rejoindre l'Europe, en passant pour l'essentiel par la Grèce, sur le long terme le nombre d'Erythréens ayant fui leur pays est encore plus important.

Comme toutes les évasions, celle-ci est dangereuse. En quittant ce pays qualifié par certains de « Corée du Nord africaine » en raison de la pratique dictatoriale du pouvoir caractéristique de son dirigeant Issayas Afeworki, ancien leader de la guerre d’indépendance contre l’Éthiopie, ils s’exposent à se faire abattre par les tirs des gardes-frontières. Ils risquent ensuite d’être pris en otage dans le désert du Sinaï, où ils sont torturés dans des lieux à l’abri des regards. En échange de rançons payées par leurs familles, ils ont une chance d’en réchapper. Les attendent encore les péripéties du voyage en Égypte ou en Libye, où ils sont soumis aux mauvais traitements de passeurs-geôliers, avant la périlleuse traversée de la Méditerranée, transformée en cimetière migratoire depuis des années que des embarcations y font naufrage, sans toujours laisser de traces.

Les autorités érythréennes n'en ont que faire. À court terme tout du moins. Les départs représentent pour elles moins de chômage et plus de devises. Mais à plus longue échéance, la catastrophe est inévitable : la société dépérit en attendant, en vain le plus souvent, que ses jeunes reviennent.

Léonard Vincent est journaliste à RFI. Léonard Vincent est journaliste à RFI.
Les Érythréens, Léonard Vincent, Rivages poche, janvier 2016, 235 pages, 7,5 euros.

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