Espagne : Mariano Rajoy en plein déni de réalité

Un plan de sauvetage ? Quel plan de sauvetage ? Le chef du gouvernement espagnol minimise la situation dans laquelle se débat son pays. Six mois après son entrée en fonction, le gouvernement est déjà confronté à l'impopularité.

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De notre envoyé spécial à Madrid.
Si l'euro finit par voler en éclats, comme le prétendent de plus en plus de Cassandre, il faudra bien sûr, pour expliquer ce fiasco, décrire les déséquilibres macroéconomiques entre Nord et Sud de l'Europe, rappeler l'absence d'une politique budgétaire, qui accompagne la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), ou encore critiquer, au choix, l'égoïsme de Berlin ou la corruption des élus grecs. Mais il ne faudra pas oublier de mentionner la responsabilité, aussi, de certains dirigeants politiques de premier plan, totalement dépassés par la situation.
C'est l'impression que donne ces jours-ci Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, qui traverse un impressionnant trou d'air depuis qu'il a cédé, in extremis, aux pressions de l'Europe, et accepté, samedi dernier, un plan d'aide au secteur bancaire. Au-delà du montant de ce méga-prêt (« 100 milliards d'euros »), qui a fait les gros titres de la presse, les Espagnols n'en savent toujours pas beaucoup plus, sept jours plus tard, sur les détails de l'opération.
Un plan de sauvetage ? Mais quel plan de sauvetage ? Depuis une semaine, Rajoy est en plein déni de réalité. Le Galicien refuse même d'utiliser ne serait-ce que le mot de « rescate » (sauvetage, en espagnol), et s'exprime par des périphrases qui frôlent le ridicule. Atterrée, la blogosphère se moque en particulier de l'expression que le dirigeant conservateur avait utilisée au lendemain de l'annonce du plan, évoquant « lo de ayer » (ce qu'il s'est passé hier), sommet de flou pour un chef de l'exécutif censé passer l'intégralité de ses journées à travailler sur le dossier…  
Depuis, pour éviter le ridicule, Mariano Rajoy a tout simplement choisi d'éviter les micros. D'ordinaire déjà discret et peu charismatique, il s'est désormais terré dans un ténébreux silence. Les journaux télévisés espagnols diffusent en boucle des scènes où les journalistes tentent d'obtenir ne serait-ce qu'un début de phrase du chef de gouvernement sur l'état du pays, avant que celui ne s'engouffre, muet, dans une voiture officielle. À l'écran, les bandeaux des JT défilent, évoquant en lettres capitales « les silences de Rajoy ».

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