Les pires coups tordus des agents de joueurs

Par , , et Michel Henry
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Bayram Tutumlu refourguait ses joueurs à son éternel ami, le manager de Swansea

Le ratio temps passé/argent engrangé paraît tout aussi démesuré lorsque les joueurs concernés ne sont pas des internationaux, mais d’illustres inconnus. Hormis sa famille, pas grand monde n’avait dû entendre parler de Kevin Friesenbichler lorsqu’il quitta la réserve du Bayern Munich et ses championnats régionaux, pour rejoindre le Benfica Lisbonne en 2014. Les fans de football portugais n’en savent pas plus aujourd’hui, Benfica l’ayant immédiatement prêté au Lechia Gdańsk, où son agent, Christian Rapp, compte deux bons amis. Il se trouve que Christian Rapp a touché 1 million d’euros sur cette affaire.

Une fois de plus, on ne connaîtra pas les dessous de l’histoire : la FIFA n’a ni les moyens de savoir, ni ceux d’enquêter. Alors que pour y voir plus clair, elle pourrait commencer par créer une chambre internationale de compensation avec obligation de s'y déclarer pour toutes les parties à un contrat, y compris ceux de droits à l'image (clubs, joueurs, intermédiaires, avocats, banques).

Ce qui est clair en revanche, c’est que le système de TPO (third party ownership ou tierce-propriété), interdit en 2015, a démultiplié les revenus des agents les plus influents. Certains ont acheté des parts de joueur, ce qui s’est avéré bien plus lucratif que de simples commissions sur des transferts.

Paul Pogba et son agent Mino Raiola. © LaPresse Paul Pogba et son agent Mino Raiola. © LaPresse
Le pourcentage à la future revente du joueur, inscrit dans le contrat, est également censé être interdit. Mais l’interdiction n’est pas respectée. Raiola a ainsi empoché 27 millions d’euros lorsque Pogba a été vendu par la Juventus de Turin à Manchester United. En plus des 10 millions qui lui ont été offerts pendant que le Français jouait à la Juve. En plus des 10 autres millions que Manchester lui a versés. En tout, 47 millions d’euros donc : preuve qu’un agent peut gagner plus qu’une grande star du ballon rond sur une période donnée. Vertigineux.

L’histoire de Paul Pogba démontre bien que certains agents se servent des joueurs plus qu’ils ne les servent. En 2014, Oualid Tanazefti était parvenu à faire signer un contrat qui empêchait le joueur français de toucher l’argent de ses droits à l’image avant 2029. En attendant, il était prévu que l’agent s’engraisse, lui, à chaque nouvelle publicité.

Et que dire de Jorge Mendes, l’agent de Cristiano Ronaldo ? Grâce au régime fiscal d’« impatrié » qui avait cours en Espagne, le Ballon d’or portugais n’aurait eu à payer qu’un peu plus de 2 millions d’impôts sur ses droits à l’image pour toute la période allant de 2009 à 2014. Or 2 millions, c’est ce que Ronaldo touche en une journée de tournage pour la promotion d’une voiture. Une journée de travail pour payer cinq années d’impôts ? Si la chose avait été présentée comme telle, pas sûr que l’attaquant du Real Madrid aurait choisi de prendre autant de risques fiscaux, judiciaires et médiatiques en plaçant son argent dans un paradis fiscal.

Et que dire des fortunes qu’il a déjà dépensées pour rémunérer ses avocats fiscalistes ? Le montant des honoraires ne va-t-il pas finir par atteindre celui des impôts éludés ? Mais il faut bien que les agents justifient leurs revenus. Et créent des liens indéfectibles avec les joueurs ou avec les entraîneurs. Ce qui peut permettre de prendre le contrôle de la politique sportive des clubs.

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En 2013, l’agent turc Bayram Tutumlu refourguait ainsi ses joueurs à son éternel ami, le manager de Swansea, Michael Laudrup. Il touchait même une commission quand il faisait signer des joueurs « appartenant » à d’autres agents.

Les intermédiaires ont tellement d’influence, se font tellement d’argent sur les transferts, que les clubs en viennent à les rémunérer grassement pour qu’ils n’incitent pas leur joueur à partir. D’ici 2018, l’intermédiaire allemand Volker Struth touchera 5 millions d’euros du Real Madrid pour avoir persuadé Toni Kroos de prolonger son bail en Espagne, en dépit d’offres plus juteuses de clubs rivaux.

Dans le même ordre d’idées, quand Thiago Silva négocie une augmentation de salaire, et passe de 6 à 8 millions d’euros par an, son agent touche 2 millions d’euros.

Mais les agents les plus créatifs ont vu plus grand encore. L’Israélien Pini Zahavi s’est offert le club de Mouscron, en Belgique, pour 8,5 millions d’euros à travers une société basée à Malte, Gol Football Malta. Les règles de la FIFA interdisant à un agent de posséder un club, il l’a revendu pour 10 euros à une autre société maltaise, propriété de son neveu Adar.

Comme tous les agents, pour pouvoir officier, Pini Zahavi a dû signer la déclaration suivante : « Je déclare avoir une réputation impeccable, et je confirme en particulier ne pas avoir été condamné pour un délit financier. » Si la notion de « réputation impeccable » laisse aux fédérations une marge d’appréciation, celle de condamnation ne devrait souffrir d’aucune contestation.

Luciano D’Onofrio, un agent belge condamné à de multiples reprises, continue pourtant d’officier, comme nous l’avons démontré, en s’abritant derrière un agent de façade, nommé Frederico Delmenico. Et son business s’étend aux mineurs. Là encore, officiellement, les intermédiaires ne peuvent pas se faire rémunérer pour des transactions qui concernent des jeunes de moins de 18 ans. Dans les faits, les clubs s’assoient sur la règle, ou la contournent allègrement. Il n’y a pas d’âge pour débaucher un joueur. Pas de limites pour réussir à l’attirer. Et pas d’instances pour efficacement contrôler.

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