Qui sont les Bassidji, ces miliciens qui sèment la terreur au nom d'Ahmadinejad ?

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Combien sont-ils ? 1 million ? 11 millions ? Alors que les Iraniens descendent depuis lundi de plus en plus massivement dans les rues, tous redoutent la violence des Bassidji, ces miliciens parfois armés d'AK 47 dont ils n'hésitent pas à se servir. Qui sont-ils ? Qui les dirigent ? Sont-ils prêts à soutenir Ahmadinejad et le Guide jusqu'au bout ? Enquête sur ces miliciens en civil.

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«Nous tuerons ceux qui tuent ainsi nos frères.» En Iran, les centaines de milliers de manifestants, qui continuaient de défiler mercredi 17 juin, ont désormais identifié le danger. De leur côté, les reporters des médias internationaux ont tous été prévenus par téléphone : «Ne sortez plus, et rentrez dans votre pays le plus vite possible : votre sécurité n'est plus assurée

 

Pour eux comme pour les Iraniens, la menace la plus directe ne vient pas de l'armée, dont le gros des troupes est pour l'heure resté dans les casernes, ni même de la police. Elle provient des milices armées, qui ratissent les manifestations en habit de civil, équipées de barres de fer, parfois armées de fusils AK-47 dont elles n'hésitent pas à faire usage, comme on le voit sur ces images diffusées par Channel 4 lundi 15 juin, journée de mobilisation de masse au cours de laquelle sept personnes au moins ont été tuées :

 

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D'où viennent ces miliciens, que l'on appelle Bassidji (du persan «niruyeh Moghavemat Basij», signifiant «force de mobilisation de la résistance»), déjà responsables d'au moins un mort parmi les manifestants? Les Bassidji sont, à l'origine, d'anciens combattants de la guerre Iran/Irak (1980-1988) «qui se battaient contre l'ennemi tout en espérant mourir en martyr», selon le documentariste Mehran Tamadon, qui a passé trois années à leurs côtés. La mission que se sont assignée les survivants de cette période et leurs successeurs ? Faire respecter à tout prix les principes de la République islamique.

 

D'où viennent-ils ? Combien sont-ils ? En 2005, au début du mandat Ahmadinejad, le commandant des Bassidji, Mohammad Hejazi, estimait le nombre de ses troupes à 11 millions. Un Iranien sur sept! Si, selon plusieurs spécialistes, leur effectif réel se rapproche plus des 3 millions de miliciens, les Bassidji n'en constituent pas moins une des trois forces de sécurité du pays, aux côtés de l'armée régulière et des Gardiens de la Révolution, les Pasdarans.

 

En 2009, la rumeur courait même qu'Ahmadinejad aurait souhaité extraire de cette milice un million de Bassidji pour en faire un corps d'armée à part entière. En civil, ils ont toutefois prouvé leur «utilité» pour le pouvoir et peuvent exercer leurs activités de répression, sans risquer d'embarrasser l'armée ni le gouvernement par leurs bavures. Ce fut notamment le cas dimanche 14 juin, quand plusieurs groupes forcèrent l'entrée de l'université de Téhéran pour en déloger les étudiants, et, selon certains témoignages, en projeter plusieurs par les fenêtres du bâtiment.

 

Volontaires bassidji à l'assaut de l'université de Téhéran, dimanche 15 juin (photo AP).

 

«Le Bassidj est très ancré dans la société iranienne, il l'innerve littéralement, confie à Mediapartle cinéaste franco-iranien Mehran Tamadon, auteur cette année d'un documentaire sur ces Bassidji, «Au cœur du monde des défenseurs les plus extrêmes de la République islamique d'Iran». Sa présence dans tous les quartiers de la capitale et des villes de province, notamment autour des mosquées, signe l'omniprésence du pouvoir. À travers le Bassidj, le pouvoir s'inscrit très profondément dans le quotidien : il est présent dans les plus petites ramifications des villes et son assise populaire est à la fois démontrée et entretenue. Il peut aussi intervenir partout et rapidement à la demande du pouvoir pour réprimer des troubles ou des contestations et fait également remonter vers lui les informations de la base.»

 

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