Là où l'Allemagne penche à l'extrême droite

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  • 17/09/2017 11:46
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Ce que l'on constate, au vu des différents diagrammes et de l'analyse qui en est faite, c'est la similitude des votes AfD en Allemagne et FN en France, pour ne citer que ces deux pays :
Plus de votes dans les régions délaissées, ex-Rda en Allemagne, zones rurales isolées en France ; et zones où les étrangers, les immigrés, sont quasiment absents.

Et vous pouvez également noter que les pays (Pologne, Hongrie) ou zones ( ex-RDA) prédisposées à l'extrême-droite ou à une droite décomplexée ont connu les régimes communistes. Heureusement que tous les pays ex-communistes ne basculent pas à l'extrême-droite car ce ne serait pas bon pour l'UE.

Pour les zones rurales, il faudrait pouvoir détailler, mais en France, nous avons le même phénomène : même dans le Nord ou en PACA, le FN fait 10% de plus dans les zones rurales que dans les villes, tout comme le reste de la France.

Par contre, dans le cas de l'Allemagne, en prenant précisément les petits hexagones ci-dessus, le lien n'est pas si direct entre vote AfD, et les données (chômage, PIB, etc). On le voit par exemple avec une Ruhrgebiet qui "devrait" voter plus AfD, alors que c'est en définitive plutôt le Bade Würtenberg (en gros, face à l'Alsace, à l'ouest de la Bavière), et en particulier des régions éloignées de toute grande métropole régionale, que l'AfD "perce" (et ça fait mal). Alors que, par exemple en France, on peut presque superposer le vote FN avec les régions à fort chômage et/ou fortes inégalités (moins vrai dans le cas de l'Est).

Autre similitude avec la France : ce n'est pas là où il y a le plus d'étrangers qu'on vote FN (Ile de France, grandes agglo en général), mais là...où l'on fantasme sur les Étrangers, qui viendraient jusque dans nos campagnes égorger etc...

Si la montée générale des extrême-droites en Europe est en lien avec la mise en place généralisée du néo-libéralisme économique (accentuant les compétitions, créant de l'instabilité, de "l'insécurité sociale"), les causes directes par pays sont souvent différentes. Ainsi, rien ne peut expliquer le vote FPÖ en Autriche, petit pays riche, presque sans problème - si ce n'est que les régions qui votent le plus extrême-droite sont des régions refermées sur elles-mêmes (Kärnten, Steiermark).

En Allemagne, j'y verrais plutôt le vote "démocratie récente" : car cela frappe surtout l'ex-RDA (et par capillarité les zones rurales d'ex-RFA), tout comme la Hongrie, la Pologne, sans oublier les tentations très droitistes en Slovaquie, Croatie, ou le succès incessant de Poutine en Russie... Ces pays ne sont tout simplement pas prêts à la démocratie occidentale, avec des partis anciennement implantés, des syndicats, réseau d'associations à fond "politique" (au sens général et noble du terme : même la Fondation Abbé Pierre est "politique").

En France, nous serions plutôt proche du modèle méditerranéen, sauf qu'en Italie, Portugal et Espagne, échaudés par les dictatures de Franco, Salazar et Mussolini, ils ne sont pas prêts de recommencer. Sans doute aurait-il fallu que nous aussi nous ayons eu honte d'avoir un Pétain allié de l'Allemagne (et non simple "collaborateur" en pays occupé), pour ne pas avoir envie de recommencer ?

C'est ce qu'on appelle un biais interprétatif. Je passe devant la gare, à ce moment un train déraille, j'en déduis que à chaque fois que je passe devant une gare un train va dérailler. Comment expliquez-vous alors que l'extrême-droite est forte dans des pays comme les Pays Bas, l'Autriche, la Norvège (ou...la France), qui n'ont pas été dirigés par les "communistes" ? Ou les USA avec Trump ? J'y suis : Obama était communiste.

En plus, ils ont connu le communisme assez brièvement, pas de quoi réellement influer un vote. Par contre, les pratiques démocratiques (et pas seulement électorales, tout le substrat fait de syndicats, associations, clubs de réflexion etc) y sont assez récentes. Cherchez plutôt l'explication de ce côté-là

Votre commentaire est tout à fait vrai.

Sans doute originaire de Sarreguemines, ville frontalière avec l'Allemagne et l'ex RFA, vous êtes aussi et surtout Lorrain et, les industries lorraines et en particulier les mines, ont drainé dès les années 1920 nombre de Polonais pour ne citer qu'eux. Les industries charbonnières furent des agents importants de peuplement. Moi-même, originaire des corons du Pas de Calais, je peux également témoigner de cette arrivée de slaves dont mes grands-parents firent partie.

 

Toute cette introduction pour exprimer tous les témoignages que ces personnes faisaient et font encore de ce que vécurent et vivent leurs parents en Pologne. Certes Jean-Paul II fut un "agent" très impliqué de la libération de la Pologne de son emprise soviétique (soutien total à Solidarność et en particulier financier) mais, les conséquences de cette "libération" ont laissé de nombreux nostalgiques du régime soviétique.

En effet, le modèle polonais mis en place à l'issue de cette période, a échoué tant au niveau politique qu'à celui tant annoncé, le succès économique. Toutes les concessions faites à la société au cours des nombreuses crises après 1980, ont été grignotées et ont créé de réelles frustrations, un chômage massif, une industrie peinant à se réformer, des aides sociales largement insuffisantes, une crise immobilière forte et les rêves de libertés, de vie nouvelles, d'espoirs en intégrant l'Europe ont été laminés.

Mais, l'extrême droite s'est largement développée dans les zones rurales comme en France, comme on a pu le voir aux dernières élections. Les "paysans" polonais furent ceux qui développèrent les plus fortes frustrations. Le décollectivisme mis en place par les gouvernements issus de Solidarność ou postérieurs, au profit de la majeure partie de l'agriculture, n'a pas été compensé par une hausse de productivité et donc de développement de la qualité de vie des agriculteurs polonais, à l'inverse de la France mais dont les frustrations sont opposées : plus de productivité, développement des grands céréaliers "happant" la majeure partie des aides européennes et paupérisation croissante de la majorité des agriculteurs.

D'ailleurs, il est à noter que les agriculteurs polonais n'ont jamais apporté leur soutien au syndicat précité ni aux gouvernements qui s'en sont suivis. Par contre, ils ont apporté leur soutien au gouvernement actuel ainsi que la classe ouvrière qui s'est retrouvée, malgré ses luttes et les espoirs dont on leur à fait croire, dans une situation de grave crise tant au niveau financier que pour l'accès aux soins, au logement, à l'alimentation et regrettant, ainsi, tout ce que le communisme les préservait même avec tout les drames, toutes les conditions de vie déplorables que cela entrainait. C'est ce même terreau qui a placé le FN là où il est, et Marine Le Pen a eu l'intelligence de s'y appuyer contrairement à la Gauche dont, pourtant, c'était le terreau et d'où proviennent les résultats de ses nombreuses luttes.

 

Les éléments dressés dans cette article prouvent bien où se situent les implantations de l'extrême droite, là où les frustrations sont les plus fortes, là où le populisme est le plus implanté, là où on peut faire croire à toute une population que les aides sont destinées à d'autres, là où une forte population a de plus en plus peur de se voir perdre le peu qu'ils ont encore, de se voir "déclassés".

Quand, dans l'avant dernier §, vous dites "contrairement à la Gauche", précisez : le PS ! Car le fossé entre la Gauche et le PS n'a cessé de s'agrandir depuis 1983, au point qu'on ne peut plus qualifier le PS de 2012-2017 de parti de Gauche. La Gauche, elle, n'a pas abandonné le terreau que vous évoquez, mais c'est le terreau en question qui a abandonné la Gauche. Dans la cité HLM de ma jeunesse, j'ai observé le phénomène. Cette cité votait très fortement PCF, puis soudain, sans doute lié aux déceptions d'un PC qui avait eu des ministres (impuissants à orienter la politique d'après 1983), un grand bloc est passé du vote PCF au vote FN, alors même que les militants coco étaient toujours aussi actifs dans cette cité (comme ailleurs).

Ce phénomène s'est renforcé avec la chute du camp du "socialisme réel" qui, dans le milieu prolétaire, représentait un espoir. La nature ayant horreur du vide, c'est le FN qui a ramassé la mise de cet électorat souvent protestataire plus que conscientisé politiquement. Cet affaiblissement de la Gauche a conduit à affaiblir en retour la lutte contre le vrai responsable, le patronat, et donc à conduire à la recherche de boucs émissaires plus faciles d'accès. Au lieu de râler contre le "sale patron" qui licenciait, on s'est mis à râler contre le "salzétranjé" qui piquait le boulot.

Il serait judicieux de fusionner les deux premiers diagrammes afin de produire un seul diagramme montrant visuellement la corrélation entre les deux variables.

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  • 25/09/2017 11:18
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François Asselineau nous l'a expliqué et démontré : l'UE est une idée raciste et guerrière !

On voit aujourd'hui le résultat de 25 ans d'Union européenne ( virtuelle !? ), avec la montée en flèche du racisme, de la xénophobie et la disparition de l'idée même de démocratie !

Merci pour ce beau projet, vraiment..

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Cette analyse s’appuie sur les données de la Commission électorale fédérale, de l'Office fédéral des statistiques et du site indépendant Wahlatlas. La représentation géographique utilisée pour les cartes d'Allemagne est un cartogramme, où chaque hexagone correspond à une circonscription électorale et, donc, à une population à peu près équivalente.

Afin de calculer les voix en faveur de l'extrême droite depuis les élections fédérales de 1990, les partis suivants ont été pris en compte : Die Republikaner (les Républicains), Nationaldemokratische Partei Deutschlands (Parti national-démocrate d'Allemagne), Bund der Deutschen Demokraten (Fédération des démocrates libres, disparu aujourd'hui), Deutsche Volksunion (Union populaire allemande, disparu aujourd'hui), Ab jetzt… Bündnis für Deutschland (À partir de maintenant, un pacte pour l'Allemagne), Bund freier Bürger (Alliance des citoyens libres, disparu aujourd'hui), Pro Deutsche Mitte/Initiative Pro D-Mark (Comité de défense de la Deutsche Mark, disparu aujourd'hui), Partei Rechtsstaatlicher Offensive (Parti d'offensive constitutionnelle, disparu aujourd'hui), Freie Wähler Deutschland (Les électeurs libres d'Allemagne), Alternative für Deutschland (Alternative pour l'Allemagne).