Birmanie 3/5. Une capitale pharaonique et fantomatique

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« Cité interdite aux étrangers jusqu'en 2010 »

Une réplique de la grande pagode Shwedagon, emblématique de Rangoon, a ainsi été bâtie et inaugurée en grande pompe, avec toutefois 30 centimètres de moins que l’original, qui culmine à 98 mètres, mais avec un ascenseur intérieur en plus.

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Un zoo, qui se visite en voiturette de golf tant il est étendu, a aussi été construit pour accueillir les animaux déménagés depuis Rangoon. Les quatre pingouins qui ne sont pas morts, sur les huit présents à l’ouverture du zoo, absorbent du poisson frais venu quotidiennement de Rangoon, dans un pseudo-igloo réfrigéré en permanence, pendant qu’il fait 45 degrés au dehors. Et les six lions se nourrissent avec 250 kg de bœuf par jour dans un pays où un tiers de la population ne mange pas de viande plus d’une fois par semaine.

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Pas très loin du zoo a aussi été bâti un immense parc national de plusieurs centaines d’hectares en forme de Birmanie miniaturisée, où tous les sites naturels et les monuments importants du pays sont reproduits à échelle réduite pour permettre de « visiter la Birmanie en une heure ». D’après le guide, le général Than Shwe, l’homme fort de la dictature jusqu’au début des années 2010 et le principal artisan de la construction de Naypyidaw, s'y rend régulièrement en famille depuis qu'il a pris sa retraite ici.

Au milieu de ce parc, se trouve la seule manière de prendre la mesure d’une ville dont la superficie est estimée à 744 km2, si on se refuse à emprunter les lignes intérieures de Myanmar Airways, la compagnie qui dessert la capitale, réputée pour ses accidents à répétition. Une immense maquette de la ville, de la taille d'une piscine olympique, montre en effet le gigantisme qui a présidé à la création de cette nouvelle capitale. Mais il est « interdit de faire des photographies de la maquette, explique le guide. Seuls les membres du gouvernement y sont autorisés ».

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Avec les deux golfs et les deux stades de 30 000 places censés accueillir bientôt des manifestations sportives d’envergure, ces différentes attractions espèrent drainer les touristes qui pourront, peut-être, pallier le déficit d’habitants. Alors que la ville était une cité interdite aux étrangers jusqu’en 2010, « les autorités nous poussent désormais à l’inclure sur nos circuits touristiques », ironise d’ailleurs Win Thi.

Mais le vrai luxe de Naypyidaw, c’est la lumière. Des barrages hydroélectriques ont été spécialement construits pour s’assurer que l’énergie soit, ici, disponible 24 h/24, alors que la Birmanie en a longtemps manqué. « Notre pays a beaucoup souffert du manque d’électricité, raconte Win Thi. Moi, j’ai étudié à la bougie. Il y avait sans arrêt de longues coupures, même dans les hôpitaux. Aujourd’hui encore, dans les villes et villages autour de Naypyidaw, l’électricité est coupée pendant plusieurs heures par jour, notamment entre février et avril, durant la saison sèche, parce que les lacs de barrage n’ont alors pas assez d’eau. »

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Toutes les routes sont ainsi bordées de lampadaires, tandis que le soir, Rangoon ou Mandalay demeurent plongées dans une semi-obscurité. « Mais ils servent uniquement pour les moustiques, puisqu’il n’y a personne dans les rues », ironise U Minoo, ancien enseignant devenu député de l’opposition en 2012.

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Cette série de reportages en Birmanie a été effectuée la première semaine de juillet, en association avec l'émission de France Culture, Les Pieds sur Terre, diffusée tous les jours à 13 h 30, qui consacre toute sa semaine du 15 au 19 juillet à la « démocratie disciplinée » birmane.