Aux Etats-Unis, les énergies vertes ont bénéficié du plan de relance d'Obama

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90 milliards de dollars d'argent public ont été investis dans les énergies renouvelables dont la production a doublé en quatre ans. Dans le Colorado, des PME ont bénéficié d'un mécanisme ingénieux pour leur permettre de surmonter la crise. Dommage que le Président ne soit pas fier de ce succès.

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De notre envoyé spécial à Denver (États-Unis)

L’intérieur de Ravenbrick ressemble presque à celui d’une start-up comme on en a déjà vu des dizaines : mobilier de récupération, affiches vintage aux murs, salle de réunion avec de gigantesques ballons gonflables en guise de siège, plantes vertes que l’on a oublié d’arroser, moyenne d’âge en deçà de trente ans… Pourtant, deux détails diffèrent : les locaux sont ceux d’un vieil entrepôt en briques en bordure du centre-ville de Denver, dans l’État du Colorado, plutôt qu’un immeuble moderne dans un « parc industriel » de banlieue ; et il flotte dans l’air une odeur d’huile mécanique. Le genre de parfum que l’on trouve dans une usine ou chez son garagiste.

En matière de start-up l’image d’Épinal est celle de l’entreprise informatique aseptisée, avec ses ordinateurs et ses serveurs, mais c’est loin d’être le seul modèle. Ravenbrick fait partie des centaines de jeunes entreprises américaines qui opèrent dans un domaine désormais considéré comme « porteur » : les énergies vertes ou, dans ce cas précis, la construction écologique. Après des années, voire des décennies, où elles furent cantonnées au stade artisanal, les sociétés de ce secteur sont désormais décidées à passer au stade supérieur.

Lors du premier débat présidentiel entre Barack Obama et son adversaire Mitt Romney, le 3 octobre, ce dernier s’est moqué à plusieurs reprises des 90 milliards de dollars d’investissements dans les énergies renouvelables contenus dans le plan de relance de 2009 (l’American Recovery and Reinvestment Act, plus communément appelé ARRA ou simplement « stimulus »), dénonçant une gabegie et déclarant de manière solennelle : « J’aime le charbon ! » Qu’un candidat conservateur s’amuse à ce genre de rhétorique macho-anti-écolo n’est guère étonnant. Ce qui l’est plus, c’est qu’Obama n’a pas jugé bon de défendre son bilan sur cette question, alors qu’il s’agit justement du domaine où ses résultats sont les meilleurs.

Depuis un an, les médias américains ont donné un écho démesuré à la faillite abrupte, en 2011, de Solyndra, une entreprise novatrice de fabrication de capteurs solaires, alors même qu’elle avait reçu 535 millions de dollars de prêts gouvernementaux. Même si l’administration Obama n’est pour rien dans ce dépôt de bilan, sauf d’avoir fait preuve d’optimisme excessif, à l’instar de dizaines d’investisseurs privés (dont le magnat Richard Branson), cette déconfiture a été opportunément exploitée par tous ceux :

1) qui ne voient pas pourquoi l'on devrait explorer de nouvelles méthodes de production ou de sauvegarde d’énergie
2) qui estiment que le gouvernement ne doit pas intervenir dans l’économie.

Solyndra est donc devenu l’arbre mort qui cache la forêt d’arbustes. Car depuis presque quatre ans qu’Obama occupe la Maison Blanche, la production d’énergie éolienne a doublé (de 25 à 50 gigawatts) et celle d’énergie solaire a augmenté de 600 % (à 5 gigawatts). Même si ces chiffres ne sont pas encore énormes, il y a aujourd’hui quinze millions de foyers aux États-Unis (sur 120) qui sont alimentés exclusivement par ces deux sources d’énergie verte, et au moins 300 000 emplois directs qui y participent.

L’administration Obama ne s’est pas contentée de regarder ce secteur décoller tout seul. Au contraire, elle a joué un rôle important dans cette croissance. « Toute l’industrie de l’énergie renouvelable était en train de mourir du fait de la crise financière de 2008. Mais grâce au stimulus, Obama a pu remplir sa promesse de doubler la production d’énergie renouvelable durant son premier mandat », explique Michael Grunwald, l’auteur de The New New Deal, un ouvrage sur les effets bénéfiques de l’ARRA qui dépassent, selon lui, la « nouvelle donne » de Franklin Roosevelt dans les années 1930.

Les 90 milliards de dollars contenus dans le plan de relance destinés aux énergies renouvelables, auxquels se sont ajoutés, par effet de levier, 100 milliards d’investissements privés, ont donné naissance à des gigantesques « fermes » solaires et éoliennes aux quatre coins du pays, au début d’un réseau électrique « intelligent », à la conversion de centrales au charbon vers le gaz naturel, à une émulation entre fabricants de batteries pour voitures électriques... Cet argent public a également permis à une petite société comme Ravenbrick de survivre et de se développer dans le Colorado, loin des grands pôles technologiques et financiers de San Francisco, Seattle, New York ou Boston.

Fondée en 2007, Ravenbrick a mis au point une technologie « thermochromique », qui permet de teinter les fenêtres en fonction de la quantité de soleil qu'elles réussissent à capter et de la température extérieure. Ainsi, par beau temps les fenêtres deviennent foncées, réduisant la quantité de soleil pénétrant dans le bâtiment, tout en préservant la vue (contrairement à des persiennes ou des rideaux). Par temps gris, les fenêtres sont complètement transparentes, autorisant un maximum de lumière à rentrer. Le tout étant complètement modulable en fonction du climat local ou de l’altitude.

Cette invention permet d’économiser de 20 % à 30 % sur les coûts de chauffage et de climatisation. Dans un pays comme les États-Unis où les bâtiments « consomment » les deux tiers de l’électricité et sont responsables de 40 % des émissions de gaz carboniques, ce genre d’innovation a de l’avenir.

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