A Bruxelles, le régime minceur voulu par Juncker se fait dans la douleur

Par

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

De notre envoyé spécial à Bruxelles. - Comme l’immense majorité des 27 commissaires européens réunis autour de Jean-Claude Juncker, Vytenis Andriukaitis est inconnu du grand public. Mais à la différence de ses collègues, il arrive parfois que ce Lituanien, commissaire à la santé, parle sans détour. Prié, en novembre 2015, de faire le bilan de sa première année en fonction, l’intéressé a lâché : « Le plus surprenant, c’est que je ne suis pas si efficace. Je m’attendais à être plus efficace, à appliquer davantage une culture du résultat. »

Si le commissaire est frustré, il le doit, d’abord, à son portefeuille : le secteur de la santé reste l’une des chasses gardées des États membres, et les marges de manœuvre, à Bruxelles, sont limitées. Dans le microcosme bruxellois cependant, tout le monde sait que la sortie d’Andriukaitis signifie tout autre chose. Il s’en prend ici à l’une des obsessions de son patron, le Luxembourgeois Juncker, depuis sa prise de fonctions à la tête de l’exécutif européen : le « mieux légiférer », ou « better regulation » dans le jargon de l’UE. Cette priorité de la Commission, très technique, pourrait changer de fond en comble les rouages de la machine bruxelloise. À court terme, elle a asséché l’activité de nombre de fonctionnaires bruxellois.

Pendant la campagne des européennes, en 2014, Juncker, candidat à la succession de José Manuel Barroso, avait résumé son ambition : se montrer « big on big things and small on small things » (en résumé, décisif sur les sujets importants et en retrait sur les dossiers secondaires). « Les citoyens attendent de l'UE qu'elle apporte une valeur ajoutée sur les grands défis économiques et sociaux. Ils veulent aussi que l'UE interfère moins avec les États membres lorsque ceux-ci sont mieux à même de fournir les bonnes réponses », avait-il expliqué quelques mois plus tard, en décembre 2014.