Quand la France a fait de l’Algérie rurale un vaste camp de concentration

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Les camps de concentration français en Algérie concernaient plus de trois millions de personnes sur une population de neuf millions, avec plus d’un million de réfugiés à l’étranger, principalement au Maroc et en Tunisie, et plus d’un million de martyrs, c’était l’œuvre civilisatrice du pays des Droits de l’Homme Blanc en Algérie.

Afficher l’image source Un camp de concentration avec  barbelés et sentinelle

Le général Parlange, conseiller technique et inspecteur général du regroupement à Monsieur le délégué général du regroupement en Algérie, Alger, février 1960 (SAHAT1 H 2574), écrivait à quelques mois avant le départ de l’armée coloniale : « Il faut bien reconnaître, en effet, que le regroupement correspond souvent aussi à un déracinement et s’apparente à une politique de ‘terre brûlée’- les conséquences en sont graves sur le plan humain, économique et social et ne manqueront pas si nous n’y prenons garde de rendre plus incertain un avenir qui semblait déjà difficile ». L’Algérie n’a pas fini de payer les conséquences de la destruction de sa paysannerie et de son monde rural.

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Des militaires français arrachant des paysans à leur terre

Merci pour ce commentaire et ces images qui me rappellent une partie de ma jeunesse confisquée par les gouvernants français et cette guerre d'Algérie.

J'en ai écrit un livre "Couleur kaki" paru en juillet 2018. On peut en trouver l'explication et la quatrième de couverture sur un billet que j'ai publié ici-même  à voir ici: 

Une histoire souvent oubliée (livre couleur kaki)

Dans ce livre j'écris des passages concernant ces camps de regroupements. Il est évident que j'ai oublié certaines phases de l'aventure forcée qui nous a rendu coupables de blessures ineffaçables envers ce peuple. Ceci m'a amené à rejoindre l'association 4acg (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre) dont on peut consulter le site et dpont les objectifs sont d'aider le peuple algérien.

Merci pour ce témoignage précieux. Je serai heureuse de vous entendre davantage sur votre expérience. Très cordialement. Dorothée

Et oui et sa continue avec d’autre méthodes en vas dire du 2.0 a la française . Avec le soutien sans failles au dictateur qui prives la jeunesse algerienne de liberté regarder la guerre que livre la france a la turkie démocrate qui a eu le courage de ce liberer des chaines qui la maintenir sous domination occidental . En doit en fin ce liberer de la domination colonial car l’algerie tout entierre eqt un camp de concentration moderne a l’heure actuelle .une pense au hirak 

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  • 19/10/2020 10:05
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Ah !!! Ces mémoires sélectives des pays dits civilisés !!! Pleurons sur les camps de l'horreur hitlérienne et ...faisons l'impasse sur ce que "nous français" avons fait !!!J'ai vu, mais pas bien entendu et les sous titrages allaient un peu trop vite...Bon, j'ai compris la majorité de ce que j'ai vu et entendu mais...petite frustration quand même...

Quelle horreur !

Quelle dignité , intelligence , humanité de la part de Monsieur Malek Kellou en dépit de ses profonds traumatismes et blessures !

L'immense courage de cette femme résistante ! Elle représente sans doute une énorme majorité d'Algériens !

Ceci invite à relire les livres de Germaine Tillion .

Le "Sauvage" , c'est toujours l'Autre !

Ce qui est terrible, c'est le silence sur ces heures sombres de notre histoire qui continue cependant de faire des ravages dans la France actuelle.

L'Etat français n'a jamais soldé son passé colonial, jamais eu le courage de dévoiler aux citoyens français les horreurs perpétrées au nom d'une idéologie, encore moins demandé pardon pour les erreurs et les horreurs commises.

J'ai honte de cela. Ma famille a été marquée par la guerre en Algérie, mais sur des mensonges d'Etat.

2020, les mensonges encore et toujours ....

A quand l'autodétermination des peuples et l'auto organisation, seules conditions pour la fraternité, la liberté et l'égalité ?

Mensonges d'État, dénis d'État, négationnisme d'État...

Cette ignominie a eu des conséquences gravissimes y compris pour le futur du pays, la plupart des populations encagées dans ces immondes camps n’ont jamais pu revenir dans leurs villages saccagés et sont venus grossir les rangs d’un prolétariat urbain et périurbain adossé aux grandes villes ou ont émigré. Tout ceci au moment où l’agriculture algérienne exsangue requiérait toutes les forces vives. La folle politique de l’industrie industrialisante des gouvernements incompétents et illégitimes post 62 a fait le reste. 

  à plusieurs vitesses....

« J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre », écrit Alexis de Tocqueville avant d’ajouter : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux  Rapports sur l’Algérie », p(704 et 705)

Le passé génocidaire de la France en Algérie - Tabous-Péchés- Interdits

Ajoutant( Travail sur l’Algérie  p. 706)  :« Les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires : 1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ;

2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd el-Kader. »

La banalité du mal ou l'apologie de la barbarie coloniale (1ère partie) |  El Watan

« Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux» ( Travail sur l’Algérie  p. 752)

Michel Rocard, l'anticolonialiste qui a révélé l'atrocité des camps de  regroupement pendant la sale guerre d'Algérie - micheldandelot1« L’expérience ne nous a pas seulement montré où était le théâtre naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait connaître les moyens de les vaincre et (...) d’en rester les maîtres. Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application presque à coup sûr. Un des plus grands services que M. le maréchal Bugeaud ait rendus à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et rendu sensible à tous cette science nouvelle .» (Rapports sur l’Algérie »,œuvres complètes p. 806).

( Quand Tocqueville légitimait les boucheries - Olivier Le Cour Grandmaison )

Algérie, Colonisation et crimes de la France - Algerie360

 

Oui tout à fait exact et au sujet de l'islam politique et des islamistes qui sévissent en 2020 dans le monde et qui massacrent qui que ce soit et surtout de par le monde vous proposer quoi ?De leur faire lire Tocqueville pour que ces incultes qui salissent les musulmans justifient encore plus leur ignominie ? Vous croyez que c'est le moment de parler de ça ? C'est totalement contreproductif. Vous aurez encore plus de harkis qui se feront insulter et leur famille discriminée en se faisant montrer du doigt comme traitre. C'est de l'incons ience pure d'aborder ces sujets en ce moment, à moins que votre but soit de créer une guerrz civile en France. Il y a un temps pour tout et en ce moment c'est de sauver la République ,la Laïcité et la Paix.

Commentaire immonde... Oui, monsieur, il est toujours temps de parler des crimes d'État dont génocides coloniaux restés impunis, et niés par les assassins, négationnisme d'État.

Plus faux-culisme d'État : que les laudateurs du crime osent planquer les turpitudes de leurs employeurs criminels – la grande bourgeoisie française et ses politiciens racistes – sous tchador de "République, Laïcité et Paix" est une misérable insulte aux idées progressistes dz l'Humain dont le pool des baveux n'a aucune idée, humanophobie d'État. Et leurs majuscules hypocrites ne font qu'aggraver leur cas... Immonditude d'État.

LIBÉRATION-ÉPURATION, NI OUBLI NI PARDON.

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Merci à Médiapart pour son sens de la nuance. 

Je crois que tout ce qui est excessif est insignifiant

Les Français ont tellement été horrible en Algérie que le Algériens dans leur majorité veulent venir en France. Comprend qui veut.

Correctif : comprend qui peut, gars.

visiblement celui là ne comprend pas grand chose....limité......laughing

Hélas, entre nos deux pays, tout n'est pas encore pardonné.

Alors c'est maintenant ! Ou jamais !!!

Tout cela n'a pas suffit à les dégouter puisqu'ils ont suivit leurs bons maitres à la fin de la guerre  !   bizarre quand même   !

Je suis touchée par l'interview et ai hâte de voir le film ! 

Parfois, je crois que ce que vous dites á la fin. Dorothée Myriam,  est une réalité. Souvent, pour accéder á la mémoire intime (celle de ses parents ou la sienne propre lorsque l'on a vécu certains traumatismes),  il faut avant tout ... partir loin pour y revenir avec une nouvelle force et une energie sans pareille.  La distance crée en quelque sorte une nouvelle proximité, sûrement parce que partager un exil voulu ou non, rapproche !

J'ai fait la même chose pour comprendre pourquoi mon père et mes deux oncles ne parlaient jamais de "leur guerre" (au contraire de mon grand-père). Pas la même guerre effectivement que celle que l'on a sur ses terres et celle oú est envoyé ailleurs, pourtant les deux en tant que conscrits. Moi, je suis allée en Algérie et leur ai raconté mon voyage, pour voir... Cela a effectivement délié les langues ou plutôt permis de parler de ce qui était tu, avant. Rien de dramatique mais une forme de libération d'une parole confisquée par soi-même ou par le contexte du retour. Ils ne sont pas allés jusqu'á y aller de nouveau, comme votre père mais ce n'est pas leur pays. A situation différente, réponse différente et réconciliation différente ! 

Je suis contente que vous ayez eu les soutiens financiers pour le film. Cela montre aussi qu'il est temps, temps de libérer une certaine parole mais cela ne sera jamais simple. Ami Said, mon trop tôt disparu ami algérien (malgré notre notoire différence d'âge), qui avait l'art de la formule en toute circonstance m'a dit au début des années 2000,  alors que nous visitions ce musée d'Ifri dans les montagnes consacrés aux grands de la résistance: "Quand la France nous rendra les crânes de Chérif Boubaghla et de Bouziane, il sera temps de parler de tout ce qui nous fait une histoire commune". Il est malheureusement mort avant de vivre le retour de leurs crânes en Algérie qui a eu lieu cette année, je crois !

Alors, oui il est sûrement temps, comme Ami Said l'avait prédit ! :)

Paix á ta grande Âme pleine d'esprit, de justesse, d'humour et de poésie, Ami Said ! 

 

Musée Congrés de la Soummam, Ifri © Christel Musée Congrés de la Soummam, Ifri © Christel

Merci pour ce magnifique témoignage pacifié ! Très cordialement. Dorothée-Myriam

les souvenirs pénibles dont ma mémoire n’a pas voulu effacer, ces moments pénibles, atroces et vivaces vécus dans un de ces camps, appelés par euphémisme et non sans arrière-pensées dans le vocabulaire de l’armée coloniale

« Camps de regroupement ».

Le mot « camp » à lui seul ne rend pas compte de la diversité des situations :

Certains camps sont fermés, quasi carcéraux, d’autres sont ouverts, et néanmoins contraignants.

Cette dénomination hypocrite n’est ni fortuite ni innocente, comme d’ailleurs toute la terminologie colonialiste.

Le but évident est d’en masquer par un jeu de mots illusoire leur véritable caractère concentrationnaire et quasi carcéral.

Le camp du « Kalitous » à Zitouna, ex. Bessombourg, où j’ai passé plus d’une année de ma vie d’enfant, n’était ni plus ni moins qu’un camp de concentration dans lequel ont été entassés, derrière des barbelés, des milliers de personnes dans une promiscuité et une misère indescriptibles.

Nous étions des otages affamés et rabaissés au rang de bestiaux.

Une réserve de boucs émissaires, dans laquelle l’armée française venait prélever ses victimes pour assouvir l’instinct de vengeance de ses troupes, chaque fois qu’elles se sentaient menacées ou attaquées par l’ALN (Armée de Libération Nationale).

C’est la fameuse « corvée de bois » que l’armée française pratiquait au nom de la France.

Au lever du jour, les survivants, qui attendaient dans la peur leur tour, allaient ramasser les cadavres qui gisaient dans le sang dans la forêt jouxtant la caserne ou au bord de la route reliant Zitouna à Collo.



La guerre d’Algérie avait la spécificité, parmi les guerres de la deuxième partie du 20e siècle, d’être l’une de celles qui a, au plus haut point, donné lieu au face à face entre une armée et une population complètement démunie.

Pour l’armée coloniale, tous les Algériens étaient des « fellagas », des combattants de l’ALN.

Faute de pouvoir saisir ces derniers qui étaient comme une boule de mercure insaisissable par définition, elle se rabattait sur les paisibles civils sans défense. 



En effet, le lourd tribut, que le peuple algérien n’a cessé de payer sur l’autel de sa liberté et de son indépendance durant la longue nuit coloniale de 1830 à 1962, est intrinsèque au système colonial qui a revêtu en Algérie son visage le plus hideux et le plus monstrueux.

 
Étant une colonisation de peuplement tendant à substituer par l’épée une population européenne étrangère à un peuple autochtone établi sur sa terre depuis des millénaires, le système colonial en Algérie est dans son essence un système cannibale qui ne peut survivre qu’en dévorant des êtres humains.

La France est allée jusqu’à déclarer la terre algérienne : » Terra nullius", une terre inhabitée et sans peuples. 



L’écrasement des Algériens est l’enjeu principal de la conquête.

Pour conquérir la terre, il faut éliminer ses habitants.

Ceux qui ont survécu à la conquête, aux massacres et aux enfumages massifs dans les grottes ont été déplacés et rejetés comme des bêtes sauvages (ces termes ne sont pas de moi, mais des pères fondateurs du colonialisme) vers le désert, les montagnes ou les terres arides.

Les terres fertiles et les plaines sont exclusivement réservées aux colons, les nouveaux seigneurs et maîtres de l’ère coloniale.

« Comparés aux Européens, Arabes et Berbères sont certainement de races inférieures et surtout de races dégénérées ». Écrivait le général Pélissier.

Donc ces camps de concentration ne sont pas le fruit du hasard.

Ils s’inscrivent dans la logique même de la colonisation de peuplement qui fait de l’extinction du peuple algérien en tant qu’entité socioculturelle et politique son objectif final.

N’en déplaise aux chantres et aux théoriciens de la colonisation qui rêvaient de renouer avec l’Empire romain, le peuple algérien est toujours là.

Car malgré toutes les atrocités commises, leur dessein de « relatiniser » l’Algérie a été avorté par la force de résistance d’un grand peuple qui avait derrière lui des millénaires d’histoires.
........ Extrait de mon livre témoignage "Camps de regroupement, crimes d'Etat " , Driouche Rabah.

L'éditeur ?

edilivre

 

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Choukran'

Choukran'

Zahia El MOKRANI

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  • 22/10/2020 16:52
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À l'attention de Jean-Michel Blanquer (ministre autoritaire) et de ses savants hauts-fonctionnaires en recherche de documents pédagogiques aptes à instruire nos chères têtes blondes (et brunes, et noires, et rousses), voici deux documentaires instructifs (6 et 15 mn) à proposer aux équipes pédagogiques, rayon "Histoire des civilisations" :

algerieavantoccupation

Algérie : L'Algérie avant la colonisation française

Histoire de l’Algérie : est-elle Réellement une Création Française ?!

Plus ce texte de vingt lignes, à lire et commenter en classe :

https://www.algerie360.com/lalgerie-avant-loccupation-francaise/

Et pour les plus grand.e.s, un petit livre : « Histoire d’un parjure » de Michel Habbart, ouvrage fondé sur les écrits laissés par les généraux de la conquête, disponible en Pdf.

Il y a aussi les films de cinéma : La Bataille d'Alger... La même, expliquée aux plus jeunes... Avoir vingt ans dans les Aurès...L'opium et le Bâton... Patrouille à l'est... Les enfants de Novembre... etc.

''La fille aînée de l'Eglise'' et son vieil amant ''l'Islam''...

Je reprends du service par nécessité... dans l'intérêt de la vérité, par scrupules. J'avais suspendu mon abonnement, non pour un grief quelconque à l'égard de MDP (vous savez 10 E., ce n'est pas ruineux); mais je tente de rester concentrée sur une des parties bien sanglante de ce que les Français qualifient de ''Guerre d'Algérie'' : les ''CAM'' (les Algériens condamnés à mort, et guillotinés)...

Alors, la Sorbonne, parlons-on : C'est au ''Grand Amphi'' que Lacheroy, chargé de propagande (pardon ''communication'') de l'Armée avait déclaré la guerre, (pardon, la ''pacification'') aux femmes et aux enfants, puisque les ''maquisards'' y trouvaient refuge...

Djamel Rehioui a eu l'indécence de reproduire des documents extraits du répertoire de la ''mission civilisatrice''... et, a omis de demander la permission... C'est toujours la Xème Région Militaire ?

Bonne matinée... A suivre, en tant que de besoin, y-a-qu'à demander... Zahia eM.G.

Magnifique et poignant témoignage...
Une leçon d'humanité, mais, de grâce : plus jamais ça ! Nulle part ! C'est pas gagné...
Merci à Mediapart, une fois de plus !

Vos ''homélies'', aussi, ça suffit... Les Algériens/nes n'en ont rien à faire... Ils font mieux : vous rappeler votre honteuse ''extraction''...

pas de commentaires de nos racistes de service, de droite et "de gauche" (LoL),  comme c'est étrange.....

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  • 02/11/2020 17:17
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Merci à Mediapart d'avoir accordé un tel entretien filmé à mon père. C'est une très belle interview ! Je ne parle pas de mon intervention (émue et hésitante) qui vient juste en appui du témoignage.

Une remarque juste sur le titre de l'article qui n'est peut-être pas le plus adapté car il est associé aujourd'hui, dans l'imaginaire collectif, aux camps de concentration nazis et se confond même avec les camps d'extermination mis en place pendant la Seconde Guerre mondiale. Le mot est tellement connoté historiquement aujourd'hui qu'il empêche de penser d'autres types d'expériences concentrationnaires. Il crée immédiatement un blocage et un refus de considérer l'expérience vécue. (Je m'en suis rendue compte en lisant les commentaires)

L'histoire des camps de regroupement (et je reconnais que le mot regroupement ne dit pas la violence du déracinement subie par ces millions de paysans arrachés à leurs terres) est plus proche de celle des camps de concentration (c'était alors le mot en vigueur) mis en place par les Espagnols à Cuba à la fin du XIXième pour couper la population des indépendantistes. Ou même des camps de Boers, descendants des premiers colons européens et leurs esclaves noirs, crées par l'armée britannique. Dans ces camps dont l'objectif était de couper la population de la guérilla, la maladie et la faim sévissaient. Pour les camps d'Algérie, les conditions très difficiles de vie ont été dénoncées dans la presse française. C'est l'histoire du fameux rapport rédigé par le alors très jeune Michel Rocard qui avait fuité dans le journal le Monde en avril 1959 et avait fait scandale.

Il faudra peut-être inventer un autre mot pour désigner cette expérience historique, je ne l'ai pas encore trouvé. Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad parlaient de déracinement. Des camps de déracinés? Peut-être que le mot traduit mieux la réalité vécue par ces paysans. Mais il ne dit pas la transformation profonde de la ruralité dans ces camps. Car l'objectif des regroupements était aussi politique : placer la population sous contrôle et influence directe de la France.

J'ai essayé de poursuivre la réflexion en réalisant le podcast l'Algérie des camps pour France Culture. https://www.franceculture.fr/emissions/lalgerie-des-camps

Je n'ai pas trouvé le mot juste. A défaut de mieux, j'ai pour l'instant gardé le mot insuffisant utilisé par l'armée française pour designer sa pratique: regroupement.

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