Arrestations et appel au calme en Irlande du Nord après la mort d'une journaliste

Par
Deux jeunes hommes de 18 et 19 ans ont été arrêtés en Irlande du Nord dans l'enquête sur la mort de Lyra McKee, une journaliste de 29 ans tuée par balle jeudi soir lors d'affrontements à Londonderry, annonce samedi la police nord-irlandaise.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

LONDONDERRY, Irlande du Nord (Reuters) - Deux jeunes hommes de 18 et 19 ans ont été arrêtés en Irlande du Nord dans l'enquête sur la mort de Lyra McKee, une journaliste de 29 ans tuée par balle jeudi soir lors d'affrontements à Londonderry, annonce samedi la police nord-irlandaise.

Lyra McKee préparait un livre sur des disparitions de jeunes gens pendant les trente années de guerre civile en Irlande du Nord entre 1968 et 1998, auxquelles ont mis fin il y a 21 ans les "accords du Vendredi saint".

Elle a été tuée alors qu'elle assistait aux émeutes qui ont éclaté dans le quartier de Creggan, un fief catholique, à la suite d'une opération de police destinée à prévenir des violences durant le week-end de Pâques, anniversaire du soulèvement de 1916 à Dublin.

Sa mort ravive les inquiétudes en Irlande du Nord où, dans le contexte du Brexit et du cas particulier posé par la province, plusieurs incidents avaient déjà instillé le doute sur la pérennité des accords de paix d'avril 1998.

Le divorce avec l'Union européenne, que les électeurs britanniques ont approuvé en juin 2016 mais que les Nord-Irlandais ont majoritairement rejeté, fait craindre que des petits groupes marginalisés depuis vingt ans retrouvent de la vigueur.

Six partis politiques d'Irlande du Nord, qui s'opposent sur la question de l'avenir de la province entre nationalistes aspirant à la réunification de l'île et unionistes partisans du maintien au sein du Royaume-Uni, ont signé un communiqué commun appelant au calme.

"Le meurtre de Lyra est une attaque contre les membres de notre communauté, une attaque contre la paix et les processus démocratiques", peut-on lire dans leur appel.

Les six partis, dont le Parti unioniste démocratique (DUP) et le Sinn Féin, qui fut la branche politique de l'IRA durant le conflit nord-irlandais, affichent aussi leur "unité dans la condamnation des responsables de ce crime de haine".

VIDÉOSURVEILLANCE

Lyra McKee, qui s'était installée à Londonderry début 2018, avait obtenu en 2006 le titre de "jeune journaliste de l'année" décerné par Sky News.

"Les enquêteurs ont arrêté deux hommes, âgés de 18 et 19 ans, dans le cadre de la loi sur le terrorisme en relation avec ce meurtre", indique le communiqué de la police nord-irlandaise.

Des centaines de personnes se sont rassemblées vendredi soir à travers la province pour des veillées en hommage à Lyra McKee, qui était aussi une figure connue du mouvement pour les droits de la communauté LGBT.

La Première ministre britannique Theresa May a souligné que sa mort était "choquante et vraiment insensée".

A Dublin, son homologue irlandais Leo Varadkar a exprimé sa tristesse et a ajouté: Nous ne pouvons pas laisser les propagateurs de la violence, de la peur et de la haine nous ramener dans le passé."

Bill Clinton, ancien président américain qui a joué un rôle central dans la négociation des accords nord-irlandais de 1998, a déclaré que la mort de la jeune journaliste lui "brisait le coeur". "Nous ne pouvons pas lâcher les 21 années de paix et de progrès durement gagnés", a-t-il ajouté.

Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, a pour sa part estimé samedi que "le meurtre tragique de Lyra McKee est un rappel de la fragilité de la paix en Irlande du Nord". "Nous devons tous travailler pour préserver les acquis des accords du Vendredi Saint", a-t-il ajouté sur Twitter.

Pour la police nord-irlandaise, les coups de feu qui ont mortellement atteint la journaliste sont probablement le fait de militants du groupe nationaliste irlandais New IRA (Nouvelle IRA), responsable de plusieurs attaques ces dernières années.

En janvier, c'est ce même groupe qui avait garé une voiture piégée devant un tribunal de Londonderry. L'explosion n'avait pas fait de victimes.

Le petit parti politique Saoradh, proche des dissidents du mouvement nationaliste irlandais, a déclaré dans un communiqué que Lyra McKee avait probablement été tuée accidentellement "par un volontaire républicain" alors qu'elle se trouvait près des policiers.

La police nord-irlandais a diffusé des images tournées par les caméras de vidéosurveillance. On y aperçoit notamment la journaliste observant des jeunes gens jetant des cocktails Molotov. D'après la police, McKee a été touchée lorsqu'un homme armé a ouvert le feu en direction des forces de l'ordre.

La menace de violence est actuellement considérée comme sérieuse par les autorités.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale