Les Égyptiens appelés à se prononcer sur la réforme constitutionnelle

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Les Égyptiens ont commencé samedi à se rendre aux urnes pour se prononcer sur le projet de réforme constitutionnelle, adopté par le parlement mardi dernier, qui pourrait permettre au président Abdel Fattah al Sissi de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2030 et d'élargir ses prérogatives.
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LE CAIRE (Reuters) - Les Égyptiens ont commencé samedi à se rendre aux urnes pour se prononcer sur le projet de réforme constitutionnelle, adopté par le parlement mardi dernier, qui pourrait permettre au président Abdel Fattah al Sissi de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2030 et d'élargir ses prérogatives.

Les soutiens de Sissi considèrent que ces changements sont indispensables pour que le président en exercice puisse parvenir à boucler des projets de développements et des réformes économiques majeurs. Ses détracteurs y voient une bascule vers un régime autoritaire, avec davantage de pouvoirs concentrés par Sissi.

Le référendum est organisé sur trois jours. L'Egypte compte environ 55 millions d'électeurs inscrits.

Si la victoire du "oui" ne fait guère de doute, les observateurs regarderont le taux de participation, révélateur de la popularité de Sissi, en baisse depuis 2016 et la mise en place de mesures d'austérité.

Le texte, approuvé par 531 voix contre 22 au Parlement, propose de faire passer la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans et de ne pas tenir compte de ceux que Sissi a déjà accomplis, ce qui lui permettrait de rester au pouvoir jusqu'en 2030.

Un amendement confère par ailleurs au président de nouvelles prérogatives en matière de nomination des juges et des procureurs; d'autres prévoient que l'armée a le devoir de protéger "la Constitution, la démocratie, la cohésion fondamentale du pays et sa nature civile" et élargissent les compétences des tribunaux militaires.

La commission des lois du Parlement explique qu'un mandat de quatre ans est trop court. "C'est un délai irréaliste pour parvenir à un développement complet et durable", peut-on lire dans l'exposé des motifs prévoyant de réviser l'article 140, qui fixe la durée du mandat présidentiel.

L'opposition a reproché au pouvoir d'avoir organisé ce référendum au pas de charge - la commission électorale n'en a annoncé les dates que mercredi, au lendemain de l'adoption de la réforme par les parlementaires.

"Ils ne nous ont même pas laissé le temps d'organiser une campagne pour appeler à voter non", a déclaré Khaled Dawoud, du Mouvement démocratique civil. "C'est le dernier coup fatal après toutes les ambitions que nous avions à la suite de la révolution de 2011", ajoute l'opposant.

Lors des débats au Parlement, le député d'opposition Haïtham el Hariri a estimé que ces amendements constitutionnels faisaient peser une menace sur la possibilité d'une "transition pacifique du pouvoir".

La chercheuse Lina Khatib, spécialiste du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord au Chatham House, l'institut royal des affaires internationales basé à Londres, juge que la réforme constitutionnelle "ouvre la voie à un accaparement du pouvoir" par Sissi.

"Cela aura de graves implications sur les perspectives à moyen terme de la démocratie en Egypte et compliquera à long terme la possibilité pour des voix politiques alternatives de briguer le pouvoir", ajoute-t-elle.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 GMT.

Le président égyptien a voté peu après à Héliopolis, à l'est du Caire.

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