La presse britannique se divise sur sa régulation

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Les partis britanniques sont parvenus à un accord prévoyant la création d'un nouvel organe de régulation pouvant, notamment, directement prononcer des amendes ou ordonner des corrections dans des articles. Une partie de la presse ne l'entend pas de cette oreille. L'autre souligne les dérives qui ont conduit à ça.

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Autrefois l’une des plus réputées du monde, la presse britannique vit depuis quelques mois une véritable crise d’identité. Après avoir vu mise en cause leur déontologie et salie leur image par une succession de scandales, les journaux anglais vont bientôt être encadrés par un régulateur et un dispositif réglementaire sans précédent dans le pays.

Le juge Leveson et son rapport d'enquête © Reuters Le juge Leveson et son rapport d'enquête © Reuters

Lundi aux premières heures de la journée, et après plusieurs mois de débats, les principaux partis britanniques sont parvenus à un accord qui prévoit notamment des sanctions alourdies et la création d’une nouvelle autorité chargée de surveiller la presse. Celle-ci sera dotée de pouvoirs d’investigations élargis et pourra directement ordonner des corrections dans les articles lorsque des manquements seront constatés, ou encore infliger de lourdes amendes (le détail du texte n'est pas encore connu). Dans un pays où la liberté de la presse était jusqu’à présent quasiment absolue, il s’agit d’une véritable révolution, et d’un terrible désaveu pour des journaux aussi prestigieux que le Times, The Independent ou encore The Guardian qui payent ainsi les dérapages des tabloïds britanniques.

C’est le quotidien News of the World, propriété du groupe de presse News International de Rupert Murdoch, qui, en juillet 2011, a le premier provoqué la chute de toute la presse du pays avec le scandale des écoutes illégales. Cette affaire est en réalité le résultat d’une longue enquête, menée entre 2005 et 2007, ouverte à la suite d’accusations d’écoutes illégales et de corruption de policiers par des salariés du quotidien.

Publiés à l’été 2011, les résultats de ces investigations confirment que, dans sa recherche de scoops, News of the World a bien versé des pots-de-vin et écouté les téléphones de célébrités, politiciens et même de membres de la famille royale. Un élément va littéralement révulser l’opinion publique britannique : l’enquête révèle que les journalistes ont également piraté le téléphone de Milly Dowler, une petite fille de 13 ans enlevée et assassinée en 2002, ainsi que ceux de plusieurs proches de victimes des attentats de Londres du 7 juillet 2005.

News of the World ne se relèvera pas de ce scandale et sera fermé par Rupert Murdoch qui aura perdu dans l’affaire plusieurs centaines de millions d’euros. Mais surtout, ces aveux n’ont été que le début d’une longue suite de révélations. Face à l’émotion suscitée par le scandale, le premier ministre David Cameron avait chargé, le 6 juillet 2011, le juge Leveson de mener une enquête sur la culture journalistique britannique et de proposer une réforme du droit de la presse.

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