La juge Carmena, 71 ans, se lance en politique pour ravir Madrid à la droite

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De notre envoyé spécial à Madrid. Chacun leur tour, au pied de l'estrade en plein air, ils s'emparent du micro. Une femme, la soixantaine, qui parle si bas qu'on l'entend à peine : « Je veux juste dire une chose, les rues sont sales. » Un trentenaire, très remonté : « Qu'allez-vous faire de la "ley mordaza", la nouvelle loi du PP ? », référence à cette « loi-bâillon » sur la sécurité adoptée par les conservateurs au pouvoir, jugée liberticide par ses adversaires. Au tour d'un homme du même âge, chemise à carreaux : « Il faut en finir avec la privatisation des centres sportifs, qu'allez-vous faire ? » Encore un homme, plus âgé : « Comment récupérer ces bâtiments vides, qui ont été vendus à des fonds vautours, pour en faire du logement social ? » Une femme, la cinquantaine, aux longs cheveux : « Podemos ne dit pas assez, dans son programme, sur la défense des animaux. Et vous ? »

Sur scène, Manuela Carmena, une juge à la retraite de 71 ans, et ses colistiers écoutent ce cahier de doléances à ciel ouvert. Ils prennent des notes, y répondront plus tard dans la soirée. Environ 400 personnes se sont massées dimanche en début de soirée sur cette place de Vallecas, l'un des districts plutôt pauvres du sud-est de Madrid, pour participer à cet acte de campagne de la liste citoyenne Ahora Madrid (« Maintenant Madrid »). Le rituel des questions-réponses est devenu la marque de fabrique de la tournée « gobernar escuchando » (gouverner par l'écoute), lointain héritage de l'esprit du « 15-M », lorsque les « indignés » s'étaient emparés des places d'Espagne en 2011. Leur campagne, tout en douceur, loin du style plus combatif et clivant de Podemos, est en train de marquer les esprits.