Angela Merkel, faiseuse de rois à Bruxelles

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On se croirait de retour aux grandes heures de la crise de la zone euro : Angela Merkel est sur tous les fronts, pour décider du casting des chefs de l'Union. Elle sauve la peau de Jean-Claude Juncker, contre l'avis de Londres, pour la tête de la commission. Elle refuse de nommer à un poste de commissaire Martin Schulz, qui se voit bien, alors, rester président du parlement. Les Français se contentent, pour l'instant, des seconds rôles.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles. À l'approche du conseil européen des 26 et 27 juin, l'alternative est connue. Premier scénario : les chefs d'État et de gouvernement finissent par faire de Jean-Claude Juncker leur candidat pour présider la commission. Le conservateur luxembourgeois devrait ensuite obtenir, sans trop de difficulté, mi-juillet, l'aval du parlement de Strasbourg. Mais cette décision serait un revers cinglant pour David Cameron, qui ne veut pas entendre parler de Juncker, et pourrait accélérer la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, le fameux « Brexit ». Un coup de tonnerre pour l'UE (lire notre article sur le sujet).

Autre option – la moins probable des deux : les Vingt-Huit consentent à trouver un candidat de compromis, pour épargner Cameron. Mais ils courent alors le risque d'ouvrir une bataille de tranchées avec le parlement européen. Ce dernier, en effet, répète depuis des semaines qu'il ne votera que pour l'un des « chefs de file » désignés par les grands partis européens, pour mener la campagne des européennes. En clair, vu le résultat des urnes, ce sera Juncker ou rien. Or, le futur président de la commission doit obtenir une double majorité, selon les traités : au conseil, puis au parlement.

Sans surprise, c'est Angela Merkel qui tranchera en bout de course. Depuis fin mai, la chancelière allemande consulte, reçoit, se déplace, pour définir le casting des futurs chefs de l'Europe, pour les cinq ans à venir. Elle assure une bonne partie de ce travail de négociations qui, selon les textes officiels, doit être assuré par Herman Van Rompuy, le président du conseil – sur le départ lui aussi.

Pour sortir de la crise qui couve, et apaiser les tensions, la chancelière n'a qu'une solution : élargir le champ des négociations. Elle ne discute pas d'un seul poste, celui du successeur de José Manuel Barroso à la commission européenne, mais de quatre d'un coup, qui tous, doivent être remplacés d'ici l'automne : les présidents de la commission, du conseil, du parlement, mais aussi le ou la remplaçant(e) de Catherine Ashton à la tête de la diplomatie de l'UE. Et tous les candidats intéressés par ces postes le savent : ils doivent recevoir, d'une manière ou d'une autre, l'aval de Berlin.