À Paris, la nasse se referme sur les Tunisiens de Lampedusa

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«Du côté de l'État, rien ne bouge»

À ces structures officielles, s'ajoutent une multitude de soutiens individuels, agissant en ordre dispersé. Certains, désignés par la mairie de Paris comme des «autonomes», ont pu projeter leurs aspirations à l'autogestion, avant de prendre de la distance. D'autres ont utilisé la puissance des réseaux sociaux, et notamment Twitter (#Botzaris36), pour alerter les médias et susciter des aides ponctuelles en vêtement et en repas, en particulier autour des Buttes-Chaumont. Mais la jonction avec FTDA et Aurore n'a pas lieu, ces associations étant accusées de pousser les migrants à repartir, dans le sillage de la mairie de Paris.

«La plupart n'ont aucune chance d'être régularisés. Le mieux que l'on puisse faire est d'essayer de les persuader qu'un retour peut être la bonne solution», indiquait Éric Pliez, le directeur général d'Aurore, avant même que le Conseil de Paris ne complète les 300 euros versés par l'État, via l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), par une somme de 700 euros. «Nous avons commencé les réunions d'information. Mille euros, ça passe mieux. Entre un quart et un tiers des migrants que nous avons vus se disent spontanément intéressés», assure Pierre Henry.

Ce dernier ne décolère pas contre l'État: «De ce côté, rien ne bouge. Normalement, l'hébergement d'urgence et l'aide au retour ne sont pas de la compétence de la ville. Vu la fermeture totale du gouvernement, qui a choisi la réponse coercitive, la mairie a bien été obligée de s'engager.»

Claude Guéant, le ministre de l'intérieur, assume la stratégie du pourrissement. Progressivement, le piège se referme sur les migrants. Et la mairie socialiste se retrouve à défendre le dispositif d'aide au retour relancé par Nicolas Sarkozy. Avec des arguments similaires à ceux de la droite: de crainte d'un supposé «appel d'air», la mesure est réservée aux personnes hébergées par FTDA ou Aurore, plutôt que d'être ouverte à tous. Autrement dit, ceux qui dorment dans les parcs n'ont vraiment droit à rien.

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Les témoignages des migrants tunisiens ont été recueillis au cours de trois reportages différents. Le premier entretien, avec Bilel Sboui, s'est déroulé le 3 mai devant le 51, avenue Simon-Bolivar. Le second, avec Noureddine Jaballah et Madhi Khalifa, le 28 juin, au foyer Aurore de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le troisième, avec Anis Hlel, Mohamed Atig, Tarek et Mohamed, le 18 juillet, devant le 158, rue de Charenton, local mis à la disposition par la mairie de Paris pour venir en aide aux migrants.

Les autres entretiens ont été réalisés soit en face-à-face, soit au téléphone.

Merci à Adel et Wassim.

Au foyer Aurore, la traduction a été assurée par Kader Boutebel.