Tatiana Pliouchtch, un roc face au KGB

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Sans elle, son mari, Léonide Pliouchtch, n’aurait sans doute pas survécu à l’hôpital psychiatrique spécial où il est enfermé en 1973. En déployant un activisme incessant et sans compromis, cette intellectuelle ukrainienne a pu, avec un fort soutien international, faire plier le régime. Elle vit aujourd’hui en France.

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La dissidence soviétique est une histoire qui frappe à notre porte. Ce n’est pas l’affaire d’un monde évanoui, disparu avec l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. C’est une leçon ou, au moins, un mode d’emploi possible pour tous ceux qui, en Russie, en Turquie, en Chine, en Algérie et dans tant d’autres pays, continuent de se battre pour des droits fondamentaux.

C’est ce qu’on se dit en quittant Bessèges, un village du Gard dans le parc national des Cévennes. Âgée de 83 ans, Tatiana Pliouchtch vit là, dans une petite maison étroite. La façade donne sur la rue principale aux commerces fermés de longue date, et l’arrière sur un long jardin, un peu abandonné depuis la mort de Léonide Pliouchtch en 2015.

« Tout ce qui s’est passé, on a essayé de le faire de manière responsable. Il faut choisir sa vie. Or on ne pouvait pas vivre ainsi, c’était impossible. La seule réponse à l’hypocrisie et au mensonge, c’est vivre dans le respect de soi-même », dit-elle dans un français où viennent s’intercaler quelques mots de russe ou d’ukrainien. Tatiana Pliouchtch a gardé ce regard direct et déterminé qu’on lui voit sur toutes les photos des années 1970. Et si quelques souvenirs s’emmêlent parfois, le propos reste acéré.

Tatiana Pliouchtch, chez elle à Bessèges (Gard), le 16 juin 2020. À ses côtés, sur la droite, un portrait de Léonide Pliouchtch. © F.Bt/Mediapart Tatiana Pliouchtch, chez elle à Bessèges (Gard), le 16 juin 2020. À ses côtés, sur la droite, un portrait de Léonide Pliouchtch. © F.Bt/Mediapart

Julie Pliouchtch, sa petite-fille, résume à sa façon une vie de combats. « Gamine, quand je demandais : “Papi a été emprisonné et pourquoi il a été libéré ?”, on me répondait : “Parce que ta grand-mère a fait peur au KGB !” » Pour en arriver là, sans doute faut-il remonter à la fin des années 1950, à Odessa, grand port ukrainien sur la mer Noire, et dans ses campagnes environnantes.

À 22 ans, Tatiana Pliouchtch vient d’y être nommée directrice d’une école maternelle. Elle rencontre Léonide qui, lui aussi, a choisi un premier poste : enseignant dans une école rurale. Les deux jeunes gens découvrent l’immense dénuement des populations ukrainiennes. « J’ai vu comment les gens vivaient, ils n’avaient rien et je devais surveiller chaque jour à l’école que la nourriture ne soit pas volée », se souvient Tatiana Pliouchtch.

« La première chose qui me frappa, ce fut la profonde misère des paysans. Le tiers des habitants du village était miné par la tuberculose. […] La conversation des hommes tournait essentiellement sur la boisson, celle des femmes sur le potager attribué par le kolkhoze », se souvient également Léonide dans son autobiographie Dans le carnaval de l’Histoire (Éditions du Seuil, 1977).

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Un an plus tard, le couple se marie et part pour Kiev poursuivre des formations. Tatiana intégrera un grand institut pédagogique. Léonide va devenir mathématicien dans un institut de cybernétique. Passionné de savoirs et boulimique, le jeune chercheur dévore la philosophie, devient un spécialiste des textes yogis mais aussi de télépathie. La vie du couple reste difficile. « On vivait dans une cave ; trouver à manger avec deux enfants, c’était très dur. Tout le monde était habitué à vivre ainsi, sans argent », raconte Tatiana.

Mais Kiev, comme toutes les grandes villes soviétiques, est en ébullition. La dénonciation des crimes de Staline, en 1956, ce qui est présenté comme le « dégel » khrouchtchévien ne sont pas seulement un immense choc. Les langues se délient, les discussions sont infinies. « On réfléchissait beaucoup. Et puis il y avait les bibliothèques, nous lisions tout, nous dévorions les livres étrangers. J’ai toujours énormément lu mais cette époque a été exceptionnelle », ajoute-t-elle.

Devenir opposant est le fruit d’un long cheminement. À l’université, Léonide Pliouchtch était un responsable enthousiaste du Komsomol, l’organisation de jeunesse du parti. Étudiant brillant, il demanda même à intégrer l’école de formation du KGB. Cela lui fut refusé en raison d’une tuberculeuse osseuse contractée tout jeune et qui l’avait laissé handicapé d’une jambe. Le père de Tatiana lui est un militaire de l’Armée rouge, qui a perdu ses trois frères durant la guerre et ne discute pas la fidélité au parti.

Mais le communisme joyeux a, au début de ces années 1960, le goût amer d’un terrible échec. « C’est venu progressivement, nous découvrions la vie, la philosophie, les milieux intellectuels de Kiev », dit Tatiana. Léonide, dont la famille est d’origine paysanne, poursuit ses explorations des campagnes. Il y découvre la mémoire de l’holodomor, cette épouvantable famine des années 1932-33 en Ukraine, organisée par le régime au nom de la dékoulakisation et qui a fait environ 5 millions de morts.

À distance, le couple découvre aussi Moscou, ses débats et ses dissidents. Le téléphone fonctionne à plein régime, Kiev est à une journée de train et la ville sert parfois de refuge provisoire à quelques intellectuels trop exposés à Moscou. La littérature clandestine voyage et irrigue tout Kiev.

« Dans mon institut, les gens parlaient de tout cela, et sans peur, dit Tatiana Pliouchtch. On s’échangeait les livres, les textes, les samizdats, tout ce matériel. » Une règle tacite s’est installée. Un livre ou un texte clandestin est prêté : son bénéficiaire le lit, bien sûr, mais fait également une copie. Ainsi se multiplient les « petits pains ». « J’ai passé des nuits entières à taper à la machine des samizdats. Je n’étais pas particulièrement militante mais cela m’intéressait », explique Tatiana.

« Je ne pensais pas au futur, il était fermé »

1964 est sans doute pour le couple une année charnière. Ils choisissent de se rendre, avec leur fils aîné, à ce qui est « un rassemblement d’opposition » à Baby Yar. Baby Yar est ce ravin de Kiev où les nazis ont exterminé 34 000 Juifs, les 29 et 30 septembre 1941. Les massacres se poursuivront les mois suivants, faisant entre 100 000 et 150 000 morts.

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Cet événement central de la Shoah par balles est occulté par le régime soviétique. La spécificité du génocide juif n’est pas seulement niée, les politiques antisémites développées jusqu’à l’hystérie par Staline se poursuivent, appuyées sur un antisémitisme traditionnel des Ukrainiens. L’historienne Antonella Salomoni, dans son livre remarquable L’Union soviétique et la Shoah (La Découverte, 2008), rappelle qu’en  « 1962, le ravin de Baby Yar a été comblé par plusieurs tonnes de terre, une voie à grande circulation l’a traversé et des immeubles d’habitation ont été construits aux alentours ». Ce n’est qu’en juillet 1976 qu’un monument y est érigé. Avec cette inscription : « Ici, en 1941-43, les envahisseurs fascistes allemands ont assassiné plus de cent mille citoyens de Kiev et prisonniers de guerre. » Nulle mention des Juifs.

En 1961, le célèbre poète Evgueni Evtouchenko est autorisé à publier son poème Baby Yar (il peut être lu ici en français). Cela lui vaut des attaques déchaînées de la presse officielle. Tatiana Pliouchtch sait ce qu’antisémitisme veut dire. Son père est juif. « À 16 ans, j’ai dû prendre le passeport soviétique et j’ai pris le nom de mon père. Nous savions tous que c’était problématique », dit-elle. Léonide raconte, lui, comment les Juifs sont systématiquement interdits d’embauche dans son laboratoire de recherche. « Cette pratique m’indignait et je le clamais bien haut », écrit-il.

Cette même année 1964 vaut au couple ses premiers interrogatoires par le KGB. En octobre, Khrouchtchev est limogé. Léonide décide d’écrire une longue lettre au comité central du parti. « La première partie portait pour titre “Ça suffit !”. Nous en avions assez de voir le gouvernement soviétique déshonorer le pays, assez des cultes de la personnalité, assez de l’antisémitisme, etc. La seconde partie s’intitulait : “Nous exigeons !” », résume-t-il.

A-t-il conscience du danger ? La lettre est transmise à un ami d’Odessa qui doit se charger de l’adresser au comité central. Elle est interceptée par le KGB qui interpelle Pliouchtch et l’interroge longuement. Simultanément, Tatiana a également été embarquée. « Je pensais qu’une telle lettre ne servait à rien, mais Léonide avait le droit de l’écrire… Je n’étais pas d’accord avec tout, je n’étais pas du tout marxiste, je n’ai jamais voulu intégrer le parti. Dès les années 1960, j’étais plus proche de Soljenitsyne que j’avais lu en samizdat », se souvient-elle.

Le couple Pliouchtch devient ainsi un cas signalé. Ce qui ne le dissuade nullement de s’engloutir dans l’action. Léonide multiplie les allers-retours à Moscou, où il rencontre tout ce que la ville compte de dissidents. Il se procure les livres de Siniavski et de Daniel après leurs condamnations (lire notre premier épisode). Tatiana, de par ses fonctions à l’institut pédagogique, parcourt l’Ukraine et multiplie les contacts.

Surtout, le couple découvre la question nationale ukrainienne. D’abord, le renouveau de la littérature, en particulier de la poésie, ukrainienne. Le grand critique ukrainien Ivan Dziouba devient un ami proche « Je suis née à Moscou par hasard mais mes parents vivaient à Karkhov. Avec Léonide, nous avons rencontré les multiples groupes nationalistes ukrainiens. Déjà, on parlait d’indépendance. Et puis, j’aime beaucoup la langue ukrainienne », dit Tatiana.

Le régime soviétique n’a qu’un argument face à ce réveil nationaliste : c’est l’entreprise de « la vermine fasciste bandériste », du nom de Stepan Bandera, le chef nationaliste qui a collaboré avec les nazis en 1944. L’argument a d’ailleurs été repris par le régime Poutine lors de la révolution orange de 2004 en Ukraine, puis lors des événements du Maïdan en 2014 et du déclenchement de la guerre dans l’est de l’Ukraine.

Le général Piotr Grigorenko (1907-87), l'une des grandes figures de la dissidence. © (dr) Le général Piotr Grigorenko (1907-87), l'une des grandes figures de la dissidence. © (dr)

Or ces mouvements sont autrement divers, aussi portés par des revendications démocratiques et souvent liés au combat des Tatars de Crimée, déportés en Ouzbékistan en 1944 sur ordre de Staline ou envoyés dans les camps en Sibérie. « Les Tatars que nous rencontrions étaient des gens extrêmement cultivés et intéressants. Le général Piotr Grigorenko [Ukrainien et autre grande figure de la dissidence – ndlr] s’activait beaucoup pour leur cause », dit Tatiana Pliouchtch.

Au tournant des années 1970, le régime Brejnev choisit d’intensifier la répression de la dissidence. Les procès se multiplient, tout comme les enfermements dans des hôpitaux psychiatriques. Iouri Andropov dirige le KGB et sa cinquième section, spécialement créée pour traquer les dissidents (la traduction littérale du terme russe est « ceux qui pensent autrement »), tourne à plein.

Le 15 janvier 1972, Léonide Pliouchtch est arrêté. « On s’y attendait, les jours précédents, beaucoup de gens avaient été raflés, on nous avait dit que Léonide serait sur la liste », se souvient son épouse. Le mathématicien a été chassé de son travail quatre ans plus tôt pour avoir diffusé par samizdat en mars 1968 une lettre ouverte à la Komsomolskaïa Pravda. Dans ce texte, il s’indigne du traitement fait par le journal du procès Guinzbourg et Galanskov, deux dissidents lourdement condamnés (lire notre premier épisode).

L’année suivante, en mai 1969, Pliouchtch est l’un des membres fondateurs du Groupe d’initiative pour la défense des droits de l’homme en URSS. Le groupe adresse aussitôt une lettre à l’ONU dénonçant les répressions en cours, ce qui fait scandale.

Tatiana Pliouchtch en février 1976, lors d'une conférence de presse à Paris. © (collection T. Pliouchtch) Tatiana Pliouchtch en février 1976, lors d'une conférence de presse à Paris. © (collection T. Pliouchtch)
Un long combat commence pour Tatiana Pliouchtch. « C’était très dur mais il fallait tenir. Je ne pensais pas au futur, il était fermé », se souvient-elle. Deux mois après l’arrestation de son mari, elle apprend que le conseil d’administration de son institut s’est penché sur son cas. Elle est décrite comme « sioniste » et critiquée pour son « mode de vie antisocial ». Des solidarités internes la protègent. Tatiana décidera plus tard de démissionner pour ne pas mettre en danger ses soutiens.

La jeune femme tombe dans le trou noir de la répression bureaucratique. La valse des guichets pour arracher quelques informations ; les filatures, les interrogatoires et les demandes sans réponse ; les menaces de la séparer de ses enfants ; les provocations diverses.

Mais l’heure n’est plus à la grande terreur stalinienne et Tatiana Pliouchtch va engager, comme bien d’autres dissidents, « la bataille du droit ». C’est-à-dire exiger l’application à la lettre de la loi, inscrire dans la réalité des droits formels énoncés dans une législation dont le pouvoir se moque.

« Vous êtes le bourreau de mon mari »

Un réseau d’amis à Kiev la soutient et la conseille. « Une femme m’a beaucoup aidée, c’est Tatiana Khodorovitch. Très vite, elle m’a appelé de Moscou, elle m’a dit j’arrive, elle est restée chez moi, m’a accompagnée dans d’innombrables démarches. » Tatiana Khodorovitch est un personnage clé de l’affaire Pliouchtch. Cette linguiste a été licenciée de l’Institut de langue russe, à Moscou, en 1971.

Membre elle aussi du Groupe d’initiative pour la défense des droits de l’homme, elle sera un appui permanent pour Tatiana Pliouchtch, assurant le lien avec les dissidents à Moscou et particulièrement avec André Sakharov et son épouse Elena Bonner. C’est elle aussi qui rendra compte méticuleusement de l’état de santé de Pliouchtch, de ses traitements qui le détruisent, comptes rendus publiés en samizdats et transmis à l’étranger.

Tatiana Khodorovitch, à la fin des années 1960. © (dr) Tatiana Khodorovitch, à la fin des années 1960. © (dr)

Tatiana Pliouchtch attendra dix-huit mois avant de pouvoir rendre une première visite à son mari. À l’automne 1972, une commission médicale a rendu son verdict : le mathématicien est malade, atteint de « schizophrénie torpide » (à évolution lente).

C’est une maladie forgée par les psychiatres soviétiques et qui présente de gros avantages. Nul besoin de véritables symptômes ; le « malade » est déclaré « irresponsable » ; son procès peut ainsi se tenir à huis clos et en son absence ; l’internement en hôpital psychiatrique spécial est inévitable, et ce pour une durée inconnue puisqu’il faut attendre une guérison complète.

Le diagnostic, établi par quatre des plus grands psychiatres soviétiques, se conclut ainsi : « Les idées réformatrices se sont maintenues en se transformant en idées inventives dans le domaine de la psychologie. Attitude non critique vis-à-vis de ses propres actes. Présente un danger social, a besoin de soins. » Les soins seront des injections massives de neuroleptiques, d’insuline et de soufre.

Au terme de son procès, Léonide Pliouchtch est enfermé en juillet 1973 à l’hôpital psychiatrique de Dniepropetrovsk, établissement géré par le ministère de l’intérieur. Il y restera jusqu’à son départ en exil, le 8 janvier 1976.

Durant quatre années, Tatiana Pliouchtch accompagne sa guérilla judiciaire d’une avalanche de lettres à toutes les autorités possibles et en particulier au KGB. Ce qui frappe, à les lire aujourd’hui, est le ton extrêmement libre et dur de ces courriers. Pas de supplique mais une lutte au corps à corps.

« Oui, mes lettres étaient agressives. J’avais décidé de faire comme cela. Le KGB me traitait mal, je leur répondais mal. Et c’est tout. J’avais peur pour mes enfants, il ne fallait surtout pas le montrer, ne pas laisser penser qu’il pouvait y avoir une quelconque faille », se souvient-elle aujourd’hui.

Alors qu’elle est depuis quatre mois sans nouvelle de son mari, un enquêteur du KGB propose de lui lire une lettre de Léonide. « Écouter cette ordure lire MA lettre ? » pense-t-elle. « Non, je ne veux pas que vous la lisiez. Si vous ne voulez pas me la donner, gardez-la », lui répond-elle.

« Vous êtes le bourreau de mon mari », écrit-elle à celui qui est le père de la psychiatrie répressive, Andreï Snejnevski, directeur de l’Institut national de psychiatrie, ponte du sinistre Institut Serbsky et l’un des auteurs du « diagnostic » Pliouchtch. « Quels idéaux élevés vous ont poussé à agir de la sorte ? Quand même pas la somme de 73 roubles qui comporte le coût de votre expertise ? Où vous êtes-vous forgé une conscience aussi complaisante ? Comment avez-vous osé agir ainsi après avoir prêté le serment d’Hippocrate ? »

À Iouri Andropov, elle dénonce les provocations du KGB local. À Leonid Brejnev, elle rappelle les multiples violations des lois. Aux psychiatres de Dniepropetrovsk, elle demande l’interruption de traitements qui ravagent son mari. Tous ces courriers, relayés dans les cercles intellectuels soviétiques et à l’étranger, donnent à l’« affaire » Pliouchtch une dimension inédite.

Le vacarme la protège, tout comme l’énorme campagne internationale qui s’est mise en place (nous y reviendrons). Au moment où l’URSS négocie les accords d’Helsinki, signés en 1975, et la fameuse « corbeille » des droits de l’homme, la multiplication des procès et le cas Pliouchtch posent de sérieux problèmes au régime Brejnev.

« Tatiana Khodorovitch m’informait en direct ou presque de la campagne internationale de soutien. C’était bien sûr une aide très importante. Et puis à Kiev, l’attitude de beaucoup de gens changeait. Les professeurs de mes enfants étaient gentils avec eux. Une fois, à l’entrée de l’hôpital, un soldat m’a dit son écœurement et expliqué que sa femme l’avait menacé de divorcer s’il continuait à travailler là ! »

Léonide Pliouchtch à son arrivée avec sa famille au poste frontière avec l'Autriche, en janvier 1976. © (collection T. Pliouchtch) Léonide Pliouchtch à son arrivée avec sa famille au poste frontière avec l'Autriche, en janvier 1976. © (collection T. Pliouchtch)

À l’hiver 1975, le KGB fait savoir qu’il est prêt à envisager un départ à l’étranger des Pliouchtch. Le couple s’interroge, n’avait jamais véritablement pensé à un exil. Et conclut qu’il n’y a pas d’autre choix. À l’hôpital, les traitements de choc infligés au « malade » sont allégés. Pour lui, la nourriture se fait meilleure, les conditions d’internement s’assouplissent. Le « malade » est même passé à la lampe à bronzer pour lui donner meilleure figure. Le 30 décembre, la famille reçoit ses visas pour l’Autriche.

La dernière scène se joue à Tchop, alors poste-frontière de l’URSS avec la Tchécoslovaquie. Tatiana Pliouchtch doit retrouver là son mari, amené par le KGB depuis l’hôpital. Après des heures d’attente, Léonide arrive, gonflé par les traitements, ayant du mal à s’exprimer et à tenir debout.

« Il portait un costume flambant neuf, une cravate, et même des boutons de manchette ! J’ai explosé, j’ai déchiré ce déguisement et jeté par terre la valise apportée. J’avais des vêtements pour Léonide. Nous l’avons rhabillé et nous sommes montés dans le train », conclut Tatiana Pliouchtch. Le 11 janvier 1976, la famille Pliouchtch arrivait à Paris.

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Prochain épisode : les maths, une impossible équation pour le Kremlin

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J’ai rencontré Tatiana Pliouchtch les 15 et 16 juin, en compagnie de sa petite-fille Julie Pliouchtch.
Pour les diverses références bibliographiques et documents, lire sous l’onglet Prolonger de cet article.