Confusion en Israël, isolé diplomatiquement et tenté de mener une nouvelle opération militaire contre Gaza

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Dimanche, des députés de Kadima ont demandé une nouvelle opération d’ampleur contre la bande de Gaza. Plusieurs voix s’élèvent cependant pour intimer à Nétanyahou de ne pas s’engager dans un engrenage meurtrier, qui isolerait encore un peu plus Israël de ses anciens alliés. De notre envoyé spécial à Tel-Aviv.
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De notre envoyé spécial à Tel-Aviv.

Dimanche, les Israéliens se sont réveillés avec une nouvelle situation de crise, diplomatique et sécuritaire. Dans les cafés, sur les lieux de travail, on ne parle que de l’enchaînement tragique qui se déroule dans le sud du pays depuis jeudi, de l’attaque contre les civils et militaires israéliens aux frappes israéliennes contre Gaza qui ont coûté la vie à plusieurs civils palestiniens (lire notre article publié vendredi ci-contre).

Depuis ces frappes, plusieurs dizaines de tirs de roquettes, pour certains revendiqués par le Hamas, sont partis de Gaza depuis vendredi, touchant le sud d’Israël, et tuant notamment un civil à Beer Sheva. Sautant sur l’occasion pour pousser le gouvernement dans ses retranchements, plusieurs députés de Kadima, le parti d'opposition de centre droit dirigé par Tzipi Livni, ont demandé dimanche au premier ministre, Nétanyahou, de mener une opération militaire d’ampleur contre la bande de Gaza. Enfin de journée, un accord pour un cessez-le-feu serait cependant intervenu, selon le témoignage anonyme d'un responsable du Hamas, selon le site du quotidien israélien Haaretz.

Ces derniers jours, l’agenda sécuritaire avant pourtant laissé place aux revendications du mouvement social sans précédent que connaît Israël depuis la mi-juillet. Dimanche, au lendemain de l’attaque, les tentes n’avaient pas disparu des rues d’Israël, comme l’avaient annoncé un peu vite plusieurs éditorialistes. Mais le moral des «campeurs» était largement atteint. Sans condamner le choix de Nétanyahou de frapper Gaza quelques heures à peine après l’attaque d’Eilat, beaucoup expriment leur doute sur l’opportunité de ce choix. «Tout est confus, on a tout fait pour éviter de parler entre nous du conflit avec les Palestiniens, pour ne pas nous diviser, glissait Ohad, 24 ans, électeur de Nétanyahou en 2009, et porte-parole d’un des campements de Jérusalem, vendredi au lendemain de l’attaque d’Eilat. Cela nous prend de court, mais tous ici partagent le sentiment que la sécurité n’est plus notre seule priorité aujourd’hui. Ce n’est plus le tapis sous lequel le gouvernement peut cacher toutes les misères sociales que nous devons affronter. De ce point de vue, une nouvelle opération à Gaza ne résoudra rien.»

Dimanche dans l’après-midi, le calme était revenu sur Beer Sheva. Et nombreux étaient les analystes, de droite comme de gauche, à appeler Benjamin Nétanyahou à la retenue.

Interrogé par Mediapart, le politologue israélien Tzvi Mazel, ancien ambassadeur en Egypte, juge pour sa part que «ce n’est pas le moment pour Israël d’intervenir dans la bande de Gaza. Tout cela est parti d’un incident limité, ajoute-t-il. Je connais Ehud Barak (ministre de la défense), il ne se laissera pas entraîner dans une riposte irréfléchie. Maintenant, c’est au gouvernement de décider. L’opposition met la pression, c’est son droit. Mais, avec l’aide de l’Egypte, nous devrions pouvoir arriver à une solution qui permettrait de calmer tous les esprits.»

«Une nouvelle escalade, et impliquer ainsi Israël dans une seconde guerre à Gaza, est-ce vraiment nécessaire ? s’interroge Ari Shavit dans le quotidien de gauche, Haaretz. Nétanyahou ne doit pas succomber à pareil scénario. Le Hamas ne se trouvait pas derrière les attaques de vendredi, et ne cherche pas non plus à accroître la tension avec Israël. (…) Le premier défi est de stabiliser les relations avec l’Egypte et la situation au Sinaï.»

Après la défiance de la Turquie, qui attend toujours des « excuses » pour l’affaire de la flottille (neuf morts l’an passé), Israël s’est pourtant mis à dos l’Egypte, qui a annoncé son intention de rappeler son ambassadeur pour protester contre la mort de cinq de ses policiers à la frontière avec l'État hébreu. Le gouvernement affirme que la crise diplomatique avec son allié de trente ans est déjà réglée. Mais personne ici n’est dupe : «Bientôt, les vues de Nétanyahou et Lieberman s’accompliront, et Israël fera face à ses défis tout seul, ironisait Yossi Sarid dimanche dans Haaretz. Heureux nous sommes, isolés nous sommes.»

L’isolement d’Israël est devenu une donnée importante que le gouvernement de Nétanyahou ne peut négliger. Critiqué de toutes parts ces dernières semaines sur le plan interne, économique et social, Nétanyahou doit désormais décider s’il choisit ou non de céder aux pressions de l’extrême droite comme de l’opposition, et, comme l’ancien premier ministre Ehud Olmert face au Liban à l’été 2006, de donner du temps à son gouvernement en engageant Israël dans un nouveau conflit dont les habitants et civils de Gaza seraient à nouveau les victimes.

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