François Hollande, l'apprenti sorcier

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Depuis qu’il est à l’Élysée, François Hollande a presque autant déçu sur la scène internationale qu’en matière de politique intérieure. Il donne le sentiment d’un pouvoir qui dirige et décide au fil de l’eau, cédant aux sirènes souvent réactionnaires de l’air du temps.

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Il y a deux ans, il devait incarner l’apaisement. La France sortait du quinquennat Sarkozy, marqué par la stigmatisation des musulmans, le discours de Dakar, une politique étrangère que la gauche dénonçait comme néoconservatrice, alignée sur les États-Unis et Israël, et clémente avec les dictatures arabes. Deux ans plus tard, François Hollande est le président d’une République qui semble s’être alignée sur la politique du gouvernement israélien et qui, en interdisant en France des manifestations de solidarité avec les Palestiniens, alimente une confusion généralisée.

Une nouvelle fois, il donne le sentiment d’un pouvoir qui dirige et décide au fil de l’eau, cédant aux sirènes souvent réactionnaires de l’air du temps. La nouvelle guerre menée par Israël dans la bande de Gaza en a été un révélateur brutal. Sur le papier, la France n’avait pourtant pas grand-chose à dire pour n’agacer ou ne surprendre personne : depuis François Mitterrand et Jacques Chirac, tous les présidents de la République, Nicolas Sarkozy compris, ont défendu la même doctrine.

Conformément aux résolutions de l’Onu, la France prône une solution avec deux États, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale. Elle condamne donc la colonisation et l’occupation israélienne – au regard du droit international, Gaza, même évacuée par les Israéliens, reste un territoire occupé – et appelle à la relance du processus de paix. C’est la doctrine dite « gaullo-mitterrandienne ». On peut la juger dépassée ou anachronique, sous l’effet multiple de la dégradation de la situation des Palestiniens, de l’aggravation de la colonisation, de l’affaiblissement du Fatah, concurrencé par le Hamas, et de la radicalisation d’une partie de la population israélienne.

Mais, pour un chef d’État, elle a l’avantage d’être prête à l’emploi, et partagée par le PS comme par l’UMP. Autant dire qu’il semblait facile d’éviter le faux pas. François Hollande l’a pourtant commis, avec une facilité déconcertante. Avec son communiqué défendant le droit d’Israël à se défendre, sans évoquer les victimes palestiniennes ou le droit international, il a non seulement donné le sentiment de s’aligner totalement sur le gouvernement de Benjamin Netanyahou, un gouvernement – faut-il le rappeler – dirigé par la droite, alliée à l’extrême droite israélienne (voir ici ses positions depuis deux ans). Il a également participé à la confusion générale provoquée par le déséquilibre politique de sa position sur le conflit à Gaza et par l’interdiction, en parallèle, de la manifestation à Paris de solidarité avec les Palestiniens.

François Hollande et Benjamin Netanyahou en novembre 2013 © Reuters François Hollande et Benjamin Netanyahou en novembre 2013 © Reuters

Le discours de son premier ministre Manuel Valls à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vél' d’Hiv' en a été le symbole le plus manifeste, mêlant d’un même mouvement de condamnation de l'antisémitisme l’histoire de Vichy et du nazisme, les crimes de Mohamed Merah, le conflit israélo-palestinien et les manifestations en France (discours à lire ici). La formule malheureuse de François Hollande réduisant la guerre à Gaza à des « querelles »  n’a rien arrangé. « La République, c'est la capacité de vivre ensemble, de regarder son histoire et en même temps d'être toujours prêts à défendre les valeurs démocratiques, de ne pas se laisser entraîner par des querelles qui sont trop loin d'ici pour être importées », a-t-il dit dimanche.

Lundi, l’exécutif a bien tenté de rééquilibrer ses positions – François Hollande a tout à coup estimé dans un communiqué que « tout doit être fait pour mettre un terme immédiat à la souffrance des populations civiles à Gaza ». Et il a modifié son agenda pour recevoir les « représentants des cultes religieux en France » après les incidents violents du week-end. Une démarche qu’il voulait d’ouverture, mais qui ne fait que participer à la confusion générale. Car quel rapport entre les cultes et les débats sur l’intervention militaire israélienne ? Ou entre les cultes et le maintien de l’ordre public ?

De cette confusion ressort, inévitablement, le sentiment d’un alignement de la politique étrangère française sur celle du gouvernement israélien, et d’une focalisation brouillonne de l’exécutif sur un supposé affrontement entre communautés, voire entre religions (musulmans/juifs), sur la menace que ferait peser un certain islam radical et sur la lutte antiterroriste. Dans les couloirs des ministères, et singulièrement place Beauvau, nombreux sont ceux qui se sont convaincus de la thèse d’abord émise par Manuel Valls de « l’ennemi de l’intérieur », celle d’une menace imminente pesant sur la France, « d’un 11-Septembre français » en préparation, et d’un pays « communautarisé » dans lequel les tensions n’auraient jamais été aussi vives.

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