Chine: le culte de la personnalité selon Xi Jinping

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Le XIXe congrès du Parti communiste chinois, qui se tient jusqu’au mercredi 25 octobre à Pékin, est l’occasion de chanter les louanges du président de la République et secrétaire général du parti. À Pékin, une exposition magnifie les réalisations des dernières années.

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Pékin (Chine), de notre correspondante.-  Il est le seul capable de réunir en un même endroit des milliers de militaires fiers de leurs galons, des groupes d’écoliers en uniforme et des « laobaixin », des gens du peuple. Tous sont venus ce jeudi matin au Beijing Exhibition Hall pour la même chose : admirer les résultats du premier quinquennat de Xi Jinping, le président chinois, sorte de super-héros (sans cape) qui, selon la version officielle, fait avancer la Chine à vitesse grand V. L’exposition s’intitule Cinq ans de progrès.

Des dizaines de cars déversent leurs flots de visiteurs autour du bâtiment, entouré d’un solide périmètre de sécurité. Après un contrôle des pièces d’identité et des sacs, les visiteurs découvrent un grand parterre de fleurs, au-dessus duquel se trouve écrit en lettres jaunes sur fond rouge : « Joignons-nous étroitement au parti central dirigé par le camarade Xi Jinping pour faire avancer le grand travail du socialisme aux caractéristiques chinoises ». À l’entrée du bâtiment, des dizaines de militaires se font prendre en photo, bien alignés. Puis c’est la plongée dans le monde de Xi Jinping.

À travers différentes salles dédiées à des thèmes variés comme l’armée, l’environnement, Hong Kong et Macao ou encore les progrès de la Chine en termes de recherche et de technologie, le visiteur découvre tout ce qui a été entrepris par le gouvernement ces cinq dernières années. Les projets chers au président, comme les nouvelles routes de la soie, la centrale nucléaire au Royaume-Uni, les trains à grande vitesse ou la construction d’un avion de ligne presque entièrement « made in China » sont mis en avant. De quoi être fier de son pays… et surtout de son président. « Xi Jinping a fait des réformes fortes et si on regarde les résultats, en cinq ans, on a réussi beaucoup plus de choses que par le passé », se félicite Li Haipeng, un consultant de 32 ans qui a décidé de venir à cette exposition à force d’en voir la publicité dans les journaux télévisés et sur Internet.

Séance photo à l'entrée de l'exposition © E. G. Séance photo à l'entrée de l'exposition © E. G.

Une petite piqûre de rappel à l’occasion du XIXe congrès du parti communiste chinois, qui a débuté mercredi 18 octobre pour une semaine de politique à huis clos. En entrant ce jour-là dans le Grand Hall du Peuple de la place Tiananmen, entouré des anciens présidents Jiang Zemin et Hu Jintao, qui appartiennent à des courants différents, Xi Jinping a voulu envoyer un signal fort : tout le parti est derrière lui.

Une fois l’hymne du parti chanté en chœur, celui qui est à la fois président de la République et secrétaire général du parti a pulvérisé les records de longueur de discours… 3 heures 22 exactement. Comme toujours, le sexagénaire est resté stoïque et a lu son texte tout du long sans aucune expression ni aucun geste. Une performance qui rend le mythe Xi encore plus grand, même si le président s’est fait voler la vedette par Jiang Zemin…, en train de bailler ou encore de regarder sa montre dès les 45 premières minutes de discours. 

Au-delà du folklore communiste, le congrès est l’occasion de renouveler les membres les plus éminents du parti : en théorie, cinq des sept membres du Comité permanent seront remplacés, car ils ont atteint l’âge légal autorisé pour en faire partie. Vingt-cinq membres du Politburo seront ensuite élus par le Comité central. Le jeu de chaises musicales a lieu tous les cinq ans et permet souvent de savoir qui le président en place prévoit pour sa succession. Mais cette année, les pronostics s’annoncent compromis. Depuis Mao Zedong, on n’a jamais vu un secrétaire général du parti aussi influent que Xi Jinping. Voilà qu’il pourrait même briguer un troisième mandat. Mais, comme toujours, le parti communiste est si opaque qu’il est pratiquement impossible d’anticiper les changements à venir.

Une chose est bien certaine, en revanche : la ville tout entière est touchée par cet événement crucial. Depuis des semaines, la sécurité est renforcée dans Pékin et tout autour, et des banderoles rouges et jaunes invitant à « accueillir le XIXe congrès du parti » ont été tendues absolument partout. D’autres mesures plus contraignantes ont été prises : certaines universités, par exemple, ont suspendu leur connexion Internet, invoquant « des raisons de maintenance », et de très nombreux marchés et bars ou restaurants sont obligés de fermer leurs portes. Le site d’hébergement Airbnb en Chine a même annoncé que les logements de certains quartiers de Pékin ne pouvaient pas être loués et que toutes les réservations existantes devaient être annulées pour « des circonstances externes » jusqu’au 31 octobre. Même sur l’île de Hainan, à 3 000 km de Pékin, un festival a été annulé.

On y admire le train à grande vitesse © E. G. On y admire le train à grande vitesse © E. G.

Si ces mesures de sécurité sont habituelles lors des Congrès, le culte de la personnalité autour du président est une nouveauté. Le jour de l’ouverture du congrès, par exemple, une application nommée « Clap for Xi Jinping » – traduire par « Applaudissement pour Xi Jinping » –, a été lancée. L’objectif est simple : appuyer le plus grand nombre de fois sur son écran pour générer des applaudissements. À 21 h le même jour, l’application avait été utilisée plus de 400 millions de fois.

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