Afghanistan: la guerre oubliée de la France

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Quatorze soldats français tués depuis 2001

Aujourd'hui, les 2.200 soldats français déployés sur le « théâtre afghan » (qui comprend aussi des bases au Tadjikistan, au

Dispositif militaire français en Afghanistan © Ministère de la Défense Dispositif militaire français en Afghanistan © Ministère de la Défense
Kirghizistan et dans l'océan Indien) remplissent trois fonctions sous deux bannières, OTAN et opération Enduring Freedom, pilotée par les Etats-Unis : protection de la capitale, Kaboul, formation des officiers de l'armée nationale afghane, et combat, principalement aux côtés des Américains dans les régions frontalières du Pakistan. Ce dernier engagement est surtout le domaine des forces spéciales, officiellement retirées l'an dernier, mais qui subsistent en petit nombre afin de renseigner et guider les sorties des six avions de chasse tricolores qui opèrent depuis Kandahar, même si personne ne le reconnaît ouvertement.

Depuis octobre 2001, quatorze soldats français sont morts, dont sept appartenaient aux forces spéciales. La plupart ont péri lors d'affrontements ou ont sauté sur des mines. À chaque fois, ces décès ont fait l'objet d'entrefilets dans la presse mais rarement plus, comme si nul ne souhaitait rappeler que la France est en guerre. L'État-major des armées accepte juste de communiquer une liste succincte des morts, alors même qu'un recensement (incomplet mais plus informatif) existe sur Internet grâce à des bénévoles américains.

Aujourd'hui, tout le monde s'attend à ce que le président de la République annonce un renforcement des effectifs lors du sommet de l'OTAN à Bucarest du 2 au 4 avril 2008. Les Américains demandent depuis des mois des renforts (le général en retraite Anthony Zinni ayant été jusqu'à accuser de « trahison » les pays de l'OTAN qui tergiversent), et les Canadiens ont récemment accepté de maintenir leurs effectifs à la condition expresse de recevoir un appui de 1.000 soldats. Les Allemands, de leur côté, ont vertement opposé une fin de non-recevoir aux demandes américaines en expliquant qu'ils se trouvaient bien dans leur zone (relativement) tranquille au nord du pays. Du coup, outre un petit contingent tricolore qui va rejoindre les Néerlandais dans le sud du pays, à Oruzgan, le nouveau déploiement devrait se faire à l'est du pays, dans les zones les plus violentes, où opèrent les Talibans et Al-Quaïda.

Même si cette annonce réjouira les Américains, les alliés de l'OTAN et, de manière générale, ceux qui sont convaincus de la nécessité d'une politique de containment afin que, selon la formule d'un diplomate français, « s'il se passe quelque chose en Afghanistan, cela ne soit pas exporté », ces renforts hexagonaux n'apporteront pas de réponse à la question de l'avenir de l'Afghanistan et de la politique qu'y mènent les nations occidentales.

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Cet article a été réactualisé dimanche 23 mars, après une première publication le 16 mars.

Le point de départ de cet article est simple : une réaction contre le fait que la France est en guerre mais que personne n'en parle ni ne s'en soucie. Un bref sondage auprès des collègues à Mediapart et dans d'autres rédactions de journaux nous a montré que personne ne connaissait, même de manière imprécise, le nombre de soldats français tués en Afghanistan (les réponses allaient de quatre ou cinq à plusieurs dizaines).

Certains pointeront peut-être l'absence, dans cette enquête, de figures de la majorité présidentielle. Nous en avons contacté plusieurs qui, généralement pour des questions de calendrier électoral (les municipales), n'ont pu se libérer pour nous répondre. Au sein du gouvernement, plusieurs demandes d'entretiens sont restées sans réponse. Précisons également que les citations de Jean-François Bureau ne proviennent pas d'une interview réalisée en propre, mais d'une intervention et d'une session des questions/réponses qu'il a effectuée le 12 mars 2008 à l'Institut français des Relations internationales.

Plusieurs soldats français servant actuellement en Afghanistan ont été contactés par email. La plupart n'ont pas donné suite. Néanmoins, un adjudant, demandant l'anonymat et tout en refusant de s'engager dans le débat politique du pourquoi de sa présence, a répondu : «En Afghanistan, je partage mes connaissances militaires avec de futurs soldats afghans. Je les aide à bâtir une armée garante d'un état stable. (...) Surtout, par rapport à d'autres opérations auxquelles j'ai participé en Afrique, j'ai l'impression de servir à quelque chose d'utile.»