Afghanistan: la guerre oubliée de la France

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Une solution politique. Oui, mais laquelle ?

Même le secrétaire général adjoint de l'OTAN, le Français Jean-François Bureau, l'admet : «Nous sommes à un tournant en Afghanistan. Le plateau de la balance est instable et il peut encore basculer d'un côté ou de l'autre. Il est faux de dire que les talibans ont gagné la guerre, mais leur capacité de nuisance demeure très forte. Nous avons clairement épuisé la dynamique politique mise en place depuis 2002, mais la question est désormais : quelle stratégie adoptons-nous ?»

Le capitaine de l'Armée nationale aghane et son mentor français preparent la mission © Ministère de la Défense Le capitaine de l'Armée nationale aghane et son mentor français preparent la mission © Ministère de la Défense

Les Américains, comme en Irak, souhaitent appliquer leur nouveau manuel de contre-insurrection, consistant, de manière schématique, à sécuriser la population afin de permettre l'émergence d'un État qui tienne debout tout seul. Le problème est que cette stratégie ne semble fonctionner ni en Irak (où elle est mise en œuvre depuis un an par le général Petraeus), ni en Afghanistan où – tout le monde fait mine de l'ignorer – elle est appliquée depuis 2002. Ses défenseurs plaident qu'il n'y a pas assez de soldats aujourd'hui pour qu'elle soit efficace. Ses détracteurs, comme Louis Gautier, responsable des questions stratégiques au Parti socialiste, estiment qu'«il n'y a pas de solution militaire, il n'y a qu'une solution politique. Sinon nous sommes partis pour un très long horizon où, sans se retirer vraiment ni rester complètement, on se contente d'une gestion symbolique du pays. De plus, on mesure mal, vu d'ici, les effets négatifs de ce qu'on appelle pudiquement les dégâts collatéraux sur la population afghane. Nous sommes perçus comme un corps étranger.»

 

Jean-François Bureau, s'il choisit ses mots avec prudence, ne dit pas autre chose : «Nous attendons un deuxième souffle politique de la part des autorités afghanes. Il faut dire à nos partenaire afghans : êtes-vous prêts à prendre en charge la reconstruction de votre pays ?»

Cette adresse à l'égard des Afghans, et du gouvernement d'Hamid Karzaï en particulier, que tout le monde juge usé ou pire, ressemble comme deux gouttes d'eau aux exhortations américaines à l'égard des Irakiens : « Stand up so we can stand down » («Prenez-vous en charge afin que nous puissions nous retirer.»). Malheureusement, ces proclamations ressemblent trop souvent à des coups d'épée dans le vide. «Pour avoir une solution politique, il faudrait avoir un État afghan», commente, pessimiste, Jean-Vincent Brisset. «L'Afghanistan, ça a toujours été 3.000 vallées et 3.000 chefs de vallées. Il n'y a jamais eu d'État.»

C'est donc dans ce contexte flou, sans débat politique, sans véritable intérêt public, sans solution claire, sans perspective à long terme, avec le seul espoir que les Afghans feront ce qu'ils n'ont pas fait en six ans, que Nicolas Sarkozy va annoncer les renforts de cavalerie le mois prochain. Il polira sans doute un beau discours, constellé de référence à la place de la France et à la nécessité de combattre le terrorisme, mais ne répondra sans doute pas à la question essentielle : à quoi servent les soldats français en Afghanistan ?

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Cet article a été réactualisé dimanche 23 mars, après une première publication le 16 mars.

Le point de départ de cet article est simple : une réaction contre le fait que la France est en guerre mais que personne n'en parle ni ne s'en soucie. Un bref sondage auprès des collègues à Mediapart et dans d'autres rédactions de journaux nous a montré que personne ne connaissait, même de manière imprécise, le nombre de soldats français tués en Afghanistan (les réponses allaient de quatre ou cinq à plusieurs dizaines).

Certains pointeront peut-être l'absence, dans cette enquête, de figures de la majorité présidentielle. Nous en avons contacté plusieurs qui, généralement pour des questions de calendrier électoral (les municipales), n'ont pu se libérer pour nous répondre. Au sein du gouvernement, plusieurs demandes d'entretiens sont restées sans réponse. Précisons également que les citations de Jean-François Bureau ne proviennent pas d'une interview réalisée en propre, mais d'une intervention et d'une session des questions/réponses qu'il a effectuée le 12 mars 2008 à l'Institut français des Relations internationales.

Plusieurs soldats français servant actuellement en Afghanistan ont été contactés par email. La plupart n'ont pas donné suite. Néanmoins, un adjudant, demandant l'anonymat et tout en refusant de s'engager dans le débat politique du pourquoi de sa présence, a répondu : «En Afghanistan, je partage mes connaissances militaires avec de futurs soldats afghans. Je les aide à bâtir une armée garante d'un état stable. (...) Surtout, par rapport à d'autres opérations auxquelles j'ai participé en Afrique, j'ai l'impression de servir à quelque chose d'utile.»