Démission du Premier ministre arménien contesté par la rue

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Serge Sarkissian, nommé la semaine dernière Premier ministre de l'Arménie après dix années passées à la présidence, a annoncé lundi sa démission à la suite de plusieurs jours de manifestations anti-gouvernementales.
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EREVAN (Reuters) - Serge Sarkissian, nommé la semaine dernière Premier ministre de l'Arménie après dix années passées à la présidence, a annoncé lundi sa démission à la suite de plusieurs jours de manifestations anti-gouvernementales.

Sa décision a peut-être été motivée par la participation de nombreux militaires en uniforme à une manifestation interdite lundi matin à Erevan, la capitale.

"Je me suis trompé", reconnaît Serge Sarkissian dans un communiqué diffusé par ses services. "Dans la situation actuelle, plusieurs solutions pourraient se présenter mais je n'en choisirai aucune, ce n'est pas mon style. J'abandonne la direction du pays et le poste de Premier ministre", poursuit-il.

Il ajoute qu'il cède à la pression de la rue pour préserver la paix civile.

L'ancien Premier ministre Karen Karapetian, allié de Sarkissian et membre de son Parti républicain, proche de Moscou, a été désigné chef du gouvernement par intérim, rapporte l'agence de presse russe RIA qui cite le service de presse du gouvernement arménien.

Le Parlement a maintenant sept jours pour choisir un nouveau Premier ministre.

L'annonce de la démission de Serge Sarkissian a été accueillie par de bruyantes manifestations de joie de l'opposition dans les rues d'Erevan.

Serge Sarkissian, 63 ans, a été président de 2008 à 2018. Il était accusé par ses opposants de vouloir s'accrocher au pouvoir après sa nomination à la tête du gouvernement.

A la suite d'une révision de la Constitution approuvée par référendum en 2015, la majeure partie des pouvoirs exécutifs ont été transférés du président au Premier ministre, le chef de l'Etat exerçant désormais un rôle essentiellement honorifique.

Depuis le 13 avril, des dizaines de milliers d'opposants sont descendus dans les rues d'Erevan, paralysant la circulation dans le centre de la capitale.

Lundi, un groupe de militaires s'est joint à une manifestation illégale. Des images montrant des centaines de militaires en uniforme, marchant aux côtés des manifestants, ont été diffusées sur les réseaux sociaux.

Dimanche, la police avait interpellé trois chefs de file de l'opposition, dont Nikol Pachinian, et interpellé près de 200 manifestants. Nikol Pachinian a été remis en liberté lundi.

Le Kremlin a rappelé que l'Arménie était un pays d'une "extrême importance" pour la Russie, qui y a deux bases militaires, mais a souligné que la crise actuelle était une affaire purement intérieure.

Les opposants à Sarkissian lui reprochaient également son incapacité à agir contre la corruption et la pauvreté. Certains critiquaient aussi sa proximité avec la Russie.

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