Ce que révèlent les documents WikiLeaks

Par , et Julian Assange (Wikileaks)
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  • Nicolas Sarkozy, 30 octobre 2008 : un président tout-puissant

Trois notes remontent au quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012). La première a été envoyée le 30 octobre 2008, sans que l’on sache, à ce stade, si elle résulte d’écoutes, d’interceptions ou de conversations avec des sources américaines. La NSA décrit un chef de l’État tout-puissant, persuadé d’être le seul à même de combattre la crise financière, dont il tient le gouvernement américain responsable. « Mais il croit que Washington tient désormais compte de certains de ses conseils », indique le document. « Selon lui, c’est la première fois que les États-Unis n’ont pas agi en leaders dans la gestion d’une crise mondiale et la France va maintenant prendre la main », écrit encore la NSA.

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- Traduction -

« Sarkozy se voit comme le seul à pouvoir résoudre la crise financière mondiale »

« Le président français Nicolas Sarkozy considère qu’il est de sa responsabilité envers l’Europe et le monde de monter au créneau pour résoudre la crise financière mondiale. Il déclare en outre qu’il est le seul, compte tenu de la présidence française de l’UE, à pouvoir aujourd’hui se jeter dans la mêlée. Le président accuse le gouvernement américain d’avoir causé, par ses erreurs, beaucoup des problèmes économiques actuels, mais il croit que Washington tient désormais compte de certains de ses conseils. Selon lui, c’est la première fois que les États-Unis n’ont pas agi en leaders dans la gestion d’une crise mondiale et la France va maintenant prendre la main. Sarkozy était bien décidé à ce que le sommet du G20 de mi-novembre, qu’il a proposé, apporte un changement majeur au système financier international. Enfin, le président français était satisfait des quelques progrès au sein de l’Union européenne pour résoudre la crise et par son excellente relation de travail avec les premiers ministres britannique et espagnol. »

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  • Nicolas Sarkozy, 24 mars 2010 : l’espionnage et Pernod Ricard

Le 24 mars 2010, la NSA transmet le compte-rendu d’une conversation entre l’ambassadeur de France à Washington, Pierre Vimont, et le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, Jean-David Levitte. L’objet : les thèmes que le président français veut aborder lors de son entretien prévu le 31 mars avec Barack Obama.

L’échange prouve que Paris est parfaitement conscient de l’espionnage américain. « Vimont a fait savoir que le président français exprimerait sa frustration du recul de Washington sur l’accord de coopération bilatéral sur le renseignement et que Sarkozy a l’intention de continuer à insister pour le conclure. Tel que Vimont et Levitte le comprennent, le principal point de friction est que les États-Unis souhaitent continuer à espionner la France », précise la note.

Washington est également prévenu de l’attention toute particulière portée par Nicolas Sarkozy à Pernod Ricard… « Levitte n’avait pas prévu de mettre à l’agenda le conflit autour de l’étiquetage de Pernod Ricard (le deuxième plus grand groupe de spiritueux au monde), mais Sarkozy venait juste de discuter avec le PDG du groupe qui a demandé au président d’intervenir en sa faveur. (COMMENTAIRE : on dit que Patrick Ricard, le président du directoire de Pernod Ricard, est l’un des riches bienfaiteurs de Sarkozy.) », indiquent les services de renseignement américains.

Contacté par Mediapart, Jean-David Levitte ne s'est pas déclaré « surpris ». « Quand j’ai été ambassadeur à l’Onu, puis à Washington, puis dans mes fonctions à l’Élysée, aussi bien auprès de Jacques Chirac que de Nicolas Sarkozy, je suis toujours parti du principe que j’étais écouté. Cela va avec la fonction… Une fois qu’on a intégré cela, on adapte ses pratiques. »

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- Traduction -

« Les points sensibles mis à l'agenda de la rencontre des présidents français et américain la semaine prochaine à Washington »

« Le président français Nicolas Sarkozy a l’intention d’aborder plusieurs sujets sensibles avec le président américain quand les deux dirigeants se rencontreront à Washington le 31 mars, selon un échange daté de la semaine dernière entre l’ambassadeur de France à Washington, Pierre Vimont, et le conseiller diplomatique de Sarkozy, Jean-David Levitte. Vimont a fait savoir que le président français exprimerait sa frustration du recul de Washington sur l’accord de coopération bilatérale sur le renseignement et que Sarkozy a l’intention de continuer à insister pour le conclure. Tel que Vimont et Levitte le comprennent, le principal point de friction est que les États-Unis souhaitent continuer à espionner la France. Concernant l’Afghanistan, Levitte a signalé que Sarkozy était prêt à autoriser davantage d’instructeurs militaires mais veut des clarifications quant au nombre nécessaire, compte tenu des chiffres contradictoires des sources américaines. Un autre point concerne les efforts d’EADS pour remporter un contrat pour un avion ravitailleur avec l’armée américaine. Vimont a révélé de façon sibylline que l’accord avance, mais n’a fourni aucun détail. Levitte n’avait pas prévu de mettre à l’agenda le conflit autour de l’étiquetage de Pernod Ricard (le deuxième plus grand groupe de spiritueux au monde), mais Sarkozy venait juste de discuter avec le PDG du groupe qui a demandé au président d’intervenir en sa faveur. (COMMENTAIRE : on dit que Patrick Ricard, le président du directoire de Pernod Ricard, est l’un des riches bienfaiteurs de Sarkozy.) Selon Vimont, c’était une question très politique aux États-Unis, et il suggérait de s’en remettre directement à la Maison-Blanche. Tandis que Sarkozy avait l’intention d’aborder cette question avec le président américain, Levitte parlerait au conseiller économique du président des États-Unis et au conseiller national adjoint en charge de la sécurité. Enfin, Levitte s’attendait à ce que les deux dirigeants discutent d’autres sujets urgents, parmi lesquels l’Iran, le processus de paix au Proche-Orient, l’Afghanistan et le Pakistan, le Yémen, la Somalie, le Sahel, la Russie, la Chine, la Turquie, le changement climatique, la situation financière de plusieurs pays européens ; cependant, il ne fournissait aucun détails sur ces points. »

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La traduction des notes en français a été réalisée par Mediapart.