Mohamed Zahran, "cerveau" des attentats au Sri Lanka ?

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Une vidéo diffusée mardi sur internet par Amaq, l'organe de propagande de l'Etat islamique (EI), montre huit hommes qui prêtent allégeance au "calife" du groupe djihadiste, Abou Bakr al Baghdadi, et jurent de lui obéir en toutes circonstances.
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COLOMBO (Reuters) - Une vidéo diffusée mardi sur internet par Amaq, l'organe de propagande de l'Etat islamique (EI), montre huit hommes qui prêtent allégeance au "calife" du groupe djihadiste, Abou Bakr al Baghdadi, et jurent de lui obéir en toutes circonstances.

L'EI présente ces huit hommes comme les kamikazes responsables des attentats qui ont fait 359 morts, dont 39 étrangers, dans des églises et des hôtels de luxe le dimanche de Pâques au Sri Lanka.

Un seul de ces hommes apparaît à visage découvert: Mohamed Zahran, un prédicateur islamiste de l'est de l'île.

Pour les services de renseignement sri-lankais et le Premier ministre Ranil Wickremesinghe, Zahran pourrait être le "cerveau" de ces attentats sanglants.

Il s'était fait remarquer ces dernières années par ses diatribes enflammées contre les "mécréants" et ses messages de soutien à l'EI, postés sur Facebook sous le nom de Zahran Moulavi. Ces messages ont depuis été effacés.

Dans une vidéo envoyée à Reuters par R. Abdul Razziq, secrétaire général du groupe musulman Ceylon Thowheed Jamath, on voit Zahran menacer de commettre des attentats à la voiture piégée.

Razziq a souligné qu'il avait mis en garde les services antiterroristes dès 2016 contre la menace que représentait Zahran.

Les séparatistes tamouls ont été neutralisés, a-t-il dit à Reuters, mais on se demande pourquoi on n'a rien fait contre Zahran.

Farhan Faris, directeur adjoint du All Ceylon Jamiyyathul Ulama (ACJU), organisme qui regroupe les docteurs de la foi musulmane au Sri Lanka, a confirmé avoir averti les autorités depuis deux ans des activités de certains extrémistes, dont Zahran.

La dernière réunion remonte au 2 janvier dernier, lorsqu'une délégation de l'ACJU a rencontré le secrétaire à la Défense Hemasiri Fernando, qui est également le directeur de cabinet du président Maithripala Sirisena.

"Nous avons souligné que cette personne (Zahran) était vraiment dangereuse. Ils n'ont rien fait et aujourd'hui c'est trop tard", a dit Farhan Faris.

Selon un rapport des services de renseignement daté du 11 avril, Zahran était alors installé à Katthankudy, dans l'est de l'île, une ville à forte population musulmane.

Hilmy Ahamed, vice-président du Conseil musulman du Sri Lanka, a aussi alerté le gouvernement, en 2016 puis en décembre 2018 quand des statues bouddhistes ont été vandalisées dans le centre de l'île. Pour lui, Zahran était probablement impliqué dans cette affaire.

"J'ai dit aux responsables que j'ai rencontrés : il y a un musulman qui prêche la haine, il faut l'arrêter. Si vous le faites, aucun musulman ne protestera", a-t-il raconté.

Le gouvernement sri-lankais a déclaré mercredi que les attentats de dimanche avaient été commis par neuf kamikazes, dont une femme.

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