A quoi rêve le Kansas? (2/3) - Et maintenant, il faut apprendre à se serrer la ceinture

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Un an après l'explosion de la bulle immobilière, en plein dans la crise financière, les Américains ont le moral en berne. Dans la petite ville de Lawrence, au Kansas, on parle beaucoup du coût de l'essence et de la nourriture en se lamentant de la disparition d'une certaine Amérique: celle qui «construisait des trucs». Deuxième volet du reportage que Thomas Cantaloube et le photographe Patrick Artinian ont réalisé aux Etats-Unis pour décrypter les enjeux de l'élection présidentielle du 4 novembre et prendre le pouls de cette Amérique post-Bush, post-Irak et, depuis peu, post-Wall Street.
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De nos envoyés spéciaux au Kansas

 

Il y a encore quelques années, le slogan « Your house is your pigy bank » (Votre domicile est votre tirelire) était à la mode. Plus maintenant. La crise, ce mot protéiforme, est passée par là. Beaucoup de ceux qui avaient eu foi en cette devise et contracté une ou deux hypothèques sur leur maison s'en mordent les doigts.

 

À Lawrence, dans ces «burbs» que nous avons évoqués dans le premier volet de notre enquête, les panneaux FOR SALE (À VENDRE) se multiplient alors même que la ville est jugée peu sensible aux fluctuations économiques, si l'on en croit ses édiles. «Nous sommes une petite ville loin de tout. Nous ne profitons jamais vraiment des booms mais nous résistons aussi aux krachs», se satisfait Hank Booth, le président de la chambre de commerce à l'air patelin.

 

Il n'empêche, la morosité de la situation économique traîne sur la pointe de toutes les langues, n'attendant qu'une oreille compatissante pour s'épancher. L'essence, le coût de la nourriture, la cherté des études, la crainte du chômage, l'angoisse de l'avenir...

 

 

Il ne faut pas beaucoup pousser les résidents de Lawrence, qui avouent pourtant vivre dans « une communauté privilégiée », pour recueillir les témoignages de leurs difficultés matérielles. La librairie locale a mis sur le devant des rayonnages, une ressource ad hoc, tout juste publiée par la célèbre collection aux couvertures jaunes et noires: « Living well in a down economy for dummies » (Bien vivre dans une économie en berne pour les Nuls, pas encore traduit en français).

 

Les gens qui ne connaissent pas les Etats-Unis ont coutume de répéter: «Les Américains sont de grands enfants.» Parce qu'ils ont de grosses voitures, de grands buildings et des triple cheesburgers with bacon? Ridicule. Ce qui est vrai, en revanche, est qu'ils sont d'indécrottables optimistes. La croissance éternelle comme mode de vie.

 

Les financiers n'ont cessé de répéter, dès le milieu des années 1990, qu'on ne pouvait pas perdre d'argent sur un bien immobilier – la hausse des prix des logements à Lawrence a oscillé entre +3% et +9% par an de 1997 à 2007. De quoi, effectivement, sentir son capitale potentiel grossir par anticipation juste en remboursant les traites normales.

 

Avec aplomb, Dina Deutsch, une banquière du cru explique qu'auparavant, elle prêtait couramment jusqu'à 102% ou 103% du prix d'une maison (c'est-à-dire sans aucun apport nécessaire, pas même pour les frais annexes d'achat). Pour sa banque, c'était un investissement rentable, puisque «la maison ne pouvait pas se dévaluer et toujours se revendre». Jusqu'au jour où elle se dévalue et ne se vend plus, quand les gens cessent de déménager et d'acheter plus grand. Quand la crise pointe son nez. Il y a un an.

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