Cachez cette misère tunisienne que le peuple français ne saurait voir

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Derrière le paravent d’une «économie modèle» selon le directeur général du FMI, la Tunisie est en proie à de fortes agitations sociales, comme c’est le cas dans le Sud du pays depuis 2008.
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Il y a la Tunisie des plages, des grandes conférences internationales, des petits cadeaux et des amis de trente ans du régime. Celle du «miracle économique tunisien», l'expression en vogue au cœur des années 1990 pour désigner une économie tunisienne dopée par le textile off shore et la délocalisation des centres d'appels. Et puis, il y a la réalité sociale, celle d'un pays qui coule, sous le joug d'une famille toute puissante, qui organise sans se cacher la succession d'un président malade, au pouvoir depuis 1987.
Mercredi soir, un jeune Tunisien a trouvé la mort par électrocution à Sidi Bouzid, une ville du centre-ouest tunisien, située à 265 km de Tunis et en proie à des manifestations depuis le 19 décembre. «Selon les données disponibles, le jeune a été électrocuté après avoir été au contact de câbles électriques d'une puissance de 30.000 volts, lorsqu'il est monté en haut du pylône», écrit l'agence gouvernementale TAP. Selon plusieurs témoins, Houcine Neji, 24 ans, a escaladé un poteau électrique en criant qu'il ne voulait «plus de misère, plus de chômage» avant de s'électrocuter au contact de câbles de haute tension. L'homme est tombé devant une foule ahurie, raconte Attia Athmouni, un opposant en charge d'un comité de soutien aux habitants de Sidi Bouzid. Ce qui s'apparente à un suicide a eu lieu devant les locaux de la municipalité, dans un climat de tension intense.
Car vendredi dernier déjà, un jeune homme avait tenté de mettre fin à ses jours pour protester contrer la confiscation par les autorités municipales des fruits et légumes qu'il voulait vendre. Mohamed Bouazizi, 26 ans, diplômé de l'université, vendeur ambulant pour nourrir sa famille, s'est aspergé d'essence pour s'immoler par le feu, selon plusieurs témoins cités par l'AFP. Grièvement blessé, il a été transféré dans un centre médical soignant les grands brûlés, près de Tunis.
Dans cette région où le phénomène des «diplômés chômeurs» semble avoir pris une ampleur considérable, ce premier incident a provoqué des protestations qui ont dégénéré samedi dernier en affrontements entre la police et les habitants, quand ceux-ci ont mis le feu à des pneumatiques et scandé des slogans pour réclamer le droit de travailler. Mercredi, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) avait exprimé «sa vive inquiétude face à la situation en Tunisie après les émeutes» à Sidi Bouzid. Selon la FIDH, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre qui ont commencé samedi 17 décembre à Sidi Bouzid (265 km de Tunis), «se sont propagés aux villes alentour» et ont «perduré jusqu'au mardi matin». «Plusieurs dizaines de manifestants ont été arrêtés. À ce jour, trois personnes sont toujours détenues par les forces de police tunisiennes», selon la FIDH, qui réclame leur «libération» et «une enquête impartiale».
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Depuis le mois d'avril 2008, soit un mois après sa création, et la publication de ce premier article, Mediapart est inaccessible depuis la Tunisie, seul État à nous réserver un tel traitement de faveur.