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Mediapart mer. 27 juil. 2016 27/7/2016 Dernière édition

Boris Boillon, selon les câbles WikiLeaks: vantard et pas toujours compétent

27 février 2011 | Par Thomas Cantaloube et Michaël Hajdenberg

Une nouvelle manifestation contre l'ambassadeur de France, Boris Boillon, a eu lieu samedi à Tunis. Partenaire de WikiLeaks, Mediapart dresse ici son portrait tel qu'il ressort de la trentaine de câbles diplomatiques américains où il est mentionné. On y découvre un protégé de Sarkozy parlant de «profonde “maladie arabe». «Ignorance», «incohérences», «erreurs historiques»: les diplomates US ne sont pas tendres.

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Un mélange de suffisance et d'insuffisances. En quelques jours, Boris Boillon est devenu le symbole de la diplomatie française. En envoyant balader une journaliste qui le questionnait sur les errements de la diplomatie française, le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, 41 ans, ne s'est pas fait que des amis. Samedi, une nouvelle manifestation était organisée devant l'ambassade de France à Tunis pour demander sa démission.

Trop carré, pas assez rond, l'homme montrerait ses muscles de façon inopportune, au propre comme au figuré. Simple accroc ou marque de fabrique du personnage? A travers les câbles révélés par WikiLeaks, sur la période 2006-2009, se dessine un personnage sûr de lui, qui frôle parfois l'arrogance. Mediapart livre les cinq câbles les plus marquants qui mentionnent celui qui fut conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy quand ce dernier était ministre de l'intérieur, puis son conseiller à l'Elysée «Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient».

Avant même la campagne présidentielle, en février 2006 (câble 54602), Boris Boillon, conseiller de Nicolas Sarkozy, se rend à l'ambassade américaine pour présenter la future politique étrangère du candidat Sarkozy. Le premier point mentionné est «la promotion de valeurs fondamentales, comme la démocratie et la liberté, en “rupture totale” avec la politique étrangère passée de la France».

Le propos fait aujourd'hui figure de bonne blague. Mais à l'époque, si Boris Boillon utilise bien le terme de «blague», c'est pour un tout autre sujet et de façon déjà fort peu diplomatique: «Boillon a ajouté que sa stratégie politique (NDLR: de Nicolas Sarkozy) se concentrerait, bien sûr, sur l'Europe, bien que l'Europe soit “une blague” au niveau international.»

Boillon résume ainsi la perception qu'a Sarkozy de la France: une nation «décrochée au plan international, depuis peut-être 20 ans, et qui a besoin d'une action efficace et d'envergure pour rattraper le reste du monde».

Une fois Nicolas Sarkozy devenu président, Boris Boillon ne perd pas de son style direct au nom de la diplomatie d'Etat: le 8 octobre 2008 (câble 172994), il relate une rencontre intervenue quelques jours plus tôt avec une délégation libanaise menée par le premier ministre Marwan Hamadeh et dit à leur propos aux Américains: «Mais dans quel monde vivent-ils? Sont-ils en train de blaguer ou sont-ils devenus complètement fous?» Boillon se montre «incrédule face aux “idées stupides (je suis désolé mais je ne vois pas d'autre mot)» dont la délégation a fait preuve. Il fait référence à une remarque de la délégation sur une alliance entre la France et la Syrie afin que celle-ci reprenne le contrôle du Liban.

«Nombreuses erreurs historiques et incohérences dans les arguments de Boillon»

Le 5 décembre 2008 (câble 181679), les Américains eux-mêmes s'interrogent : «Ce qui est le plus troublant, c'est de voir dans quelle mesure Boillon a l'air de voir les politiciens libanais à travers les lunettes teintées par le gouvernement syrien.» Les Américains poursuivent: «En effet, Boillon s'est servi de cette conversation pour descendre en flammes encore une fois les politiciens libanais, qui agiraient tous comme des enfants. Il déclare qu'il vaut mieux les isoler et les ignorer jusqu'à ce qu'ils agissent comme des adultes.»

Après avoir critiqué d'autres dirigeants du monde arabe, à l'occasion du sommet de la Ligue arabe qui se tient à Damas en 2008, il dit que «tout cela est symptomatique d'une profonde “maladie arabe».

Le conseiller «aux yeux chassieux», dixit l'ambassade américaine, est parfois moqué pour son incompétence, comme le 23 mai 2008 (câble 155305): «Nous n'avons pas eu le temps de débattre des nombreuses erreurs historiques et incohérences dans les arguments de Boillon, dont certaines sont dues à son ignorance de l'histoire du Hezbollah et du Hamas.» Ce qui n'empêche pas les Américains de le décrire comme «un interlocuteur engageant et enthousiaste dont la loyauté à l'égard de Sarkozy est palpable».

Quelques mois auparavant, le 10 septembre 2007 (câble 121501), ce n'était pas ses compétences qui étaient en cause, mais son ego, comme l'a déjà expliqué 20 minutes, à propos de la libération des infirmières bulgares, détenues en Libye depuis 1999. Boillon relate d'abord qu'il est l'un des trois seuls Français hormis Nicolas Sarkozy à être dans la boucle, avec Claude Guéant et le conseiller diplomatique Jean-Daniel Levitte. «Bien que Cécilia se soit avérée décisive, elle n'était informée que d'une partie des initiatives françaises. Quand on lui demanda s'il s'attendait à être convoqué par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale pour témoigner sur le supposé deal entre le gouvernement français et la Libye, Boillon a dit que c'était possible mais qu'il n'avait pas encore été identifié comme un acteur, plutôt comme un témoin. Boillon semblait se délecter de son rôle encore secret mais suppose que ce n'est qu'une question de temps avant que les investigateurs ne saisissent son rôle puisqu'il peut clairement être vu en photos, portant des lunettes de soleil sur le tarmac de Sofia, derrière Mme Sarkozy, après la libération.»

A l'époque, Boillon attribue une grande part de ce succès à l'exécutif français qui a «astucieusement joué “la carte Sarkozy avec Khadafi». Il raconte que Claude Guéant a vendu aux Libyens que «Sarkozy était un nouveau et dynamique leader européen qui serait capable d'influencer l'Union européenne de façon à briser l'impasse diplomatique sur les infirmières et pourrait ouvrir la voie à une meilleure relation entre l'Union européenne et la Libye. Sarkozy a consenti à promettre à Kadhafi une “excellente” relation bilatérale qui pourrait être étendue à tous les domaines et qui pourrait permettre des bénéfices en termes économiques et commerciaux tout comme en politique et en matière de sécurité».

Kadhafi a «fait son autocritique»

Fort de cette promesse, Boris Boillon défend encore Mouammar Kadhafi, trois ans plus tard, en 2010, lors d'une émission de Canal+. Il estime à l'époque que le dictateur a «fait son autocritique» et que «l'on a le droit au rachat».

 

Boris Boillon n'est alors plus conseiller diplomatique du président mais ambassadeur de la France en Irak, poste auquel il a accédé en 2009. Mais c'est lors de sa nouvelle affectation en Tunisie, en janvier 2011, où il est nommé pour recrédibiliser la France, que ce Sarko-boy de choc se fait remarquer en envoyant balader une journaliste qui lui pose une question sur les tourments de la diplomatie française.

 

 

Jusque-là, Boris Boillon, le plus jeune ambassadeur de France, portait pourtant beau avec sa parfaite maîtrise de la langue arabe et sa réputation d'ouverture.