En 1997, un livre, The Coming Oil Crisis, avait fait hausser les épaules dans le monde pétrolier. Son auteur, le professeur Colin Campbell, y pronostiquait rien de moins que la fin du tout pétrole. Reprenant les théories de King Hubbert – un géologue de Shell qui avait annoncé dès 1956 le déclin de la production américaine à partir des années 1970 –, il annonçait que le monde avait cessé de renouveler ses réserves et que le pic de production mondiale pourrait être atteint dès 2005.

 

 © Ed Kashi © Ed Kashi

 

Impensable, avait jugé Shell. Dans leurs scénarios pour 2050, les experts de la compagnie pétrolière affirmaient qu'« une raréfaction des ressources pétrolières était très improbable avant 2025 ». Celles-ci pourraient même être étendues à 2040 si des mesures d'économies étaient adoptées.

 

 

De son côté, l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui sert de référence pour tous les pays consommateurs, affichait un optimisme inoxydable. Les réserves, selon elle, étaient largement suffisantes pour répondre aux besoins d'une demande croissante, jusqu'en 2020 et même bien au-delà. La production pétrolière, aujourd'hui de 81 millions de barils par jour, pourrait atteindre sans problème, selon ses calculs, les 115 millions au cours des prochaines années.

 

 

Depuis trois mois, l'AIE est en train de refaire toutes ses estimations. Elle devrait les publier d'ici à septembre. Mais certaines fuites font état de révisions drastiques. « Atteindre les 100 millions de barils / jour est déjà une vision très optimiste», a prévenu Christophe de Margerie, directeur général de Total. Tandis qu'un responsable de BP capital, T. Boone Pickens évoquait ces dernières semaines devant le Congrès américain une production de 85 millions de barils comme un plafond.

 

 

Les dernières statistiques publiées début juin par BP (consultables ici), et qui servent de référence à tous les intervenants, ont apporté un nouveau coup de froid. Pour la première fois, la production mondiale de pétrole a décru en 2007. Faiblement, à peine 0,2% , à 81,5 millions de barils par jour.

 

 

Mais c'était suffisant pour que le marché pétrolier prenne très mal cette annonce : les investisseurs et les analystes y voient une nouvelle raison de craintes pour les approvisionnements futurs. Les experts des compagnies pétrolières, eux, se montrent plus calmes.

 

 

La baisse de la production en 2007 est plus liée, selon eux, à une multitude d'incidents et raisons géopolitiques qui ont pesé sur la production. Une analyse que partagent la plupart des pays producteurs de l'OPEP : pour eux, le volume de brut est suffisant et le marché est convenablement approvisionné.