Au Liban, les employées de maison veulent acquérir une protection légale

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Beyrouth (Liban), de notre correspondante. - Lorsque Aïna quitte Madagascar en 1997, elle s'envole vers l'inconnu. Du Liban, sa destination, elle ne connaît rien, hormis qu'une place d'employée de maison l'attend dans une famille. Sa sœur, partie six mois plus tôt, aurait pu la renseigner, mais Aïna n'a aucune nouvelle d'elle. « J'ai appris plus tard que la famille qui l'employait interceptait les lettres qu'elle nous envoyait », se souvient cette femme posée, aujourd'hui âgée de 48 ans. « Elle n'a pas supporté ses conditions de travail. » Des tâches et des règles que Aïna ne tarde pas à découvrir. Deux semaines après son arrivée, sa patronne part en vacances pour vingt jours. « Elle m'a enfermée à clé dans la maison jusqu'à son retour », témoigne-t-elle, encore marquée par cette mésaventure. Aïna a tenu bon, pour pouvoir élever ses frères et sœurs restés au pays. Depuis dix-huit ans, son quotidien est pourtant fait de petites humiliations : « Les invités à qui j'ouvre la porte et qui ne me disent pas bonjour, l'interdiction de dormir hors de la maison, un visiteur qui me demande de tirer la chasse d'eau à sa place après être allé aux toilettes, la confiscation de mes papiers d'identité jusqu'à l'an passé... ». La liste est longue. Pourtant, Aïna se considère « chanceuse ». Même si elle n'a pas pu sortir seule de la maison où elle travaille pendant des mois, même si son employeur ne l'a pas rémunérée au tarif mensuel convenu (125 $) pendant des années, elle ne se plaint pas. « Certaines filles sont battues, d'autres ne mangent pas à leur faim », relativise-t-elle.