Les documents Takieddine. Quand Mougeotte dînait chez «M. Ziad»

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Mediapart a obtenu la copie d'un petit album photo d'une soirée organisée par Ziad Takieddine, principal suspect dans le volet financier de l'affaire Karachi, le 20 juin 2002, à son domicile parisien. Outre les politiques proches du marchand d'armes, hauts fonctionnaires, industriels et personnalités des médias se sont retrouvés à sa table: Etienne Mougeotte, Charles Villeneuve, Thierry Dassault (le fils de Serge)...

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L'influence, c'est un métier. Le marchand d'armes Ziad Takieddine le prouve. Après avoir publié une première série de photographies et de documents montrant l'étendue de ses liens avec les proches de Nicolas Sarkozy (Brice Hortefeux, Thierry Gaubert, Pierre Charon, Jean-François Copé, Dominique Desseigne...), Mediapart a obtenu la copie d'un petit album photo d'une soirée organisée chez lui le 20 juin 2002.

Depuis dix ans, le «relationnel» du marchand d'armes, principal suspect dans le volet financier de l'affaire Karachi, s'est étendu bien au-delà de la sphère politique: hauts fonctionnaires, industriels et personnalités des médias se sont retrouvés à sa table – très joliment décorée comme on le verra. Le silence de certains médias sur nos révélations trouvera peut-être une partie de son explication à la vue de ces photos.

Ainsi, l'on découvre parmi les convives l'actuel directeur des rédactions du Figaro, Etienne Mougeotte, alors vice-président de TF1. Outre M. Mougeotte, la chaîne de Martin Bouygues était très représentée dans les agendas de M. Takieddine: Charles Villeneuve, l'ancien patron du Droit de savoir, Claire Chazal, ou encore la présentatrice Carole Rousseau, y figuraient en bonne place.

Les photos inédites que Mediapart publie ci-dessous ont été prises le même jour, au même endroit: le 20 juin 2002, avenue Georges-Mandel, dans le XVIe arrondissement de Paris, où Ziad Takieddine est propriétaire d'un luxueux appartement de 600 m2 avec jardin qu'il dissimule soigneusement au fisc depuis des années, comme nous l'avons déjà raconté.

Carton d'invitation de la soirée du 20 juin 2002 © (dr.) Carton d'invitation de la soirée du 20 juin 2002 © (dr.)

Ziad Takieddine a mis les petits plats dans les grands pour ce dîner organisé quatre jours après la victoire de la droite aux élections législatives. Précision utile: les ex-balladuriens (qui sont aussi de futurs sarkozystes) viennent de faire leur retour en grâce dans la vie politique française – Nicolas Sarkozy, par exemple, a rejoint le gouvernement, au ministère de l'intérieur, après une longue traversée du désert.

Ziad Takieddine © (dr.) Ziad Takieddine © (dr.)

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Ce soir-là, Etienne Mougeotte est placé à la table de Jean-François Copé, tout récent porte-parole du gouvernement et secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, et de Renaud Donnedieu de Vabres, l'ancien collaborateur de François Léotard, qui vient de quitter le premier gouvernement Raffarin.

Le dirigeant de TF1 a été proche de Léotard. Pour s'en convaincre, il suffit de revoir la séquence de la conversation piratée des deux hommes en 1994. Ce morceau d'anthologie, symbole de la connivence entre journalistes et politiques, est au centre du film documentaire de Pierre Carles, Pas vu pas pris, sorti en 1998. En 1994, du reste, TF1 soutenait Balladur.

Et Léotard, alors ministre de la défense, était en prise directe avec les contrats d'armement pakistanais et saoudien qui font aujourd'hui l'objet de l'enquête du juge Van Ruymbeke sur un possible financement politique occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. Cette fameuse affaire qui retrouve Ziad Takieddine en son centre.

Etienne Mougeotte chez Ziad Takieddine. © (dr.) Etienne Mougeotte chez Ziad Takieddine. © (dr.)

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Après plusieurs semaines d'enquête, Mediapart continue la publication d'une série d'articles consacrés à l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine. Nous avons eu pour cela accès à un nombre important de documents inédits, en particulier à plusieurs dizaines de photographies et rapports ou notes. Nous avons retenu et choisi de publier uniquement les documents qui ont un intérêt public, permettant de développer une information à caractère général.

Tout ce qui pourrait éventuellement relever de la vie privée a été écarté.

Connu pour être le principal suspect du volet financier de l'affaire Karachi, Ziad Takieddine apparaît aujourd'hui, grâce aux documents que nous avons pu recueillir, comme le fil conducteur de la part d'ombre d'un clan: celui du chef de l'État.

Ce sixième volet est consacré à l'étendue du réseau d'influence du marchand d'armes.

Vous pouvez également vous reporter à nos deux articles d'analyse :

De Copé à Pécresse: Takieddine, un «protégé fiscal» ?

Pourquoi l'affaire Takieddine menace le pouvoir