Madrid : les «indignés» à l'assaut du Congrès, violents affrontements

Des milliers d'indignés de Madrid et d'ailleurs ont répondu à l'appel du « 25-S » (pour 25 septembre), mardi soir, et tenté d'encercler le parlement espagnol. La soirée s'est soldée par une soixantaine de blessés.

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De notre envoyé spécial à Madrid

Pour « sauver la démocratie », ils avaient imaginé « encercler le Congrès ». Des milliers d'indignés de Madrid et d'ailleurs ont répondu à l'appel du « 25-S » (pour 25 septembre), mardi soir dans la capitale, et tenté d'encercler, physiquement, le parlement espagnol, pour dénoncer l'évolution de cette institution devenue à leurs yeux un « organe superflu » assujetti aux marchés financiers.

Préparée depuis août sous le mot-clé sur Twitter #sinmiedo (sans peur), l'opération, assez spectaculaire, n'a pas tenu toutes ses promesses : non seulement les rares députés qui s'étaient risqués à se rendre en séance hier (une cinquantaine sur 350) ont quitté les lieux sans trop de difficulté, aux alentours de 23 heures. Mais la mobilisation s'est par ailleurs terminée par de violents affrontements avec les forces de l'ordre. En témoignent ces deux vidéos :

On comptait, mardi soir, au moins 64 blessés (dont 27 policiers) et 26 interpellations (lire ici). C'est une nouvelle preuve du durcissement du climat politique en Espagne.

« La troïka (Commission européenne, BCE et FMI) et les marchés financiers ont pris en otage la souveraineté populaire, avec le consentement, et la collaboration de la majorité des partis politiques », dénonce le manifeste de l'une des plateformes à l'origine du « 25-S ». « Il faut dire à ces kidnappeurs qu'il est temps qu'ils s'en aillent. » 
Deux revendications dominaient dans les cortèges : la démission du gouvernement de Mariano Rajoy (élu en novembre dernier, entré en fonction fin décembre), critiqué pour mettre en place une politique d'austérité musclée, et l'ouverture d'un processus constitutionnel, pour changer de fond en comble les institutions nationales, et la manière de faire de la politique.

Les forces de l'ordre avaient déployé un dispositif massif tout au long du parcours, et un hélicoptère n'a cessé, à partir de la fin d'après-midi, de suivre les allers et retours des manifestants – jusque tard dans la soirée. À intervalles réguliers, à différents points stratégiques, des policiers ont chargé, pour disperser des activistes, et rouvrir certains axes de circulation, provoquant des scènes de panique. Certains ont aussi tiré des balles de caoutchouc sur les activistes. 
L'ambiance était d'autant plus tendue que des dirigeants du Parti populaire (PP, au pouvoir) avaient bruyamment condamnée l'initiative, en amont, dans les médias, la palme revenant à Maria Dolores de Cospedal, numéro deux du PP, et présidente de Castille-La-Mancha (lire notre reportage à Cuenca en novembre 2011), comparant l'opération à un coup d'État militaire de février 1981 de sinistre mémoire.
Sur le terrain, les « indignés » ont donc tenté d'« occuper », ou plus exactement d'« encercler » (rodear) le Congrès. Concrètement : non pas une manifestation classique, pas non plus une concentration devant le parlement, mais une déambulation incessante et désordonnée de dizaines de groupes éclatés dans le centre, pour s'approprier l'espace, dans un face-à-face permanent avec les forces de l'ordre. 
L'ambiance festive qui avait accompagné le campement du printemps 2011, à Sol, semble bien loin. Il ne reste plus que quelques pancartes utopiques qui rappellent les élans de l'époque, où tout semblait possible (« Hoy comienza todo »). À présent, l'exaspération et la colère sont presque partout (sur les banderoles et pancartes : « Ras-le-bol », « Assez », « Gouvernement, démission ! », « Non au 4e Reich »).


Autre différence de taille, par rapport à la première année de mobilisation du « 15-M » (le mouvement indigné surgi le 15 mai) : les partis politiques (autrefois très discrets) n'hésitent plus à se montrer en tant que tels, et certains ont même appelé à la mobilisation. On a vu, mardi soir, des groupes de militants d'Equo (le jeune parti écolo), du parti pirate ou encore de la Gauche anti-capitaliste défiler sous leurs banderoles. À leurs côtés, beaucoup d'enseignants, l'une des professions en tête de la contestation des plans d'austérité dans les régions, ont aussi répondu présents, pour réclamer « une éducation pour tous ».

La préparation de l'iniative, d'abord imaginée par la plateforme catalane ¡En pie! (Debouts!), avait provoqué des remous au sein du collectif madrilène du 15-M, certains estimant que le Congrès, lieu de la démocratie représentative, n'était pas la cible la plus pertinente des indignés. Certains observateurs considèrent que ce 25-S marque une radicalisation du mouvement. En l'état, c'est plutôt la répression policière qui vient de franchir une nouvelle étape. 

Ludovic Lamant

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