Le président turc Erdogan en quête d'un rapprochement avec Berlin

Par
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a entamé jeudi une visite d'Etat de trois jours en Allemagne, durant laquelle il s'efforcera de favoriser un rapprochement avec Berlin après une longue phase de tensions entre les deux pays.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

BERLIN (Reuters) - Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a entamé jeudi une visite d'Etat de trois jours en Allemagne, durant laquelle il s'efforcera de favoriser un rapprochement avec Berlin après une longue phase de tensions entre les deux pays.

A la veille des discussions avec le président turc, la chancelière Angela Merkel a déclaré que son pays souhaitait travailler avec la Turquie sur le plan économique, mais qu'elle voulait aussi aborder la question sensible des droits de l'homme.

Les relations entre les deux pays ont été particulièrement tendues ces derniers mois.

Angela Merkel a exclu toute aide directe à Ankara lors d’une table ronde jeudi. "Mais nous devons travailler ensemble sur le plan économique et nous parviendrons certainement à obtenir des accords", a déclaré la chef du gouvernement sans autre précision.

Elle a indiqué qu'elle aborderait à la fois la situation des droits de l'homme et le sort des prisonniers allemands en Turquie lors de ses entretiens avec Erdogan vendredi et samedi.

"La situation des droits de l'homme n'est pas telle que j'aimerais la voir", a déclaré Angela Merkel.

Le président turc rencontrera la chancelière à trois reprises au cours de sa visite d'Etat et sera reçu également par le président allemand, Frank-Walter Steinmeier.

La livre turque a perdu 40% de sa valeur depuis le début de l'année. La confiance dans l'économie turque ne s'est jamais autant détériorée depuis dix ans, selon l'institut turc de la statistique, dont l'indice qui la mesure a chuté de 15,4% à 71 points en septembre contre 83,9 points en août. [L8N1WD1VG]

Samedi, au dernier jour de sa visite, le président turc sera à Cologne pour inaugurer une mosquée de l'association nationale turque Ditib (Union turco-islamique pour les affaires religieuses). Dans cette ville comme à Berlin sont prévues d'importantes manifestations contre sa venue, et les autorités ont demandé à Erdogan de ne pas faire ouvertement campagne lors de sa visite à la mosquée.

Jeudi matin, des manifestants se sont rassemblés plusieurs heures avant son arrivée dans le secteur de l'aéroport de Tegel, où son avion a atterri, afin de protester contre les entraves à la liberté de la presse en Turquie, où des dizaines de journalistes critiques ont été emprisonnés.

A la veille de son arrivée, Recep Tayyip Erdogan a demandé aux autorités allemandes de déclarer comme "terroriste" FETO, le mouvement du prédicateur musulman Fethullah Gülen, qu'Ankara accuse d'avoir orchestré le putsch manqué de juillet 2016.

"Notre première attente de la part de la République fédérale, c'est qu'elle reconnaisse FETO comme responsable de la tentative de putsch, comme l'a fait le Royaume-Uni", a déclaré le président Erdogan, dans une tribune que publie le site internet du journal Frankfurter Allgemeine Zeitung.

"Nous poursuivons l'objectif de développer nos relations commerciales et économiques", écrit-il, avant d'ajouter: "Pour le bien de la prospérité et de l'avenir de nos pays, amplifions nos intérêts mutuels et réduisons nos problèmes".

ÖZDEMIR AU BANQUET DE STEINMEIER

L'Allemagne et l'Union européenne ont conclu avec la Turquie un accord prévoyant qu'elle retienne le flux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie, afin d'éviter la répétition des événements de 2015, quand un million de migrants sont arrivés en Allemagne, ce qui a eu de fortes répercussions sur le paysage politique fédéral, avec la montée en puissance du parti xénophobe AfD (Alternative pour l'Allemagne) et a affaibli la chancelière.

Les relations entre Berlin et Ankara ont été sérieusement mises à mal, ces dernières années, par plusieurs dossiers, dont l'emprisonnement sur le sol turc de plusieurs ressortissants allemands, dont le journaliste germano-turc Deniz Yücel, détenu pendant un an avant d'être finalement libéré.

"Cette visite n'est pas un signe de normalisation, mais elle pourrait en marquer le début", a déclaré le président allemand Frank-Walter Steinmeier au groupe de médias RND. "Après le traumatisme de la tentative de coup d'Etat de 2016, nous attendons un retour à l'état de droit."

Berlin, pour contrer ceux qu'indigne cette "visite d'Etat", insiste sur le fait que la question des droits de l'homme sera au premier plan des discussions.

Nombre de personnalités politiques, dont Angela Merkel, ne seront d'ailleurs pas présentes au banquet que donnera vendredi Frank-Walter Steinmeier en l'honneur d'Erdogan. En revanche, Cem Özdemir, ancien dirigeant du parti des Verts, sera là et entend bien faire porter la contradiction.

"Erdogan doit admettre que le notion d'opposition fait partie du paysage politique en Allemagne, et qu'on ne la jette pas en prison ni ne la réduit au silence comme en Turquie", déclarait Özdemir dans une interview au journal Die Welt.

"Il a besoin d'argent et il espère en obtenir en Allemagne", ajoute ce détracteur d'Erdogan dans une autre interview, à la radio-télévision suisse. "Nous devons nous servir de ça pour parler au nom des nombreuses personnes qui croupissent dans les geôles turques parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec Erdogan", prévient-il.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale