Au pays des mamans-poules et des «mères-corbeaux»

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La mère cantonnée au foyer

 

Ce passé a laissé des traces. Birgit Steuer, la nounou (photo), a été élevée dans une famille typique de l'après-guerre. Maman à la maison, papa seul pourvoyeur des besoins du foyer. «Ma mère n'a jamais été indépendante, dit-elle. Tous les mois, mon père lui donnait son argent de poche. Pour elle, pour les courses et pour les enfants.» Les femmes allemandes ont obtenu le droit de vote trente et un ans avant les Françaises, en 1919, à la faveur de la parenthèse démocratique de la République de Weimar. Mais jusqu'en 1977, le code civil s'est entêté à leur attribuer comme première mission de faire chauffer les fourneaux et d'élever la progéniture, rappellent les universitaires français Antoine Math et Jeanne Fagnani.

 

Birgit s'est érigée contre ce modèle conservateur, les «trois K» comme elle dit («Kinder, Küche, Kirche» – les enfants, la cuisine, l'église). Mariée, deux enfants, elle a osé travailler à temps plein. Son mari n'était pas d'accord. Elle a divorcé. Pourtant, Birgit n'est pas dupe : elle reste marquée par son éducation, la prétendue asymétrie des sexes et cette culpabilité qui, dit-elle, obsède toute mère allemande. «J'éprouverai toujours du stress, toujours le souci de bien-faire, comme si c'était à la mère seule de s'inquiéter pour les enfants. J'ai beau être féministe, j'ai été éduquée avec cette idée que l'homme vaut plus que la femme.» Parfois, sa fille lui quémande des compliments alors que Birgit félicite son garçon pour un rien. Elle essaie de faire attention. Elle n'y arrive pas toujours.

 

Alice Schwarzer connaît cette ritournelle par cœur. "Frau" Schwarzer reste le phare incontesté du féminisme allemand. Simone de Beauvoir a été son amie. Elle a été une des pionnières du MLF en France, a conduit le combat pour la dépénalisation de l'avortement en Allemagne. A 66 ans, elle reste une avocate acharnée de l'égalité. On la voit souvent à la télé. Elle a l'oreille de la chancelière Angela Merkel, première femme élue à la tête du pays dont elle a applaudi la victoire en 2005. Rédactrice en chef du magazine féministe Emma, elle reçoit dans une tour du XIIIe siècle : dans ce donjon construit pour défendre Cologne, elle a installé un centre de documentation sur le combat des femmes pour leur émancipation. Selon la féministe, les stigmates du nazisme n'ont pas encore disparu. «La figure de la mère écrase encore nos concitoyennes, dit-elle. Les femmes veulent égaler les hommes au travail, puisqu'on leur a raconté qu'une femme moderne est attirante, aimée, et aussi un peu sainte... et elles veulent en même temps être mères à 100%! Bien sûr, c'est très difficile à concilier.» [Cliquer ici pour l'intégralité de l'entretien avec Alice Schwarzer]

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Pour l'essentiel les citations proviennent d'un reportage effectué à Cologne, le lundi 18 et le mardi 19 mai. Néanmoins, Dorothea Böhm (Familiennetzwerk), Jutta Hoffritz (journaliste et écrivain), Kathrin Göring-Eckard (vice-présidente du Bundestag, la chambres des députés) ont été interrogés par messagerie électronique, pour des raisons d'agenda.