«Les femmes sont-elles mieux traitées en France?»

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Grâce à Merkel, «une petite révolution» pour les femmes

 

Que reste-t-il du féminisme en Allemagne?
Aux Etats-Unis, être féministe c'est comme une évidence. Ici, non. Le concept de féminisme a été tellement détourné de son sens et dénigré par les médias que les femmes ont peur de se dire féministes. On dit : «Les féministes sont des femmes du passé, elles sont frustrées, elles sont lesbiennes, elles détestent les hommes.» On leur oppose «la femme moderne». Le concept de féminisme est en perdition. Ne vous trompez pas : je suis populaire en Allemagne, mais cela ne veut pas dire que les féministes y sont populaires! Je suis une exception. Pour moi le féminisme, c'est très simple : les mêmes droits, les mêmes chances pour les femmes comme pour les hommes. Point. Aujourd'hui, tout cela paraît évident. Mais il y a trente ans, ce genre d'attitude aurait paru très provocateur : c'était le comportement d'une minorité de féministes alors considérées comme folles ! Aujourd'hui, la majorité des femmes veulent travailler, avoir des enfants, et que les hommes participent à la maison. Elles veulent l'égalité. Pas plus. Pas moins.

 

En Allemagne, cette égalité est pourtant loin d'être acquise...
Mais est-ce si différent en France? J'en doute. Nous venons de très loin, vous savez. Savez-vous que ce sont les nazis qui ont aboli l'école toute la journée pour les enfants? Personne ne le sait. Avant qu'ils n'arrivent au pouvoir, l'école était ouverte toute la journée. Résultat, soixante ans plus tard, nous avons toujours des infrastructures catastrophiques : pas de crèches, donc très peu d'enfants de moins de trois ans à l'école – surtout à l'Ouest –, des jardins d'enfants ouverts seulement une partie de la journée, très peu d'écoles ouvertes toute la journée... Mais ça commence à changer. Grâce au mouvement féministe. Grâce aussi à la réunification. A l'Est, tout cela allait de soi. Quand le Mur est tombé, l'Est a d'abord vécu un choc immense, une sidération. L'Ouest est arrivé, a dit: «Nous avons raison de toutes façons et c'est nous qui menons la musique désormais». Mais progressivement, les gens à l'Est se sont réveillés. L'Allemagne a élu une femme originaire de l'Est. Pour les conservateurs allemands, l'école toute la journée, ou même les jardins d'enfants, c'était le diable! Le diable! La femme qui faisait cela était une mère-corbeau. Ça commence à changer. Mais le chemin est encore très long.

 

Angela Merkel aide-t-elle l'Allemagne à changer?
Le fait qu'une femme soit chancelière est pour les femmes, pour les jeunes filles, un signal fort : le signe que c'est possible. Elle-même a toujours été prudente sur le sujet, mais elle soutient une politique plus juste. Elle a fait en sorte que la ministre de la famille conduise une politique féministe. En trois ans, nous avons assisté à une petite révolution dans la politique familiale. Aucune féministe ne ferait mieux que Mme Ursula Von der Leyen [la ministre fédérale de la famille, ndlr] en ce qui concerne les places en crèche ou le soutien aux écoles ouvertes toute la journée. Grâce à Mme Merkel, pour la première fois, il est question de la pornographie infantile, ce qui n'avait jamais été le cas. La situation des femmes est prise au sérieux. Merkel est une femme de l'Est, une physicienne, une fille de pasteur. Je crois qu'avant d'être élue, elle ne s'imaginait pas que dans la société allemande, les femmes étaient traitées de la sorte. Mais je crois que la nuit de son élection, elle l'a compris. Si un ministre présente une mesure qui favorise l'égalité hommes-femmes, elle ne s'y opposera pas, je le sais. Elle fait régner un climat favorable.

 

Faut-il des lois pour assurer l'égalité des droits entre hommes et femmes?
Pourquoi pas? Les Norvégiens ont introduit une loi qui impose 40% dans les conseils de direction des entreprises. Je trouve cela intéressant. Parfois, de telles lois peuvent un peu aider. Même si je pense que les quotas ne sont qu'un leurre, ils peuvent être une solution transitoire. Histoire d'aider les femmes à entrouvrir la porte.

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