Au camp de réfugiés d'Aïda en Cisjordanie, on ne croit plus à la solution à deux Etats

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« Un seul Etat, c’est désormais la seule solution possible »

C’est en prenant de la hauteur que l’on peut envisager la situation politique du camp, qui résume parfaitement celle des Palestiniens de Cisjordanie. Volontaire pour le « Lajee center », une ONG indépendante focalisée sur l'éducation, financée principalement par le réseau de solidarité internationale avec la Palestine et qui accueille plusieurs centaines d’internationaux par an, Nidal nous invite à monter sur le toit du centre. On y trouve notamment une cartouche de gaz lacrymogène convertie en antenne de télévision pour les membres de l’unité médias du centre. On y aperçoit aussi parfaitement les bâtiments en construction autour de la colonie de Gilo, en totale illégalité avec la législation internationale, de même que les terres de l’Église arménienne, qui s’est entendue avec les autorités israéliennes pour que le mur passe au plus près des habitations des Palestiniens, et non sur son terrain.

Le mur de «séparation» à Aïda, samedi 26 juillet © Pierre Puchot Le mur de «séparation» à Aïda, samedi 26 juillet © Pierre Puchot

« Nous avons trois problèmes majeurs ici, explique Nidal. L’ONU, l’Autorité palestinienne et l’occupation israélienne. Depuis les accords d’Oslo, l’ONU, via l’Unrwa, a divisé son aide au camp par 4. L’Autorité palestinienne ne rentre pas dans le camp, c’est un corps corrompu, qui n’apporte absolument aucun service pour les gens ici, et mange l’argent de l’aide internationale qui transite principalement par elle. Depuis un an, leurs responsables n’y sont plus admis, les habitants les ont jetés dehors. Et bien sûr, il y a l’occupation israélienne, et l'armée qui essaie sans cesse de soumettre le camp et de briser la résistance de ses habitants par des incursions régulières. »  

Dans les rues d'Aïda, samedi 26 juilllet © Pierre Puchot Dans les rues d'Aïda, samedi 26 juilllet © Pierre Puchot

Cette politique israélienne de harcèlement n'est pas sans lien avec les manifestations qui ont eu lieu le week-end passé. Se trouverait-on à la veille d’une troisième intifada, comme nombre de commentateurs internationaux se sont empressés de l'annoncer dès le premier soir des affrontements, jeudi dernier ? Pas encore, nous dit Nidal : « C’est une réaction, en solidarité avec la guerre de Gaza. La troisième intifada, ce n’est pas encore pour aujourd'hui. La seconde nous a coûté tellement cher… et puis, il n’y a plus les réseaux militants, la Cisjordanie, ce n’est pas Gaza, le Hamas et le Djihad islamique sont petits ici, et le Fatah, lié à l’Autorité palestinienne, corrompu comme elle, est complètement discrédité. Ce sont surtout des jeunes qui manifestent dans une réaction spontanée. » Sur les toits du camp d'Aïda, des dizaines de drapeaux ont ainsi été disposés en signe de deuil pour les morts de Gaza.

Nidal décrit cependant une génération, celle qui a été arrêtée « 4, 5 fois » depuis la construction du mur, des adolescents devenus aujourd’hui de jeunes adultes. Eux, contrairement à leurs aînés, ont perdu tout espoir de voir la création d'un État palestinien, comme Nadir, croisé au détour d’une rue du camp. « L’État palestinien, on ne l’aura jamais, c’est du vent, du papier, des discussions sans fin, explique-t-il. La génération de mes parents a pu y croire. Mais pas nous. »

Au Lajee center, Nidal et Salah, le directeur, ont le même avis sur la fin de la solution à deux États. « Regardez autour de vous, soupire Nidal. Il ne nous reste que 11 % de la Palestine historique. Et encore, pas d’un seul tenant. De Bethléem à Ramallah, il y a tant de colonies et de colons israéliens, de routes et de check points… Il serait naïf de penser qu’Israël va se retirer des colonies, et détruire ce mur pour le ramener à la ligne verte. La solution à deux États est morte, Israël l’a rendue impossible en colonisant la terre. L’État palestinien, c’est une fiction. La seule solution, c’est la solution à un État, la seule à même de faire abandonner aux Israéliens leur vision biblique de la Palestine et de leur faire rejeter la vision de l’extrême droite, qui est aujourd’hui au pouvoir. »

Le porte par laquelle l'armée israélienne fait irruption dans le camp d'Aïda © Pierre Puchot Le porte par laquelle l'armée israélienne fait irruption dans le camp d'Aïda © Pierre Puchot

« La solution à un État est la seule qui a encore un avenir, estime pour sa part le directeur du centre. Mais pas l’État que veut Israël, qui souhaite nous dominer et continuer de nous soumettre au sein d’un "État juif" tel qu’il est conçu aujourd’hui par la Loi fondamentale et les textes officiels. Nous voulons un État pluriconfessionnel, où chaque Palestinien pourrait vivre en paix, sur sa terre. Et si ma maison en Israël existe encore, je veux y retourner. C’est mon droit, cet État unique devra me le permettre. »

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