De notre envoyée spéciale à Florence. Il avait vingt ans à peine. Il est arrivé au cours d'une de ces réunions interminables de la gauche italienne qui tentait de se reconstruire, dans la petite ville de Toscane où il résidait alors, Pontassieve. C'était l'époque de l'Olivier, après la chute du Parti communiste italien (PCI) et l'effondrement de la Démocratie chrétienne (DC). Plusieurs partis issus de l'un et de l'autre tentent de bâtir une coalition. Il faut abandonner la référence marxiste, accepter le rapprochement avec le monde catholique… Pour les anciens résistants, qui ont toujours voté communiste dans cette Toscane rouge, la pilule est dure à avaler.

Dans cette région, l'aile gauche est restée majoritaire, et l'alliance avec la DC a longtemps été perçue comme inconcevable. Matteo Renzi, alors affilié au Parti populaire italien (PPI), issu de la démocratie chrétienne, n'a pas parlé tout de suite. Il a pris le temps d'attendre… quelques minutes. Quand il a pris la parole, les militants de gauche ont senti le vent tourner. Cela ne sert à rien de parler encore une fois de programme, s'exclame-t-il brusquement, il faut discuter de la répartition des sièges, la mairie doit revenir au PPI !

Giuliana Laschi, qui raconte l'épisode, est historienne. À l'époque, à la suite d'un travail de recherche mené auprès des agriculteurs de la région, elle avait rejoint les cercles militants de la gauche locale. Mais elle ne s'est jamais sentie à l'aise avec ce rapprochement des deux branches historiques de la politique italienne, et encore moins depuis l'arrivée de Matteo Renzi. « Parce qu'il avait cette capacité de leadership, acquise pendant ses années passées chez les scouts, il a aussitôt été poussé par la section locale du PPI. C'est le soutien de sa section qui a été le premier élément déclencheur. »

Cette façon de parler tactique avant toute chose, d'écarter la discussion de fond, est une constante dans le parcours de Matteo Renzi. Devenu secrétaire de sa section en quelques mois, il rejoue la scène au moment des négociations pour la présidence de la province de Florence – l'équivalent du département français –, et remporte la mise : c'est un candidat issu du PPI qui briguera le poste pour l'ensemble de la coalition, après un chantage posé par le jeune intrigant qui menace de retirer le soutien de sa formation s'il n'obtient pas gain de cause.

« Pendant ses premières années en politique, l'objectif de Matteo Renzi sera d'obtenir le plus possible de postes pour les gens issus de son parti », raconte Simone Siliani, issu lui des rangs du PDS – l'héritier direct du parti communiste – et aujourd'hui conseiller culturel à la présidence de la région. Autrement dit : inverser le rapport de force entre une aile gauche, majoritaire en Toscane, et une aile démocrate-chrétienne, jusque-là minoritaire. Très vite, le jeune ambitieux parvient à ses fins, et c'est à lui qu'échoit, en toute logique, la présidence de la province. Il a alors 29 ans.

Le siège de la province de Florence, ancienne résidence des Médicis : le premier poste de Matteo Renzi © Amélie Poinssot Le siège de la province de Florence, ancienne résidence des Médicis : le premier poste de Matteo Renzi © Amélie Poinssot

Cinq ans plus tard en 2009, tandis que les alliances se sont désormais figées au niveau national au sein d'un nouveau parti, le Parti démocrate (PD), l'aile gauche résiste encore en Toscane, et continue de ne pas accorder son crédit au jeune impétrant. Lors des primaires – ouvertes à tous les électeurs en Italie – pour désigner le candidat du PD à la mairie de Florence, Matteo Renzi se présente ainsi contre l'avis de sa direction qui soutenait d'autres candidats, suivant un accord au sein du parti qui voulait que la mairie soit réservée à un ex-communiste face à la province accordée à l'aile démocrate-chrétienne.

« Si je n'obtiens pas le minimum nécessaire de 40 %, je me retire de la politique ! », menace-t-il alors, comme il a lancé à son arrivée au palais Chigi qu'il quitterait la présidence du conseil si son parti ne remportait pas un succès aux européennes… Défi relevé face à d'anciens communistes en perdition, déconnectés de leur électorat, puis élection réussie dans cette Florence qui a toujours voté à gauche.