Matteo Renzi, l'ascension fulgurante d'un tacticien (1/2)

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Un remarquable instinct politique

Dès lors, le personnage est posé : Renzi est un tacticien, quelqu'un qui se lance des défis, se fixe des échéances, pose une forme de plébiscite à chaque tournant, parvient à retourner une situation qui ne lui est pas favorable. « C'est une démarche qui relève du décisionnisme, un courant de pensée qui certes peut s'avérer très dangereux. Mais le fonctionnement interne au parti démocratique était-il plus démocratique ? Assurément non », estime l'historienne florentine Ariane Landuyt.

« À chaque fois qu'il y a un obstacle, Renzi fonce dessus. C'est un homme qui a besoin de défis à relever et qui va systématiquement mettre une grosse mise dans la balance, c'est sa manière de fonctionner », explique Simone Siliani, qui a côtoyé Matteo Renzi quand ce dernier dirigeait la province : le premier était alors adjoint à la culture à la mairie.

L'hôtel de ville de Florence, le Palazzio Vecchio: le deuxième poste de Matteo Renzi © Amélie Poinssot L'hôtel de ville de Florence, le Palazzio Vecchio: le deuxième poste de Matteo Renzi © Amélie Poinssot

Cette ambition, accompagnée d'une foi fervente, est constitutive du personnage. Mais ses adversaires le reconnaissent autant que ses admirateurs : Matteo Renzi est aussi doté d'un remarquable instinct politique et d'une capacité de persuasion hors du commun. Ce n'est pas un théoricien, c'est un homme qui sent les choses. « Il a senti l'extrême lassitude de l'électorat face à une gauche toscane usée par le pouvoir, sans idées, incapable de se renouveler, coincée dans un appareil qui détenait toutes les positions de pouvoir à Florence », raconte Pietro Iozzelli, qui a dirigé l'édition florentine de La Repubblica tout au long de l'ascension de Renzi. « Libérée de la vieille structure du parti, il pouvait dire ce qu'il voulait. »

L'histoire de cette ascension, c'est aussi l'histoire d'une génération qui n'était pas représentée dans le système politique italien ; avec Matteo Renzi, les jeunes générations sont soudain appelées à jouer un rôle : « tocca a noi » – « c'est notre tour », martèle-t-il dans les meetings. Lui-même se pose comme le candidat anti-appareil, le « démolisseur » : il est le « Rottamatore » – mot à mot celui qui envoie les carcasses de voitures à la casse.

Beaucoup, pourtant issus de l'aile gauche du PD, se rallient à lui sur cette question générationnelle. Les autres sont progressivement écartés : à la tête de la province puis de la mairie de Florence, Matteo Renzi favorise la progression des jeunes têtes, conformément à son slogan de campagne qu'il avait placardé dans tout Florence pour conquérir l'hôtel de ville, le Palazzio Vecchio : « Vive la jeunesse au vieux palais ! » Aujourd'hui, les voix dissidentes se font plus rares, plus timides. Elles ont vu la majorité du PD de Toscane « montare sul carro del vincitore », comme il se dit à Florence, autrement dit monter sur le chariot du vainqueur…

Dario Nardella, le nouveau maire de Florence, reçoit dans la salle Clément VII du Palazzio Vecchio © Amélie Poinssot Dario Nardella, le nouveau maire de Florence, reçoit dans la salle Clément VII du Palazzio Vecchio © Amélie Poinssot

Au Palazzo Vecchio, au milieu des fresques de la salle Clément VII qui racontent l'alliance du pape et des diplomaties française et allemande avec les Médicis pour reconquérir Florence au XVIe siècle, Dario Nardella reçoit avec force amabilités. Le dauphin de Matteo Renzi, élu à sa suite à la mairie, a le visage tout aussi juvénile que lui. De dix mois son cadet, il fut l'un des premiers à rejoindre l'étoile montante de la Toscane alors qu'il venait, lui, de l'aile gauche du PD.

« Je me suis reconnu dans cette volonté de renouveler les générations, de conquérir Florence contre le vieil appareil du parti », assure celui qui a d'abord exercé pendant cinq ans la fonction d'adjoint à Matteo Renzi. Les divergences entre les deux ADN du parti, dès lors, sont apparues toutes relatives. « Notre vocation est d'être un parti majoritaire, il fallait donc unir nos forces, et Matteo me semblait être la parfaite synthèse entre les positions réformatrices de gauche et les reformes libérales », ajoute ce Renziano de la première heure, élu à la mairie de Florence avec 59 % des voix le 25 mai dernier. Maintenant aux manettes, Dario Nardella dit avoir beaucoup appris au contact de son mentor : « J'ai découvert avec Matteo la détermination quand il faut prendre une décision, la facilité du contact avec les gens, mais aussi l'importance de la communication dans l'action politique institutionnelle. »

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Toutes les personnes citées dans cet article ont été rencontrées à Florence, entre le 7 et le 11 juillet 2014.