Moscou déploie des missiles en Crimée, Poutine accuse Kiev

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La Russie a annoncé mercredi le prochain déploiement de nouveaux missiles antiaériens S-400 dans la péninsule de Crimée alors que les tensions avec l'Ukraine sont remontées d'un cran depuis l'arraisonnement de trois navires ukrainiens par la marine russe ce week-end dans le détroit de Kertch.
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MOSCOU/KERTCH, Crimée (Reuters) - La Russie a annoncé mercredi le prochain déploiement de nouveaux missiles antiaériens S-400 dans la péninsule de Crimée alors que les tensions avec l'Ukraine sont remontées d'un cran depuis l'arraisonnement de trois navires ukrainiens par la marine russe ce week-end dans le détroit de Kertch.

Le président russe Vladimir Poutine a accusé mercredi son homologue ukrainien Petro Porochenko d'avoir organisé cette "provocation" dans l'espoir de faire remonter sa cote de popularité avant l'élection présidentielle du printemps prochain, pour laquelle les sondages le donnent perdant.

"C'était sans aucun doute une provocation", a déclaré Poutine pendant une conférence économique à Moscou.

"Elle a été organisée par le président (Porochenko) avant les élections. Le président est cinquième dans les sondages et il devait donc faire quelque chose. Cela a servi de prétexte pour imposer la loi martiale", a poursuivi le président russe, dont c'était la première intervention publique sur le sujet.

Après l'arraisonnement des bateaux et la capture de leurs 24 membres d'équipage, l'Ukraine a imposé pour 30 jours, à compter de mercredi, la loi martiale dans les zones du pays considérées comme les plus vulnérables à une invasion russe.

Les Etats-Unis ont de leur côté appelé les Européens à imposer de nouvelles sanctions à la Russie.

Dénonçant une "agression" russe, Donald Trump avait déjà dit mardi envisager d'annuler la rencontre prévue avec Vladimir Poutine en marge du sommet du G20, qui se tiendra en fin de semaine à Buenos Aires.

Les dirigeants ukrainiens attisent les sentiments antirusses des Occidentaux pour faire oublier leur propres manquements, a accusé mercredi le président russe.

Vladimir Poutine, dont la popularité est aussi en baisse en raison notamment d'une réforme du système de retraites contestée, s'exprimait après l'annonce du déploiement de nouveaux missiles S-400 en Crimée.

Ces systèmes sol-air seront opérationnels d'ici la fin de l'année, a précisé un porte-parole de l'armée russe cité par les agences de presse locales.

LES MARINS EN DÉTENTION PROVISOIRE

Un correspondant de Reuters en Crimée a aussi vu un démineur de la marine russe, le Vice-Amiral Zakharine, se diriger vers la mer d'Azov, dont la Russie et l'Ukraine se partagent l'usage.

La Russie a constamment renforcé son dispositif militaire en Crimée depuis qu'elle a annexé la péninsule ukrainienne en 2014.

Trois bataillons de S-400 sont déjà déployés en Crimée, ce qui donne à la Russie le contrôle du ciel au-dessus d'une grande partie de la mer Noire. Les missiles ont une portée de 400 km.

Le déploiement des nouveaux missiles était probablement prévu de longue date mais la décision de Moscou de le rendre public apparaît comme un avertissement adressé à la fois à Kiev et aux pays occidentaux.

La Russie envoie aussi des signaux de fermeté à propos du sort des marins ukrainiens capturés ce week-end.

Un tribunal de Simferopol, en Crimée, a ordonné mardi le placement en détention pour deux mois de 15 d'entre eux en attendant un éventuel procès. Les neuf autres devaient comparaître ce mercredi devant la justice.

Les marins ukrainiens risquent jusqu'à six ans de prison pour être entrés illégalement dans les eaux territoriales russes, selon Moscou, et avoir refusé d'obtempérer aux ordres de la marine russe.

Kiev objecte que le détroit de Kertch est la seule voie navigable entre la mer d'Azov et la mer Noire et que ses navires ont donc le droit de l'emprunter sans demander l'autorisation de la Russie.

Les tensions avec la Russie et la loi martiale décrétée en Ukraine n'affectent pas pour le moment les exportations de céréales au départ des ports ukrainiens de la mer d'Azov, a déclaré mercredi à Reuters le ministre ukrainien de l'Agriculture.

Si cela devait se produire, les chargements seraient envoyés vers les ports de la mer Noire, a ajouté Maxime Martiniouk.

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