Les quatre crises de la social-démocratie européenne

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2. La social-démocratie prise au piège européen

 

Gerassimos Moschonas est professeur de sciences politiques à l'Université Panteion d'Athènes et à l'Université libre de Bruxelles. Il estime que «la construction européenne a fait figure de renouveau programmatique pour une social-démocratie arrivée à court d'idées au tournant des années 1990, lui permettant de s'ouvrir aux idées libérales, au multiculturalisme et d'affirmer une posture pro-européenne». Mais elle est aujourd'hui «victime d'une structure qu'elle a elle-même encouragée et qui lui pose un redoutable problème d'organisation».

 

Selon lui, les institutions européennes sont aujourd'hui «un système de pouvoir fragmenté sans coordinateur partisan, qui agit comme une entité conservatrice qui protège ses éléments constituants [les Etats] et empêche la production d'entrepreneurs politiques créatifs».

 

Or, la social-démocratie européenne «est directement responsable de cette situation, car c'est elle qui a négocié et géré ces institutions à gauche. Ce ne sont ni les Verts ni l'extrême gauche. Les sociaux-démocrates se retrouvent aujourd'hui coincés, car ils ne peuvent ignorer l'Union européenne sans renier ses fondements, se réfugiant du coup dans la rhétorique creuse de l'Europe sociale».

 

Cette «paralysie politique» est accentuée selon Moschonas par la faiblesse de l'harmonisation politique des différents mouvements socio-démocrates: «Si le rôle de l'Europarti se renforce lentement, son influence est surtout "backdoor", efficace dans les coulisses. Et il reste cantonné à un rôle de discussions, voire d'agence de voyages.» Il émet enfin l'hypothèse d'une division forte des différents partis socialistes européens. «La fragmentation du pouvoir institutionnel européen encourage la dérégulation des gauches».

 

Alors que «la possibilité des différentes voies nationales pour parvenir au socialisme n'est plus possible», Moschonas fait le constat d'un pouvoir empêché par les contraintes institutionnelles. «Toutes les réformes lourdes seraient empêchées par l'absence de consensus à l'intérieur même de la social-démocratie. En 1997, douze pays sur quinze n'ont rien pu faire avancer et aujourd'hui, il y a beaucoup de positions divergentes sur la Pac ou sur les moyens d'une Europe sociale, entre la gauche anglaise, scandinave ou française.»

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Pris par l'actualité socialiste, je n'ai hélas pu assister à la première journée du colloque. Ce compte rendu se veut donc un modeste aperçu dans l'instant des débats théoriques qui peuvent animer le champ universitaire sur la question de la social-démocratie. Je remercie John Crowley, directeur du CIR, et George Papanagnou pour leur accueil.