Le Parlement européen monte le ton face à Thierry Mariani

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Un collectif d’eurodéputés a interdit à Thierry Mariani, habitué des déplacements en Russie ou en Syrie, de participer à des missions électorales à l’étranger d’ici à la fin de l’année. Dix autres élus sont épinglés.

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Cinq eurodéputés du Rassemblement national (RN), dont Thierry Mariani, ont été sanctionnés par leurs pairs pour avoir participé à de fausses missions d’observation électorale au cours de leur mandat débuté en 2019. La décision, révélée lundi par le site spécialisé EUObserver, a été prise le 18 juin par un collectif d’une quinzaine d’eurodéputés spécialisés dans les affaires étrangères et les relations internationales (un groupe peu connu auquel appartient, d’ailleurs, Thierry Mariani).

Cette sanction reste modeste : le candidat défait du RN en Provence-Alpes-Côte d’Azur, tout comme ses collègues Virigine Joron, Hervé Juvin, Jean-Lin Lacapelle et Philippe Olivier, ne pourra plus participer aux missions officielles d’observation, prévues par l’UE, d’ici la fin d'année. « Le Parlement européen est une institution de plus en plus totalitaire qui n’accepte pas que l’on ne partage pas l’opinion de la majorité », a réagi Mariani, qui parle d’une « sanction politique » : « La décision qui a été prise revient à nous exclure de missions auxquelles nous n’étions de toute façon jamais associés. »

Mariani a annoncé déposer un recours, réclamant d’être auditionné par le groupe d’élus en question, surnommé le « DEG » (pour « Democracy support and Election coordination Group »). Il est épinglé pour avoir participé à deux missions d’observation officieuses, l’une menée en juillet 2020 en Crimée, territoire annexé par la Russie, l’autre au Kazakhstan lors des élections de janvier 2021. À chaque fois à l’invitation des autorités locales. Il se trouve ainsi accusé de légitimer des processus électoraux douteux, dans des régimes autoritaires ou dictatoriaux, en mettant en avant son mandat d’eurodéputé.

Thierry Mariani lors d'un déplacement en Crimée, à Simferopol, le 14 mars 2019. (AFP) Thierry Mariani lors d'un déplacement en Crimée, à Simferopol, le 14 mars 2019. (AFP)

Ces opérations n’ont rien à voir avec les 12 missions électorales officielles que réalise, chaque année, l’UE. Celles-ci sont dirigées par un·e eurodéputé·e, désigné·e par l’actuel chef de la diplomatie, le social-démocrate espagnol Josep Borrell. Pour chaque mission, le Parlement envoie en parallèle des délégations de sept élus (issus de plusieurs partis). L’ensemble est financé par l’UE. C’est à ces missions officielles que Mariani et quatre autres élus RN ne pourront plus participer d’ici à la fin de l’année. À lui seul, le Parlement européen dépense environ 45 millions chaque année pour ces missions.

Le Rassemblement national n’est pas le seul mis en cause. En tout, onze eurodéputés ont été ou sanctionnés, ou avertis. Deux élus irlandais, Clare Daly et Mick Wallace, ou encore l’Espagnol Manu Pineda (Gauche unie, proche de Podemos), écopent de sanctions pour leurs déplacements en Équateur et au Venezuela. Le conservateur italien Fulvio Martusciello, membre du PPE (le premier groupe de l’hémicycle par le nombre d’élus) et présenté comme un ami de Silvio Berlusconi, a, lui, reçu un avertissement, tout comme la Française Leïla Chaibi (LFI).

Cette dernière s’est rendue en avril 2021 en Équateur, lors de la tenue du second tour de la présidentielle. Leïla Chaibi a reconnu une erreur dans l’un des tweets qu’elle a écrits durant ce déplacement, laissant entendre qu’elle était envoyée sur place dans le cadre d’une mission officielle du Parlement européen. Pour le reste, jointe par Mediapart, elle réfute tout autre chef d’accusation, assurant que ses pratiques n’ont rien à voir avec celles de certains élus RN. Elle dit s’être rendue en Équateur sur ses frais d’eurodéputée, accréditée par le comité national électoral, et affirme avoir exercé cette mission « de manière impartiale, indépendante et transparente ».

En juin 2020, Mediapart avait révélé la nomination de Thierry Mariani au sein d’une ONG bruxelloise censée contrer l’influence de Moscou dans les pays d’Europe de l’Est membres de l’UE. Ce rôle à contre-emploi avait suscité une vive polémique, qui avait finalement incité l’ancien ministre à démissionner.

Le rôle de Tamara Volokhova, à ses côtés, intrigue. D’abord attachée parlementaire de l’eurodéputé FN Aymeric Chauprade, cette ancienne mannequin est connue pour sa grande proximité avec le pouvoir russe. En tant que conseillère politique, désormais, du groupe d’extrême droite Europe des nations et des libertés, elle a un accès privilégié aux travaux de différentes commissions au sein du Parlement européen.

Le Parlement européen continue de chercher la stratégie efficace pour contrer l’emprise de Moscou et d’autres régimes autoritaires sur certains de ses députés. Il est peu probable qu’une interdiction de mission, pour quelques mois, suffise à changer la donne. Ses partisans veulent toutefois croire que cette tactique du « name and shame » - montrer du doigt les élus aux comportements problématiques – portera ses fruits.

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