Climat: La conférence de Katowice minée par les tensions géopolitiques

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Jugée pourtant cruciale dans la lutte contre le dérèglement climatique, la conférence de Katowice qui s'ouvre dimanche en Pologne est minée par les divisions internes à l'Europe et les tensions entre la Chine et les Etats-Unis.
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LONDRES (Reuters) - Jugée pourtant cruciale dans la lutte contre le dérèglement climatique, la conférence de Katowice qui s'ouvre dimanche en Pologne est minée par les divisions internes à l'Europe et les tensions entre la Chine et les Etats-Unis.

Cette "COP24", 24e conférence des parties signataires de la Convention-cadre de l'Onu sur le changement climatique (CCNUCC), doit permettre de définir des règles précises d'application de l'Accord de Paris de 2015 sur le climat dont les Etats-Unis de Donald Trump se sont retirés.

Aux dires mêmes du pays hôte, il faudrait un miracle pour que cette réunion soit couronnée de succès, alors que le temps presse, l'Accord de Paris devant succéder au Protocole de Kyoto en 2020.

L'objectif affiché par l'Accord de Paris est de réduire le recours aux énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre pour contenir la hausse des températures "nettement en dessous de 2°C" par rapport aux niveaux préindustriels et de s'efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C.

A l'approche de la conférence, de multiples signaux d'alerte ont été émis par la communauté scientifique. Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) a prévenu en octobre que les températures moyennes à la surface du globe progresseront probablement de 1,5°C entre 2030 et 2052 sans mesures rapides et sans précédent pour l'enrayer.

Dans une première ébauche - publiée jeudi - de sa Déclaration sur l'état du climat mondial en 2018, l'Organisation météorologique mondiale (OMM), estime qu'en l'état, la température risque d'augmenter de 3 à 5°C d'ici à la fin du siècle.

"Si nous exploitons la totalité des ressources connues en combustibles fossiles, la hausse de la température sera nettement plus importante", ajoute l'agence des Nations unies.

En dépit de ces appels pressants, l'Union européenne aborde le rendez-vous de Katowice en ordre dispersé et les tensions commerciales entre Pékin et Washington rendent le casse-tête encore plus complexe.

"UNE VOLONTÉ DE COMPROMIS"

"Seul un miracle permettra d'aboutir à un succès", a déclaré le mois dernier le président de la conférence, l'ancien vice-ministre polonais de l'Energie Michal Kurtyka, tout en ajoutant que les miracles sont une "spécialité polonaise".

"Sans aucun doute, la situation géopolitique en 2015 était beaucoup plus simple qu'elle ne l'est aujourd'hui. Cependant, en ayant discuté avec le monde entier, je pense qu'il existe une volonté de parvenir à un compromis à Katowice", a-t-il encore observé au début du mois.

Le commissaire européen au Climat et à l'Energie, Miguel Arias Cañete, souhaite que l'Union montre l'exemple en Pologne en se fixant pour objectif de présenter d'ici 2050 un bilan neutre lui permettant d'absorber autant de gaz à effet de serre qu'elle en émet.

Selon le Giec, tenir les 1,5°C requerrait que les émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone d'origine humaine chutent de 45% environ en 2030 par rapport à 2010, un objectif de baisse repris à son compte par Miguel Arias Cañete mais jugé trop ambitieux par la chancelière allemande Angela Merkel.

En France, pays hôte de la COP21, les émissions ont augmenté trois années de suite alors même qu'elles sont censées décroître graduellement.

Les Etats-Unis de Donald Trump ont certes dénoncé l'Accord de Paris mais gardent un siège à la table des négociations jusqu'à leur retrait formel du traité, en novembre 2020 au plus tôt. Ils pourraient utiliser cette présence pour faire pression sur la Chine dans le cadre de leur différend commercial.

L'ancien conseiller de Donald Trump sur le climat et l'énergie, George David Banks, a prévenu que Washington s'emploierait à "corriger autant que possible les nombreuses failles de cet accord".

La délégation américaine entend également promouvoir les énergies fossiles et nucléaire lors de la conférence, une stratégie déjà déployée l'an dernier qui avait rendu furieuses les ONG.

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