«Mémoires d’un condamné», retour sur l’affaire Dreyfus du syndicalisme

Par Images en Bibliothèques & Mediapart

« Le 25 novembre 1910, la Cour d’assise de Seine-Inférieure déclare Jules Durand coupable de complicité d’assassinat et ordonne qu’il ait la tête tranchée sur la place publique. » Jules Durand, docker et dirigeant syndical, est condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, « un des cas les plus violents de la justice de classe que l’on puisse imaginer », écrira Jean Jaurès. La réalisatrice Sylvestre Meinzer est retournée au Havre, sur les traces de cette histoire oubliée.

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Bonjour,

À ce sujet, il y a eu le livre (pièce de théâtre si je me souviens bien) "Boulevard Durand", d'Armand Salacrou, paru en 1960 chez Gallimard.

L.

Bonjour Louis Vidonne

Il me semble que l'on voit une des représentations, avec la fille de Jules Durand dans le public, dans le documentaire.

Cordialement

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Le 31 août 2016, deux dockers syndicalistes de la CGT au Havre ont été arrêtés suite aux heurts lors de la manifestation parisienne contre "la Loi-Travail" du 14 juin 2016. J’avais alors rappelé dans un billet intitulé (à lire ici) : Quand les syndicalistes sont criminalisés l’affaire Jules Durand.  Je concluais ainsi « Un boulevard porte son nom au Havre ».

A l’époque de ce billet, Edouard Philippe était maire du Havre et pas encore Premier Ministre. Espérons qu’il ne débaptisera pas ce boulevard.

Merci de nous informer pour l’existence de ce film, rappel historique d’un drame où la justice est une justice de classe.

Désolé pour l'inscription en gras de mon commentaire, je n'ai rien compris à cette mise en forme que je ne souhaitais pas et qui n'est pas dans mes habitudes !

Ce commentaire a été dépublié par la rédaction de Mediapart.
Ce commentaire a été dépublié par la rédaction de Mediapart.

Qu'est-ce que cela signifie ? J'ai fait un seul commentaire au tout début, pourquoi ces deux reprises prétendument dépubliées ?

L.

Ce que le syndicalisme n'aurait jamais dû cesser d'être. Aujourd'hui il ne fait plus recette et pour cause. Pour ne pas disparaitre totalement il se borne, dans les administrations du moins, à défendre les petites carrières des individus au détriment de la défense de l'intérêt général. Aux Affaires étrangères par exemple, on me rapporte que point de salut hors la CFDT. Paradoxalement, ce sont souvent les agents non syndiqués qui font grève quand les CFDTistes regardent à deux fois avant de perdre une journée de salaire. Il ne faut plus chercher les vrais militants dans les syndicats. Misère....

Vous regrettez le temps où les syndicats tabassaient à mort ceux qui ne suivaient pas leur ligne?

vous avez des exemples vérifiables, à ma connaissance, la violence à toujours été du fait des patrons , moi je peux vous citer des faits, en 1977,pierre MAITRE, ouvrier aux verreries champenoises, abattu par les nervis du patronat, à savoir le pseudo syndicat CFT, qui ensuite est devenu  la CSL.

Je vais le visionner ce we avec une extrême attention. Merci de l'avoir mis en accès libre.

Une excellente réalisation, au montage intelligent, fluide et pédagogue. Bravo et merci ! Szilvi

 

Merci.

MERCI !!!

un nom oublié; les patrons et leur sbires n'ont pas hésité,dans une moindre mesure les patrons continuent et c'est pour cette raison que les gens ne veulent pas se syndiqué et trouvent de grosses excuses  

L’assimilation à Dreyfus est excessive:il suffit de lire l’arrêt de la chambre criminelle mettant fin à la procédure pour se convaincre que le rôle exactement tenu par Durand dans la genèse de l’assassinat demeure incertain . En fait,on est en présence d’une application de la présomption d’innocence qui a vocation avant tout à guider la décision en cas d’éléments d’appréciation contradictoires (« la preuve de la culpabilité n’est pas rapportée »...On est loin de l’innocence certaine de Dreyfus).Pour le reste,nous sommes dans l’idéologie « grévistes contre patrons »qui a toujours fait très mauvais ménage avec la justice .

Arrêt de la Cour de Cassation
15 juin 1918

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le 15 juin 1918

La Cour de Cassation a rendu l'arrêt suivant :

Sur le réquisitoire du Procureur Général prés la Cour de Cassation, l’ordre du Garde des Sceaux, tendant à la révision d’un arrêt rendu le 25 novembre 1910 par la Cour d’Assises de Seine-Inférieure, qui a condamné le Sieur DURAND Jules à la peine de mort.

La Cour,

Ouï en l’audience publique du 16 juin 1918 Monsieur le Conseiller Petitier, en son rapport, Monsieur l’avocat général Delrieu, en ses conclusions, et Maître Mornard, avocat à la Cour, en ses observations ;

Vu l’arrêt du 9 août 1912 par lequel la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation, saisie d’une demande en révision de la condamnation à la peine de mort, prononcée contre Durand Jules le 25 novembre 1910, pour complicité d’assassinat, par la Cour d’Assises de la Seine-Inférieure, a, au vu des résultats d’une première instruction supplémentaire, cassé et annulé la dite condamnation, les débats l’ayant précédée, ensemble la déclaration du jury, ordonné qu’il serait procédé à de nouveaux débats oraux sur les faits retenus par cette déclaration à la charge de Durand, mais a dit qu’il serait sursis à la désignation de la juridiction de renvoi, l’action publique ne pouvant être exercée à cette époque contre Durand qui avait été interné, postérieurement à sa condamnation dans un établissement d’aliénés.

Vu l’arrêt de la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation en date du 8 février 1914 ;

Vu la loi du 19 juillet 1917, complétant l’article 445 du Code d’instruction criminelle ;

Vu le certificat délivré le 25 janvier 1918 par le directeur médecin en chef de l’asile public d’aliénés des Quatre-Mares duquel il appert que Durand est dans un état de stupeur chronique avec crises d’impulsivité violentes par intervalles, qu’aucune amélioration ne s’est manifestée dans son état et que l’affection dont il est atteint doit être considérée comme n’étant pas susceptible de guérison ;

Vu l’arrêt du 28 février 1918 par lequel la Chambre Criminelle a rapporté la disposition de l’arrêt du 9 août 1912 ordonnant l’ouverture de nouveaux débats oraux devant une juridiction de renvoi devant être désignée plus tard et a ordonné qu’il serait procédé à une nouvelle instruction supplémentaire ;

Vu les pièces de la dite instruction ;

Vu les réquisitions de Monsieur le Procureur Général en date du 23 novembre 1917 ;

Vu les conclusions écrites déposées le 8 juin 1918 par Maître Mornard pour Durand, interné à l’Asile des Quatre-Mares, aliéné non interdit, représenté par Maître Gaston Saas, avoué près le tribunal civil de Rouen, désigné comme mandataire ad litem par jugement du tribunal civil de Rouen en date du 4 mars 1918 ;

Après en avoir délibéré en la Chambre du Conseil ;
En ce qui touche en l’état de la procédure ; Attendu que les résultats des instructions supplémentaires ordonnées par la Cour suffisent pour lui permettre de statuer au fond conformément aux prescriptions de la loi du 19 juillet 1917.

AU FOND.

Attendu que Durand, ouvrier charbonnier au Havre a été condamné à la peine de mort pour s’être rendu complice de provocation de l’homicide volontairement commis le 9 septembre 1910, au Havre, sur la personne de Dongé Pierre Louis, ouvrier charbonnier, par Mathieu, Lefrançois et Couillandre, également ouvriers charbonniers, condamnés par le même arrêt, le premier à quinze ans de travaux forcés pour assassinat, les deux autres à la même peine pour meurtre ;

Attendu qu’il résulte de l’arrêt de renvoi et de l’acte d’accusation que Dongé qui travaillait au service du charbonnage de la Compagnie Transatlantique a été tué au cours d’une grève des ouvriers charbonniers du Havre ; qu’il s’était attiré des animosités en reprenant le travail dés le lendemain du jour où il avait paru adhérer à la grève ; que les meurtriers auraient agi à l’instigation de Durand, secrétaire du syndicat des charbonniers, lequel aurait provoqué au crime en déclarant dans plusieurs réunions de grévistes qu’il fallait se séparer de Dongé, le supprimer, le faire disparaître, en proposant aux assemblées et en faisant voter la mort de cet ouvrier, enfin en désignant une vingtaine de grévistes chargés de rechercher et de châtier les renégats et particulièrement Dongé ;

Attendu que les charges relevées contre Durand résultaient des déclarations de douze ouvriers de la Compagnie Transatlantique qui après avoir, pendant quelques jours, abandonné le travail et fréquenté les réunions, sont rentrés au chantier avant la fin de la grève et le meurtre de Dongé, et ont rapporté dans l’instruction les propos que Durand aurait tenu dans ces réunions ; qu’il importe toutefois de remarquer que cinq de ces témoins , Morin, Deseindre, Nedelec, Hervé et Dumont n’ont déposé dans l’instruction supplémentaire que Durand avait proféré des paroles de mort, qu’ils ont déclaré seulement qu’il avait conseillé de donner à Dongé une bonne correction, qu’ Hervé, qui a déposé dans l’instruction que Durand avait dit, non de tuer Dongé mais de le laisser sur place, s’est rétracté complètement dans l’instruction supplémentaire, et a affirmé que Durand n’avait, à sa connaissance, conseillé aucun acte de violence, que X, Leprêtre, Paquentin, Morisse, Clidière et Argentin ont déposé au contraire que Durand avait proposé et fait voter la mort de Dongé, mais que Upffler s’est rétracté et affirme maintenant que le mot mort n’a pas été prononcé, que Durand s’est borné à dire qu’il fallait supprimer les renégats et leur donner une bonne correction, à ce qu’ils s’en souvinssent ; qu’on ne saurait faire état des témoignages de Leprêtre et Paquentin dont l’autorité a été gravement atteinte par la révélation des circonstances énoncées dans l’arrêt précité du 9 août 1912, que Sorieul, Clivière et Argentin persistent, il est vrai, à accuser Durand, mais que tous les trois ont varié dans leurs dépositions successives et lui prêtent des propos différents, qu’il est constant que les mots que relate Upffler : « Il faut supprimer les renégats » ou la variante « il faut s’en séparer, les faire disparaitre » rapportés par d’autres auditeurs ont été prononcée par Durand , mais que les interprétations différentes données par les témoins à ces paroles ne permettent pas d’affirmer que Durand ait entendu proposer sous des termes voilés le meurtre de Dongé ;

Attendu, d’autre part, que s’il est certain que Durand a chargé une vingtaine de grévistes de parcourir les quais, de surveiller les chantiers et de quêter au profit du syndicat, que si Sorieul, Dumont, Nédelec et Argentin persistent à soutenir qu’il a enjoint à ces hommes de frapper ceux qui refuseraient de se mettre en grève, Clidière, Deseindre et Hervé qui avaient fait la même déclaration, devant le juge d’instruction, se sont rétractés dans l’instruction supplémentaire, et que plus de 30 témoins ayant assisté à toutes ou à presque toutes les réunions, ont affirmé que Durand n’avait jamais conseillé d’actes de violences ;

Attendu qu’il s’en suit que la preuve de la culpabilité de Durand n’est pas rapportée ;

PAR CES MOTIFS :

Se référant au dispositif de son arrêt du 9 août 1912 par lequel elle a cassé et annulé l’arrêt de la Cour d’Assises de la Seine-Inférieure, en date du 25 novembre 1910, dans celles de ses dispositions portant condamnation du dit Durand, ensemble les débats et la déclaration du jury ;

Dit que la culpabilité de Durand n’est pas établie ;

Ordonne que le présent arrêt sera affiché à Paris, à Rouen et au Havre, qu’il sera inséré au Journal Officiel, et en outre, publié, conformément aux conclusions de Maître Mornard, dans cinq journaux, au choix du mandataire de Durand, limite toutefois au maximum de deux mille francs le montant du prix des cinq publications réunies ;

Et statuant sur les conclusions aux fins de dommages et intérêts :
Attendu que la Cour possède les éléments d’appréciation suffisants pour fixer la forme et le chiffre des réparations ;
Dit n’y a avoir lieu d’allouer à Durand des dommages et intérêts sous la forme d’un capital, mais condamne l’Etat à lui payer : 1° une pension viager de quinze cents francs, 2° une somme annuelle de six cents francs représentant la pension alimentaire dont il est tenu vis-à-vis de sa mère : la dame Veuve Durand, le paiement de cette somme devant cesser à la mort de celui-ci, ces deux pensions payables par trimestre et d’avance à compter du 8 juin 1919 ; 3° une somme de cent francs pour frais de procédure nécessité par son état de démence ;
Rejette les conclusions pour le surplus ;
Ordonne que le présent arrêt sera imprimé, qu’il sera retranscrit sur le registre de la Cour d’Assises de la Seine-Inférieure et que mention en sera faite en marge de l’arrêt rendu par ladite Cour le 25 novembre 1910 ;
Ainsi jugé et prononcé par la Cour de Cassation, Chambre Criminelle, en son audience publique du 15 juin 1918 ;
…/…

 

Merci pour avoir publié ce document important qui montre que ce Monsieur Durand n'est pas une blanche colombe. 

Adepte de l'appel à la violence contre ceux qui ne suivent pas la ligne du syndicat, son mouvement s'apparente moins au syndicalisme que je respecte qu'à une organisation criminelle. Il n'est pas prouvé qu'il ait lancé un appel au meurtre mais au moins, une "bonne correction" contre les "dissidents". On connaît la suite : un homme est mort lynché.

Finalement, ce qui est marquant dans cet événement est la violence, omniprésente chez tous les protagonistes, : celle des syndicalistes qui tabassent à mort, celle de l'état qui recourt à la peine de mort.

A méditer chez celles et ceux qui forment des appels à la violence aujourd'hui sous prétexte qu'ils seraient du bon côté. 

Je ne vois pas en quoi le rôle de Durand serait considéré comme incertain : la cour de cassation établit en 1918 que les témoignages à charge sont tous à rejeter parce qu'ils sont contredits par un grand nombre de témoignages à décharge et que certains témoins à charge se sont rétractés. D'une part. Ça devrait déjà suffire à vous convaincre.

UNE PETITE CHOSE : une cour de cassation NE STATUE PAS SUR LA CULPABILITE OU NON. Ce n'est pas son rôle : elle casse ou pas, c'est à dire qu'elle décide de la conformité ou pas d'un jugement. En ce sens, la cour de cassation n'est pas un dernier degré de jugement après appel. Elle ne peut que constater qu'un jugement a été mal rendu et le déclarer ainsi. Elle ne peut pas accueillir de nouveaux témoins, juger sur de nouveaux éléments et dire "Durand est innocent". Encore une fois : ce n'est tout simplement pas son rôle ! Donc, s'appuyer sur le passage "La culpabilité ne peut être établie" et y voir de l'ambiguïté relève de la méconnaissance si ce n'est de la mauvaise foi.

D'autre part, la machination patronale est établie et, même si les dossiers judiciaires ont été "étonnamment" égarés, nous en connaissons aujourd'hui le détail et jusqu'aux noms des cadres de la Compagnie Générale Transatlantique (aujourd'hui CMA/CGM) qui l'ont organisée. Ceux-là n'ont jamais été poursuivis suite à la disparition étrange des dossiers et à une volonté qu'on qualifiera de peu soutenue de la Justice de l'époque. Il n'y a absolument aucun doute possible sur cette machination. Et, partant, il n'y a aucun doute sur l'innocence de Durand.

Sans me permettre de prétendre que vous puissiez être de mauvaise foi,Monsieur ,je relèverai tout de même deux faiblesses dans votre argumentation.L’une au niveau de la lecture de l’arrêt,l’autre à celui de vos connaissances juridictionnelles. D’abord,la Cour n’énonce pas que les témoignages qui continuent d’incriminer Durand sont « tous à rejeter »: elle relève seulement qu’ils ne suffisent pas à établir sa culpabilité en raison des éléments de preuve contraires. Ensuite,la chambre criminelle ( cour de révision) se situe dans le cas de figure où les débats ne peuvent pas être repris devant une cour d’assises et où elle doit donc elle-même statuer au fond.Ici,elle se prononce donc sur la culpabilité,après une instruction complémentaire au cours de laquelle certains témoins se sont rétractés ,et conclut que « la culpabilité de Durand n’est pas établie ».Elle ne se situe pas dans cet arrêt dans le rôle de contrôle de régularité exercé habituellement par la Cour de cassation ( la cassation de l’arrêt de la cour d’assises a d’ailleurs été déjà prononcée par son arrêt préparatoire de 1912).
Ce commentaire a été dépublié par son auteur.
Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

Vous avez raison sur le fait que, cas exceptionnel, la cour a pu , pour cas de démence de l'accusé, "statuer sans renvoi". (je vous rappelle au passage qu'il a fallu une mobilisation sans précédent pour qu'une loi de circonstance permette simplement que cela puisse se faire) Il ne reste pas moins que nous restons dans le cadre d'une cour de cassation, pas d'un jugement "complet", qui ne peut dédire un jugement rendu que sur la base d'éléments et de procédures déjà passés et en aucun cas dans le cadre d'un jugement "complet", où la cour pourra déclarer innocent ou coupable. Elle ne peut pas, et je le répète, dire autre chose que "la culpabilité n'est pas établie".

Quant à ma formule, peut-être malheureuse (encore qu'elle me semble toujours transcrire le sentiment de la cour), "les témoignages à charge sont tous à rejeter", je me permets de vous indiquer que la cour émet de sérieux doutes (doutes qui seront étayés et qui sont aujourd'hui documentés et établis) sur leurs sincérités. Voir l'extrait "qu’on ne saurait faire état des témoignages de Leprêtre et Paquentin dont l’autorité a été gravement atteinte par la révélation des circonstances énoncées dans l’arrêt précité du 9 août 1912*, que Sorieul, Clivière et Argentin persistent, il est vrai, à accuser Durand, mais que tous les trois ont varié dans leurs dépositions successives et lui prêtent des propos différents".

Pour ce qui est de la présomption de mauvaise foi, vous m'excuserez de remarquer une lecture toute particulière des éléments que vous fournissez pour étayer votre jugement. Lecture que, oui, je soupçonne être partisane.

*l'arrêt en question établit que ces hommes ont donné témoignages sur ordre des cadres de la compagnie générale transatlantique et contre rémunération. Sans doute cela vous a-t-il échappé (?)

"Et vous, vous trouvez que c'est pareil, au fond, qu'une bagarre entre grévistes et non grévistes" : sans commenter les propos que vous m'imaginez avoir tenu, je vous rappelle qu'à l'issu de ce qui n'est, pour vous,  "qu'une bagarre", un ouvrier est mort.

La violence est la même d'où qu'elle vienne pour celui qui la subit. 

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

La comparaison avec Dreyfus est assez malvenue.
Dreyfus était probablement innocent de l'accusation d'espionnage, mais son "innocence" se limite à ça, c'était un officier, c'est à dire un assassin d'Etat. 
L' "affaire Dreyfus" n'aurait pas existé sans un anarchiste: Bernard Lazare.
C'est lui qui a réussi à convaincre l'anti communard Zola, de défendre Dreyfus.
Une des plus grandes difficultés qu'il a rencontré, c'est d'amener des anarchistes à défendre une ganache militariste.
Lazare a du batailler ferme pour obtenir le soutien de la plus grande partie de ses camarades de l'époque, il a notamment du polémiquer publiquement contre Pouget. Et faire admettre  à Pouget qu'il avait tort, était une vraie performance.
Pouget, qui a mis quelques semaines à accepter de s'excuser, et à reconnaître publiquement qu'il avait publié des textes antisémites et déclarer publiquement son soutien à Dreyfus.


dois je rappeler que le sujet c'est Durand et non pas Dreyfus, l'injustice confirmée n'a pas de degré

alain le taxi

Bien sur que si qu'elle a des degrés.
Il a bien fallu défendre Dreyfus, à cause de ses ennemis, et de la cause réelle de ses ennuis.
Alors que Durand devait être défendu, pour lui-même et ses engagements.

Il ne fallait pas prendre mon objection pour une opposition, juste une précision, peut-être inutile.
Il vaut mieux souvent être alliés sur l'essentiel, que d'accord sur tout.

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  • 25/02/2018 10:05
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C'est ça la fameuse république que l'on nous chante  et ça continue

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  • 25/02/2018 10:11
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Merci pour ce documentaire, qui nous donne des éléments d'histoire important pour comprendre notre présent, et met en valeur des personnes remarquables. Je trouve très bien le lien qui est fait entre présent et passé. J'ai appris beaucoup de choses sur les dockers et leurs luttes.

Je signale le site

https://www.julesdurand.fr/histoire-et-lettres-de-jules-durand

qui donne beaucoup d'informations sur la tragédie dont a été victime Jules Durand.  Dans sa biographie, on apprend ainsi que l’asile départemental d’aliénés de Quatre-Mares, à Sotteville-lés-Rouen, où il fut transféré, était dirigé par le docteur Lallemand, ancien président du jury d’assises qui l’avait condamné à mort quelques mois auparavant…

Dans les pièces fournies sur le site, il y a l'enquête de police faite par le commissaire Heny, qui démontre que l'affaire a été montée de toute pièces, et qu'aucun de ses informateurs ne lui avait rapporté une quelconque incitation à la violence ou au meurtre de Jules Durand. Ce rapport fut ignoré. Comme le dit très bien Me Leclerc dans le documentaire, il ne s'agit pas ici d'une erreur judiciaire mais d'un crime judiciaire.

Mariano

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  • 25/02/2018 19:03
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Je voudrais ici souligner le témoignage du juge d'instruction qui souligne la culpabilité de la justice dans cet effroyable procès ! Ce n'est pas courant, faut le reconnaître !

Cependant, je ne suis pas d'accord avec lui: la justice classe existe bel et bien aujourd'hui, encore et toujours malheureusement !

Et pour finir, un livre évoque l'affaire Jules Durand: "Les docks assassinés" de Roger MARTIN aux éditions de l'Atelier.

Merci beaucoup pour ce reportage.

On voit bien qu'être juif, femme ou syndicaliste était très difficile entre 1894 et 1918.

Pour rappel!

Affaire Dreyfus en 1906, innocenté en 1911

Affaire Jules Durand en 1910, innocenté en 1918

Affaire Marie Curie en 1911. (Elle a eu un peu plus de chance).

Dans ce reportage, à un moment donné, un homme dit que les charbonniers étaient payés en jetons,

et recevaient leur salaire au café. Mais ils devaient d'abord offrir une tournée.

Et bien Jack London, dans un de ses livres, raconte une chose similaire:

Quand il a voulu s'acheter un bateau, c'est un patron de café qui lui a prêté la somme.

Et c'est ainsi que Jack London est devenu alcoolique, car le patron du bar exigeait 

qu'il consomme de l'alcool, alors qu'il n'aimait pas en boire!

 

La fille de Jules Durand devrait recevoir un dédomagement: grandir sans père et

sans son vrai prénom, c'est vraiment dur!

Merci pour ce beau documentaire malheureusement toujours très actuel. Bel hommage à Jules Durand, au syndicalisme et aux Dockers de France et d'ailleurs.

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